10 questions à une triste prof antisyndicaliste de cégep

L’enrichissement personnel n’est pas le but dans la vie

– Victor Serge

 

Je vais essayer de répondre, sans me faire d’illusion, à la chronique d’une pigiste et animatrice du Journal de Québec, de deux radios-poubelle au Saguenay et à Québec les fins de semaine qui a encore le temps d’enseigner le journalisme à des étudiants dans un cégep que j’ai bien à coeur, parce que j’y ai enseigné le cinéma pendant plus de 40 ans en plus de militer dans le syndicat local, le SPECJ. Cette chronique est parue le dimanche 25 octobre sous le titre de «Triste grève». La chroniqueuse et prof y déplore le fait que les enseignants sont obligés de se plier aux décisions des centrales syndicales à contre-coeur et qu’ils ne veulent pas vraiment faire la grève et exercer une pression sur le gouvernement Couillard pour améliorer leur sort.

Là où je trouve que la madame chroniqueuse qu’on connaît déjà pour son antisyndicalisme notoire, ses préjugés de droite et son désir de protéger son pouvoir d’achat à tout prix charrie c’est quand elle souligne qu’elle gagne assez cher (70 000$ par année ) et qu’elle profite de trois mois ou presque de vacances.

D’abord, les profs de cégep n’ont que deux mois de vacances par année. Et pour gagner 70 000$ , il faut que l’enseignant, selon la convention collective, ait 18 ans de scolarité et plus de 15 ans d’ancienneté. Le prof de cégep qui entre dans un cégep gagne 38 000$ à sa première année. Si la madame chroniqueuse touche ce salaire-là sans avoir enseigner 15 ans c’est qu’on lui a crédité de l’expérience pertinente. Mais à ma connaissance, sa plus grande expérience comme journaliste et animatrice c’est d’avoir été recherchiste à Québec il y a un certain temps pour l’animateur-poubelle André Arthur et animatrice dans une radio privée de Chicoutimi. Personnellement, je crois que ces expériences sont problématiques pour enseigner le journalisme et développer l’esprit critique des étudiants. Si la madame chroniqueuse et prof trouve qu’elle est bien payée au cégep, pourquoi sent-elle le besoin de piger autant ailleurs? Vous me direz que c’est de ses affaires ses choix personnels de carrière médiatique mais ce n’est pas une raison pour refuser à ses confrères et consoeurs dans l’enseignement une augmentation de salaire dans l’actuelle négo.

J’ai pensé poser dix (10) questions à la madame chroniqueuse et prof de cégep qui vole au-dessus de tout le monde pour donner une leçon de rectitude politique à son lectorat gagné d’avance. On sait de toute façon que dans les médias où la madame sévit c’est de bonne guerre de varger à bras raccourcis sur les syndicats si on veut garder sa job de pigiste assez bien rémunérée tout de même.

 

1 – Madame, dans votre carrière, vous avez travaillé sous combien d’accréditations syndicales vous permettant une certaine sécurité d’emploi tout de même?

2 – Les enseignants membres du SPECJ se sont votés, en assemblée syndicale, une compensation salariale quotidienne pendant les jours de piquetage de 100$ financée à même les surplus accumulés (J’y ai moi-même contribué dans mes années d’enseignement) de leur syndicat. Ce n’est pas le cas dans les autres cégeps de la région. Allez-vous réclamer cette compensation malgré le fait que vous n’irez pas piqueter prétextant «l’objection de conscience»…?

3 – Vos étudiants en journalisme sont-il au courant que vous défendez une idéologie de droite anti syndicaliste tout en profitant de la protection de votre syndicat?

4 – Quand vous vous rendez à Québec les fins de semaine pour compléter vos fins de mois en animant une émission dans une radio-poubelle , roulez-vous dans la voiture hybride que vous a fournie pour vos services publicitaires un concessionnaire automobile de Saguenay toujours en lock-out?

5 – Vos confrères et vos consoeurs qui enseignent dans le même cégep que vous et que j’ai rencontrés ce matin sur les lignes de piquetage sont-ils au courant que vous dénigrez publiquement toute forme de syndicalisme ?

6 – Est-ce que vous allez profiter des gains que fera votre Centrale syndicale et de l’augmentation salariale lors de cette présente négociation ?

7 – Est-ce que vous ignorez qu’il y a deux semaines, un jugement de la Cour suprême a donné raison au syndicat du cégep de Shawinigan concernant les cours donnés en supplémentaire pour terminer la session touchée par une grève? Les profs seront désormais payés s’ils donnent les cours.

8 – Pour piger au Journal de Québec et dans les radios-poubelle faut-il afficher automatiquement une idéologie de droite et afficher un individualisme digne de Donald Trump

9 – Vous dites dans votre chronique que «les infirmières méritent mieux que les enseignants parce qu’elles jonglent avec des vies». Vous ne croyez pas que les enseignants eux aussi jonglent avec des vies (ratées) quand ils se trouvent devant des étudiants qui à 18-20 ans étouffent déjà dans une société de consommation qui les oblige à faire trois jobs pour survivre tout en suivant des cours?

10 – Si vous voulez mieux saisir le sens de la solidarité et de l’engagement je vous suggère de lire Mémoire d’un révolutionnaire 1905-1945 de Victor Serge aux Éditions Lux. Est-ce que ça vous arrive encore de lire des livres entre deux chroniques du Journal de Québec et de textos tristes à pleurer?

 

Pierre Demers, cinéaste et poète d’Arvida, Ex-prof de cinéma et ex-responsable de l’information au SPECJ

Ce lundi 26 octobre 2015, jour de grève

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