Le maire qui voulait parler au micro

Le propre du sot n’est pas de dire des sottises (Tout le monde le fait),

Mais de les redire

Albert Brie, Le mot du silencieux (1978)

Enfin, le chat sort du sac, le maire de sa tanière, en acceptant une participation quotidienne à l’une des 3-4 radios poubelle de Québec, le FM 93, comme chroniqueur matinal à l’émission de Sylvain Bouchard. Ce dernier est un joyeux exalté qui carbure aux insultes contre les soviétiques (Françoise David), les BS, les écolos, les syndicalistes, les féministes, les cyclistes, les étudiants qui manifestent et j’en passe. Il avait d’ailleurs salué bien bas le maire au coeur de sa campagne pour la prière à l’Hôtel de ville. Une sorte de retour de l’ascenseur en somme. Une participation quotidienne à compter de septembre qui lui permettra d’empocher un cachet plus que raisonnable (demandez à Myriam Segal qui collabore à ce poste depuis des années pour compléter son salaire de prof au Cégep de Jonquière trop symbolique pour elle…) tout en touchant aussi jusqu’à la fin de son mandat en 2017 son 150 000$ de maire à plein temps. Mais comme le bon maire est indépendant de fortune, il devrait tout remettre cet argent de chroniqueur aux pauvres… avouant lui-même, « qu’il a toujours eu une grande sensibilité à la misère des autres ».

À la radio poubelle, le maire se retrouve en terrain connu. Les poubelles ça le remue depuis toujours. Il a déjà gagné une élection en promettant des bacs bleus de recyclage. Il vient de faire un autre voyage, à Londres cette fois, pour creuser la question du compostage alors qu’à deux coins de rue de chez lui, on retrouve une chaire en éco-conseil (UQAC) sur le sujet dirigée par Claude Villeneuve, que des municipalités et des organismes du monde entier consultent. Mais le maire aime voyager, voir du pays, se faire une tête à lui seul, et surtout parler au micro de tout et de rien. Il se méfie des spécialistes, de ceux qui ont trop de diplômes, des intellectuels, des opposants qui ne partagent pas sa vision moyennâgeuse du monde et sa popularité… de plus en plus déclinante.

D’ailleurs, son règne à la tête de sa Ville il l’a passé à parler au micro de tous les postes de radio de la région et de la province. Le plus souvent possible, sans ménagement. Sans oublier ses centaines d’heures de télé de vulgarisation historique et de propagande à la tv communautaire devenue depuis celle de TVA au titre évocateur de MAtv. Ici c’est plutôt SAtv qu’il a financée avec les fonds municipaux pour nous aveugler avec son image de bon père de famille et de politicien chauviniste.

Le maire aime parler au micro. C’est son dada (pas le mouvement artistique mais l’idée fixe), son sport préféré. Il parle au micro à propos de tout et de rien. Surtout de rien, de lui et de ses souvenirs comme fils choyé d’un père riche mais absent, notaire à la démission obscure, homme d’affaires éphémère et prof d’université dont personne ne se souvient. En fait, sa vraie vie publique a débuté avec ses multiples sorties médiatiques comme maire fusionné de Saguenay. À partir de ce moment-là-là, il s’empare de tous les micros disponibles pour dire n’importe quoi, surtout des coquecigrues. Il devient une bête du micro. Les médias montréalais l’adoptent comme clown de service périphérique sans qu’il ne s’en rendre compte.

Comme dirait Myriam Segal, ploguant l’arrivée du maire au FM93 avec son co-animateur du midi, Éric Duhaime, ennemi juré des syndicalistes et de tous les gauchistes du monde, «le maire a beaucoup de ressources… Il a été le premier au Saguenay à se brancher sur Internet…» Méchante référence… Mais la madame Ségal ne jure que par les médias sociaux comme d’ailleurs tous ces animateurs des radios poubelle qui ne s’informent que sur facebook la plupart du temps. Histoire de nous faire croire qu’ils sont dans la catégorie des «A» de leur communauté virtuelle et médiatique. Petit monde de potinages politiques et artistiques alimenté par des préjugés tenaces et une vision du monde fondée sur les chars, le sport , les loisirs insignifiants, les shows du Centre Vidéotron et le culte du fric qui règle tout sauf l’ignorance et la bêtise ataviques.

Le maire a toujours parlé au micro pour cimenter son régime et le maintenir en place ici comme ailleurs. Il a fini par bien identifier ses complices (ici Myriam Ségal un temps faisait semblant de le confronter pour amuser la galerie, et depuis qu’elle vogue sur la vague des radios poubelles à Québec et au Journal de Québec comme chroniqueuse maternelle, c’est la radio X locale qui continue de prêter son micro au bon maire en faisant toujours semblant de le mettre mal à l’aise avec les écarts de conduite de ses conseillers). À l’extérieur de la région, toutes les radios poubelle de Québec l’ont sollicité plus souvent qu’à leur tour parce qu’il partage en grande partie leurs valeurs (le maire est antisyndicaliste non avoué, climatosceptique, sexiste sans le savoir, anti écolo, capitaliste de nature et fédéraliste de naissance).

Le maire va donc se sentir à l’aise sur les ondes du FM 93, partageant les mêmes ondes que la chicoutimienne Myriam Segal, qui rêve sans doute comme lui que le Saguenay s’annexe à Québec depuis que l’autoroute à quatre voies dans les Laurentides nous a tant rapprochés des plaines d’Abraham. D’ailleurs ici de plus en plus beaucoup d’auditeurs s’informent et se branchent sur les radios poubelle de Québec qui exercent une attraction certaine sur la population régionale avide d’amuseurs publics qui dépassent les bornes. Notre principal intéressé vient de passer dans les majeures comme ils disent si souvent sur ces postes qui carburent d’abord à la culture sportive. Souhaitons-lui le même sort que les «grandes vedettes» du micro populiste comme André Arthur, Jeff Filion et bientôt j’espère Éric Duhaime et compagnie.

Il y a des limites à rémunérer grassement des animateurs de radios poubelle trop souvent fascistes qui crétinisent leur auditoire à l’excès en nous laissant croire qu’ils défendent la liberté d’expression. Ce qu’ils défendent avant tout ces gens-là c’est leur appât du gain à tout prix. Je doute que le maire de Saguenay soit une valeur sûre pour enrichir une radio poubelle et lui-même. Il a fait le tour de son jardin et de son église. Et s’il déborde dans les excès, il subira le même sort que les autres exaltés. À la limite il pourra s’en retourner à la radio Galilée (Le FM 90.9) dont les studios sont aussi situés à Québec. Décidément, l’avenir est à Québec pour les communicateurs doués et non repentants…

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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