Une journée à droite…

Ça faisait quelque temps que j’y pensais. Passer une journée à droite. Une journée entière dans la réalité. Revendiquer l’égoïsme, plaider l’individualisme. Privatisation, évasion fiscale, frais accessoires, patriarcat!

J’avais envie de me désillusionner. De me laisser porter par la majorité silencieuse. Mettre de côté la réflexion et le dialogue social. Choisir la lâcheté intellectuelle, prôner l’immoralité, porter des souliers cirés.

Au lever, j’ai souhaité une baisse des impôts pour mes amis riches, une carte électorale découpée à l’avantage des Libéraux et la construction de condominiums de luxe sur un milieu humide abritant une espèce protégée.

 

Mondialisation, limousine et cie

Dans mon enthousiasme, j’ai cru pouvoir m’enrôler chez les Conservateurs. J’ai eu envie d’un compte offshore, d’un libre-marché mondial et plus loin encore, d’une limousine…

J’ai commencé la journée en m’épilant le pubis, le pubis lisse étant une caractéristique de droite mondialement reconnue. La raie bien définie et la jambe vénusienne pourraient d’ailleurs prolonger ma carrière dans l’industrie du journalisme d’opinion.

Une coupe bien carrée, assortie d’une chic moue de truite, donnerait d’ailleurs à mes propos une intelligence spontanée, du moins à la radio populaire.

Au déjeuner, j’ai cessé de réfléchir. Le beurre d’arachides, chimique et généralement chinois, est issu de pratiques industrielles douteuses et donc rentable; je l’ai combiné avec le croissant beurre, pour oublier.

Pas un vrai croissant de boulanger, mais le chiffon insipide du supermarché, acheté en grande surface, là où on est anonyme, comme à la banque, avec les artisans du saccage capitaliste local.

 

Margarine et Couillard

Évidemment, pour les puristes, il n’y aura toujours que la margarine. C’est meilleur et assurément tendance. Il faut toutefois composer avec la culpabilité: le contenant industriel est issu de l’exploitation des hydrocarbures et il serait vide sans l’exploitation de la forêt tropicale.

Les céréales, c’est plus santé et meilleur marché. Bien que, chez les petits paysans adeptes de l’agriculture bio, on en trouve à des prix exorbitants. Une boîte de céréales bio coûte généralement aussi cher qu’un chou-fleur. Les plus accessibles sont dans le rayon des produits génériques de multi-nationales, généralement moins coûteuses.

Mais d’emblée, les All Bran, c’est conservateur. On pense à Philippe Couillard, pas à Laure Waridel. Avec une bonne dose de fibres, on se sent plus proche de Rona Ambrose que d’Élisabeth May.

J’ai délaissé le thé pour le champagne. Efferverscent, pas pétillant. Ça fait un peu français prétentieux, le Veuve Cliquot, c’est vrai. Mais le thé a quelque chose de trop stimulant. Ça fait bobo intellectuel du plateau. Organique, presque vivant, ça n’incite pas à la l’abrutissement mais à la l’éveil (arkee).

 

Avec but lucratif

Là où je suis, Vidéotron se rend grâce à des tours hautes fréquences bâties avec l’accord de la municipalité malgré l’opposition citoyenne. Bell et Telus aussi. C’est le 4G qui me relie à la frénésie du monde. Le câble, l’internet, le téléphone­­, réseau et forfait illimité.

C’est une organisation lucrative respectable qui concorde parfaitement avec l’objectif du jour: plein de profits, pas de remords…

Ce matin donc, j’ai lu La Presse et le Journal de Montréal sur mon tout nouveau iPhone 8 à écran rétina++. Les Innus trouvent du pétrole, Bianca Longpré remporte un Pullitzer et les ventes d’armes se portent bien au Moyen-Orient…

Devant la fenêtre, les goélands se tiraillaient un bout de frite McDo quand un ami a téléphoné. Tu fais quoi aujourd’hui? Rien, j’ai répondu. Je suis à droite jusqu’à demain… Tu ironises? Non, j’ai décidé d’être tarée…

***

Ce texte est un pastiche d’une  chronique fabuleusement idiote de Michel Hébert, dans le Journal de Québec, parue le 13 juillet 2016. Juste pour démontrer que la gauche et la droite sont des concepts fourre-tout et des étiquettes politiques complètement obsolètes.

 

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