Culpabilité au cube

Ça y est. Pour une huitième année consécutive, les Cubes énergie sont de retour. J’ai déjà dit ce que j’en pensais dans une chronique au Quotidien. Et je sais que je ne suis pas seule à les maudire, il suffit de lire les conversations très hot sur les réseaux sociaux depuis lundi.

Pierre Lavoie s’est sans doute senti interpellé, ou encore les médias ont voulu savoir ce qu’il pensait de cette petite révolte parentale sur les RS (citant même une personne qui n’avait pas pris position publiquement sur le sujet). Et voici ce que le roi international des grands défis sportifs avait à dire (texte complet ici):

« Si le problème était extrêmement contraignant, compliqué, difficile, c’est certain que les écoles se retireraient. Les écoles ne font pas le programme parce qu’ils m’aiment, les écoles font le programme parce qu’ils ont tous pris conscience qu’on est en guerre contre l’obésité. »

Cette défense des Cubes énergie est, selon moi, problématique à plusieurs niveaux.

D’abord au niveau de la contrainte. Car elle est surtout vécue par les parents à qui on impose une quantité surréaliste de sollicitations via des programmes culpabilisants au possible et ce, tout au long du calendrier scolaire. Parce que non, on n’a pas nécessairement envie de consacrer notre temps en famille à sauter en coeur, vivre le défi mange-croque, imposer 15 minutes de lecture par jour, faire des cubes de matière grise, des cubes énergie et je ne sais plus quoi. On a si peu de temps chaque jour à se consacrer, en famille. Est-ce qu’on ne pourrait pas le gérer comme on veut? Aussi parce que ces programmes imposent une compétition malsaine entre les enfants, puis à un niveau supérieur, entre les écoles. Finalement, parce que c’est gênant de renvoyer son enfant à l’école avec un carnet non rempli ou une enveloppe vide de sous, parce que tout le monde le fait, parce qu’il faut donc ben être comme tout le monde, bref, vous voyez le portrait un peu moche – et imposé par une certaine pression sociale.

Mais là où Pierre Lavoie se met un pied dans la bouche, c’est quand il parle de « guerre contre l’obésité ». Si je ne doutais pas vraiment de la bonne foi d’un tel exercice au départ, je suis maintenant convaincue que sa prémisse est une dangereuse pente glissante, sur laquelle je ne laisserai pas mes enfants s’engager.

Déjà que le principe est compétitif, si on se met à faire du « fat shaming » ou, plus largement, du « body shaming », c’est grave. Personellement, je travaille à montrer que la diversité corporelle existe à mes enfants. Il n’y a pas UN régime alimentaire qui soit parfait, pas UNE manière de se garder en forme et en santé, pas UN corps parfait à atteindre. Chaque personne étant différente, je tâche de leur enseigner que l’apparence est plutôt superficielle. Que des gens plus corpulents peuvent être en grande forme et d’autres, minces comme un standard de revue, dans une forme exécrable. Mais surtout, surtout, que le regard des autres importe peu, et leur opinion encore moins.

C’est pourquoi je préfèrerais entendre un discours positif. Bouger, c’est bien! Mais est-ce que ça doit être enrobé dans l’exclusion et la culpabilisation d’une catégorie de personnes? Je crois que le message aurait avantage à être revu. Aussi, si c’est l’obésité qu’on souhaite combattre, il y a sans doute des gestes à poser bien avant d’inciter les gens à dépenser des calories. Est-ce qu’il ne serait pas pertinent, par exemple, de réglementer l’usage du sucre raffiné dans les produits transformés? De régir la vente de boissons énergisantes ou hypercaloriques? Il me semble que c’est plus productif de prendre un problème de santé publique en amont, plutôt qu’en aval. Prévention, plutôt que guérison. Mais ça, c’est un autre débat en soi. (Est-il utile de mentionner ici que cette guerre contre l’obésité est commanditée par Nestlé?)

Si vraiment Pierre Lavoie est en guerre contre l’obésité, il va sans aucun doute se buter à tout un tas de personnes qui, comme moi, militent pour conserver leur libre arbitre contre la dictature de la mise en forme à tout prix. Je suis contre l’idée que quiconque me dise quoi faire de mon corps ou comment il devrait être ou pire, paraître. C’est donc contre cette idée que je pars en guerre de ce pas, et ma première action sera de boycotter allègrement les Cubes énergie cette année.

(grand merci à celleux qui ont alimenté ma réflexion sur le sujet ce matin, vous vous êtes reconnu.e.s j’espère)

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