Films québécois cherchent public

Depuis plusieurs années, les journaux m’annoncent que le cinéma québécois n’intéresse plus les québécois et les québécoises. J’aimerais ne pas être d’accord avec ce discours, mais les chiffres que l’on me présente ne mentent pas : les salles se vident. Ça m’attriste beaucoup, car faire des films québécois, c’est mon gagne pain et déjà je dois manger beaucoup de croûte pour survivre, si en plus il n’y a personne pour visionner mes films, c’est pas très encourageant. Toutefois étant de nature optimiste (il le faut pour œuvrer dans mon domaine), j’ai eu envie de vous présenter une façon d’améliorer les choses plutôt que de m’apitoyer sur mon sort.

Lors de la dernière édition des Rendez-vous du cinéma québécois, le slogan était « Rapprochez-vous de votre cinéma ». J’aime beaucoup ce slogan et il m’en a inspiré un autre, qui s’adresse à nous, créateurs: « Rapprochons-nous de notre public ». Une grande partie de mon entourage va voir mes films pour la seule et unique raison qu’ils me connaissent. Mon père, ma mère, ma famille, mes amis, n’écoutent pratiquement jamais de films québécois à part les miens. Pourquoi écoutent-ils mes films? Certains par curiosité, d’autres par « obligation », mais la grande majorité par amour. Ils me connaissent et ils m’aiment. Ils veulent mon bien. J’ai l’impression qu’il est possible de recréer ce lien d’amour à plus grande échelle, entre le public et le cinéma québécois.

Comment y arriver? En nous rapprochant de notre public! Il y avait ce type sympa que je croisais souvent au Grand Lionel, petit bar de quartier où j’ai mes habitudes. Au fil de nos rencontres, j’ai compris qu’il avait démarré un restaurant à déjeuners pas trop loin de chez moi. Bon, il y a d’autres restaurants à déjeuners plus près, mais ce type m’était sympa et un jour je me suis dit : « bah, faudrait bien que j’aille l’encourager un peu ». C’est ce que j’ai fait et j’ai beaucoup apprécié mon expérience. Jamais je n’aurais été au restaurant de ce type si je n’avais pas eu au préalable de chouettes conversations avec lui. Producteurs, scénaristes, réalisateurs et comédiens québécois, il faut s’empresser d’avoir de chouettes conversations avec notre public.

Dès le début de mes études cinématographiques, je me suis promis que si un jour on me le demandait, il me ferait plaisir d’aller visiter les écoles pour partager avec les élèves ma passion pour mon métier. Pourquoi ? Parce que des cinéastes avaient eu la gentillesse de venir partager leur passion avec moi lors de mes études en cinéma à l’Université de Montréal. Environ deux fois par année, depuis maintenant dix ans, j’ai la chance d’aller discuter avec des étudiants du primaire jusqu’à l’université. Il n’y aurait rien de mieux que cette photo du « câlin collectif » que m’ont offert 50 élèves de 2e année du primaire, pour exprimer ce que je veux dire par « rapprochons-nous de notre public ». De voir leurs yeux briller quand je parlais de mon métier. Voir cinquante mains se lever quand j’ai demandé s’il y avait des questions.

Malgré que les salles se vident, nous membres de l’industrie cinématographique québécoise, continuons à croire que les investissements des gouvernements dans notre industrie ne sont pas vains. Allons expliquer pourquoi à notre public. Allons partager avec eux notre passion. Transmettons leur notre amour du cinéma québécois. Le gouvernement vous donne 800 000$ pour faire votre film ? En échange, producteur, scénariste, réalisateur et comédiens s’engagent chacun à faire cinq présentations d’une heure dans les écoles pour partager leur passion avec les élèves… Ou encore ils vont rencontrer cinq directeurs d’écoles pour leur faire comprendre l’importance d’intégrer le cinéma québécois dans les plans de cours de leurs enseignants… Ou un groupe du primaire fait un travail de recherche sur votre profession et vous aller ensuite en parler avec eux. Ou vous allez coacher un atelier pendant lequel les membres d’une troupe de théâtre amateurs jouent des scènes de films québécois… Ou encore, vous faites cinq présentations de votre film dans des résidences pour personnes âgées qui ne sont plus assez autonomes pour se déplacer au cinéma. Des idées comme ça, il y en a des centaines. L’objectif étant de se rapprocher du public et lui redonner l’envie d’aimer le cinéma québécois.

Un jour j’ai vu, justement dans un film d’animation québécois, un vieil homme qui avait fait repousser une forêt entière en plantant un arbre à la fois. Membres de l’industrie cinématographique québécoise, peut-être que l’on pourrait de s’inspirer de ce vieil homme pour remplir à nouveau les salles des cinémas qui ont encore la gentillesse de présenter nos oeuvres?

Jimmy Larouche
Réalisateur

 

 

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