Ça prend tout un village…

« Ils sont tellement petits quand ils commencent la garderie, ça me brise le cœur d’aller les porter. » Ç’aurait pu être les mots d’une maman, mais c’étaient les paroles d’un papa que j’ai rencontré en faisant ma recherche sur les pères québécois et les congés parentaux. J’étais d’accord avec lui : à 10 ou 12 mois, le poupon est si vulnérable que ça prend beaucoup de confiance de la part d’un parent pour le laisser aux soins attentifs d’une autre personne.

J’aurais pu le rassurer toutefois en lui disant que si le réseau de garderies est de qualité, l’enfant subira peu de stress, développera graduellement un lien d’attachement avec son éducatrice ou éducateur et qu’il apprendra alors grandement dans ce nouveau milieu. On a toujours dit que ça prend tout un village pour élever un enfant. Au Québec, l’éducatrice ou l’éducateur fait maintenant partie de notre village familial.

Et les études le confirment : un taux de roulement minimum, une intégration graduelle et un nombre d’enfants limité assurent à l’enfant une qualité d’attention qui lui permet de s’épanouir. Ce qui le prépare à l’entrée à l’école et à la vie en société. N’est-ce pas ce que nous souhaitons tous, parents et non-parents?

Or le réseau qui offre la meilleure rétention du personnel, exige que tous les éducatrices et éducateurs aient une formation appropriée et ajuste chaque année son programme pour le développement de l’enfant (basé sur les plus récentes études scientifiques), c’est celui des CPE, comme en faisait état l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle publié l’an dernier. Sans compter que les CPE sont soumis à de nombreuses surveillances et qu’ils permettent aux parents d’avoir leur mot à dire sur la gestion.

Les CPE sont sans but lucratif, comme nos écoles. Il m’a toujours semblé étrange d’envoyer mes enfants dans une garderie où on fait du profit en prenant soin d’eux. N’y-a-t’ il pas quelqu’un qui subit les conséquences de cet argent qu’encaisse l’administrateur? La formation de l’éducatrice? Le ratio d’enfant par groupe? Mon bébé? Peut-on vraiment faire du profit avec tout?

C’est un tout petit bébé. Elle commence à peine à ramper. Je vais la mener quelques jours par semaine dans cet établissement et je la laisse avec cette éducatrice qu’elle connaît bien. Elle sourit en la voyant, heureuse de la retrouver pour ces petites heures. Je suis rassurée.

Mais on arrache un à un les pans de ce système CPE qui fonctionne si bien. Bientôt, je ne pourrai plus rassurer ce père en lui disant que le réseau de garderies au Québec est de qualité. Bientôt, ce sera de la loterie. Certaines garderies seront très bien, d’autres moins. L’important, c’est que le chiffre au bout de la ligne comptable soit plus bas. Pour les parents, le message gouvernemental est clair : si ça vous dérange, gardez-les donc à la maison, vos enfants!

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