Je veux un trône

Peel me a grape. – Diana Krall

40 de fièvre depuis quatre jours, les trois enfants et mon chum y sont passés un après l’autre, ce qui fait que depuis environ dix jours, ma maison est un champ de guerre dévasté par le virus le plus violent que nous ayons croisé cette année.

Quand je dis champ de guerre, rien à voir avec les photos de petit bordel du quotidien qu’on se partage sur facebook les jours de déprime, en riant de nos vies normales et imparfaites. Quand je dis champ de guerre, je parle de lavage accumulé jusqu’au plafond, de vaisselle empilée dans un équilibre précaire sur les deux bords (oui, les deux bords) du comptoir, de mon plancher qui ressemble à celui des vaches pour vrai, de mon ordinateur qui hurle mon retard au travail entre trois piles de paperasse sur le coin de la table de cuisine – bureau improvisé pour m’occuper des enfants qui ne peuvent pas aller à l’école, tout en travaillant, tout en gérant les répercussions physiques et concrètes de la fièvre sur mon propre corps.

Perdue dans la salle de lavage, étourdie, suante, j’étouffe, je cherche désespérément la sortie. Je m’agrippe à une pile de vêtements, monte le pied sur la suivante. De peine et de misère, je finis par dominer toute l’étendue de mon incapacité. Tout en haut, je m’éfouare. Je n’en peux plus. Je suis épuisée. J’ai tout donné. Et tandis que mon corps fourbu et suintant abandonne doucement l’effort, j’ai le cerveau qui part en vrille. “Mais voyons, tu oublies tout ce qu’il y a à faire”, et cette phrase en néon qui clignote refuse de quitter l’avant-scène de mon front brûlant. Épicerie, souper, collations, les ongles à couper, les oreilles à laver, le rendez-vous chez le dentiste qui avait été remis et qu’on a oublié deux fois. Les six cordes de bois livrées, le voyage de terre – qui c’est qui voulait doubler la surface du potager déjà? – s’accumulent au fond de la cour et allongent la liste de choses à faire, à penser, à ne pas oublier.

Soudain, est-ce un délire ou une illumination? Telle une prophète gratifiée par une vision divine, du haut de ma tour de tissus, je viens de voir LA solution au fabuleux et inextricable débat sur la répartition des tâches ménagères. J’ai enfin trouvé une manière d’équilibrer tout ça. La charge mentale s’impose – légitimement – comme une énorme tâche en soi. La plus grosse de toutes les tâches. Celle qui t’accapare jour-nuit-matin-soir, qui te poursuit dans le trafic autant qu’au spa. Celle qui ne prend jamais de vacances. La plus invisible, aussi.

Je crois qu’il est grand temps de redorer l’image de la fonction de gestionnaire de famille. Comme ça, on sépare bien clairement celleux qui réfléchissent et organisent la maisonnée (gestion) versus celleux qui manutentionnent (exécution). Et comme je suis clairement reléguée malgré moi aux deux catégories, je fais aujourd’hui un choix déchirant. Je choisis la charge mentale. Il me semble donc tout-à-fait logique d’avoir un trône à moi. Oui. Un trône. Je vais m’asseoir et dans toute ma grâce, gratifier ma famille de l’organisation la plus efficace qui soit. Ce sera ma tâche. L’unique tâche. Organiser toute. Non mais, depuis quand a-t-on oublié les règles d’une saine gouvernance?

En ce jour de la Reine (ou des Patriotes) je dirai seulement ceci: ma patrie, c’est ma maison. Et la reine de la gestion du foyer, c’est moi.

(délires de fièvre, je vous aime)

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