Il y a un an, j’avais décidé de mourir

papillon

Je savais pas quand, je savais pas comment, mais c’était fini.

L’EFFET PAPILLON

Puis à un moment donné j’ai reçu un cadeau. Des billets pour toute la famille pour aller voir des papillons. Ma décision était encore plus prise à ce moment-là, c’était le coup d’envoi pour passer une dernière belle fin de semaine avec ma famille.

On a fait ça le samedi, puis on est allés glisser au domaine Maizerets le dimanche. Depuis plusieurs mois, peut-être même plusieurs années, j’avais mal. Physiquement, mentalement et émotivement. Je n’avais plus le goût de rien, chaque effort mental ou physique que je faisais dans la vie m’apparaissait comme une montagne, ça faisait mal dans la tête et dans le corps et plus rien ne me rendait heureux. Mais tant qu’à passer une dernière de fin de semaine avec ma famille, j’ai décidé d’y aller à 100%. De faire comme si la douleur n’existait pas.

De toute façon, je savais que je n’en avais plus pour longtemps à dealer avec cette douleur.

J’ai reçu un deuxième cadeau à ce moment-là.

Ma famille.

Il est arrivé quelque chose de fabuleux, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout. J’ai vu tellement d’amour et d’admiration dans les yeux de mes enfants et de ma femme que j’ai compris que je ne pouvais pas leur faire ça.

Ni à moi non plus, d’ailleurs.

Après avoir passé près de 40 ans avec l’envie de mourir j’ai décidé de m’en sortir par n’importe quel moyen. J’ai compris que ce qu’ils ont vu cette fin de semaine-là, c’était moi. Moi comme je peux l’être quand je me donne à 100 %.

Ils m’ont vu, Moi, comme je n’avais jamais été capable de me voir moi-même.

Je veux te remercier, mon ami, pour le premier cadeau parce que si je ne l’avais pas reçu, je n’aurais peut-être jamais reçu le deuxième.

Mais c’était pas fini.

Tu te dis: OK, faut que je fasse ce que ça prend pour m’en sortir… Go. Vitamine D, pensée positive, slacker l’alcool, exercice physique…

Ça a l’air de bien aller…

Mais surtout, parles-en pas. Pourquoi? Aucune câlisse d’idée, mais tiens ça mort…

Pis là:

LE FLAT
flat

Pas une figure de style, pas une crevaison morale ou émotive: un vrai de vrai flat, sur le pneu arrière côté conducteur, à la hauteur de Drummondville, vers 19h30 un mercredi alors que je suis en train de me rendre à mon premier de quatre soirs de shows à Sherbrooke.

Je joue à 22h. J’ai pas une cenne dans les poches, pas d’argent sur la carte de guichet, pas de carte de crédit, rien. Le boutte de la fuckin’ marde.

La panique. La crise de hurlements, de larmes, de Essaye-De-Sortir-Le-Spare-De-Sous-Le-Char-Pète-La-Safety-Nut-Braille-Ta-Vie-Ris-Devant-Le-Ridicule-De-La-Situation

Je finis par faire des téléphones. Call le Canadian tire, pas de towing.

Call le towing, il s’en vient.

Texte ma femme… On fait le tour de la question, elle me donne son # de carte de crédit. Mais si ça marche pas? qu’elle me demande? Va falloir que ça marche. Que je lui dis… Non, mais pour vrai, si y veulent pas? qu’elle insiste…

J’écris Au pire, je me crisse devant une van, y’en passe aux 30 secondes…

Juste avant de peser sur send je vois les gyrophares oranges du towing dans mon rétroviseur…

Je me rappelle : Parles-en pas!!!

J’efface le message…

Il arrive, je te reparle tantôt.

Ça finit par marcher, j’arrive juste à temps à Sherbrooke pour commencer mon show… Fuck le slackage d’alcool, j’décompresse.

Le lendemain, jase avec ma femme, ça peut pu continuer… Je ne peux plus vivre avec l’épée de Damocles qu’est l’obsession de vouloir mourir qui pend au dessus de ma tête depuis, genre, toujours.

Faut que ça sorte. Je lui déballe tout. Ben convaincu qu’elle va me crisser là, ou rire de moi, ou me traiter de malade mental ou je sais pas trop quoi, mais tout ça me fait moins peur tout-à-coup que de rester pogné une seconde de plus tout seul avec ce secret-là.

Je suis chanceux, elle m’écoute, m’appuie, fais même des démarches pour que j’obtienne un rendez-vous au CLSC.

On me croit. On m’écoute, on ne me prend pas pour quelqu’un qui veut juste faire pitié ou attirer l’attention.

Je crois que c’est ça qui me faisait le plus peur…

Ben oui, c’est ça, ‘fait 40 ans que tu veux mourir pis t’es encore en vie… Tu l’as, notre attention, là. Tu veux une médaille? Tu veux que le monde sache que tu fais pitié? T’as besoin de ton 15 minutes?

Bref, oui, je veux mourir depuis que je suis assez vieux pour m’en rappeller, mais je suis encore vivant. Quelque chose me retient ici. Je sais pas trop quoi… Appelons ça la résilience. Pis là, j’veux m’en sortir pour vrai.

Évaluation psychiatrique, travailleuse sociale, liste d’attente pour psychanalyse, plein de démarches pour aller de l’avant pour du meilleur, un an plus tard, plein de belles choses se sont passées.

Plein de choses magnifiques que j’aurais manqué si j’étais passé à l’acte en mars-avril 2015.

Des spectacles, des rencontres, des occasions, de nouvelles avenues, trois nouveaux bands avec des gens tripants, mon premier contrat outre-mer, mon premier enregistrement sur une vraie grosse production attendue, avec des chums, ce qui est encore plus tripant et, justement, des nouveaux amis.

Ça fait des années que je ne pouvait pas dire ça… Je me suis fait des amis, cette année. Ça faisait longtemps que ça ne me tentait plus de m’en faire…

Aussi, des nouveaux tatouages.

POINT VIRGULE

pointvirgule

Le point virgule que j’ai dans le cou, c’est le seul de ma vingtaine de tatouages qu’on peut voir en tout temps.

Le point virgule, c’est le symbole qui signifie qu’on a pris la décision, un jour de ne pas mettre un point final à notre histoire. Le point virgule veut dire que la phrase n’est pas finie; elle continue.

Il est visible en tout temps, parce que c’est un message important; un conversation starter comme ils disent en latin. Depuis que je l’ai, on m’a demandé ce qu’il signifiait, on m’a aussi sous-entendu qu’on savait ce qu’il signifiait.

Puis, un soir, le 5 mars 2016, pour la première fois, quelqu’un m’a montré le sien. Comme on montre son moignon à un autre amputé. J’ai figé, on s’est regardés d’un air entendu et on s’est fait un tchin.

Je savais pas quoi dire… J’ai pas osé en parler. Je trouvais que c’était déjà assez de savoir ça l’un de l’autre.

Parce que dans son regard j’ai vu, comme lui dans le mien, que c’était pas en hommage à quelqu’un qui combattait la dépression ou qui n’était plus là qu’on le portait, mais parce qu’on en avait tous les deux besoin pour nous-mêmes.

En fait, je suis juste retombé en mode Parles-en pas.

J’ai repensé au gars en question deux ou trois fois par la suite. T’sais, la fois que tu sais que tu aurais dû dire quelque chose pis que ça a juste pas sorti, mais dans les deux semaines qui suivent, y’a juste une quarantaine de phrases qui te poppent dans la tête qui auraient été trop parfaites?

Pendant que je revenais de mon voyage en Angleterre, il est passé à l’acte.

Je ne dis pas que n’importe laquelle de la quarantaine de phrases à laquelle j’ai pensé depuis le 5 mars l’aurait retenu, mais si y’en avait eu une…

Juste si…

Faque: pu jamais de Parles-en pas.

Au pire, juste au cas… J’en parle, là. Pour moi, oui, mais si quelqu’un qui en a besoin lit ça.

Juste si…

Ben t’es pas tout seul, y’a de l’aide pis on va te croire. Pis tu va passer à côté de plein d’affaires si tu le fais. Des ordinaires, oui, mais des cibole de belles, aussi.

Pis quand on veut mourir, c’est quelque chose en dedans qu’on veut tuer. Souvent, c’est quelque chose qu’on aime pas, qui nous écoeure, qu’on croit qui prend trop de place, au fond, on veut pas « toutte » mourir, on veut que cette partie là meure… Pis quand on choisi de pas mourir, ça arrive que cette chose-là, qui nous aurait fait poser un geste permanent, définitif, ça arrive qu’elle finisse par changer.

C’est ça qu’on veut, au fond: changer.

Pis ça, ça prend du courage. Plein de petits courages de tous les jours au lieu d’un gros courage définitif.

Pis des fois, y’a des affaires qui peuvent pas changer, pis pour celles-là, ça prend aussi du courage pour les accepter. Genre, la marde que t’as vécu, tu peux pas la « dé-vivre ». Ça fait partie de toi. Autant que les belles choses que t’as vécu. Je ne te mentirai pas, tu va en re-vivre des bouttes poches. Mais tu va en vivre des beaux, des inattendus, des grandioses.

Si tu restes.

Faque je te dis ça; pis c’est pas un dude qui est payé pour te le dire, c’est un dude qui est passé exactement par où tu passes, qui passe encore par là de temps en temps pis qui le sait qu’on s’en sort.

Je te dis ça, juste si…

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