Ma réponse à Lysiane Gagnon

En tant que militante féministe, je lis de nombreux articles sur le sujet. Je suis d’accord avec la majorité, puisque je lis ceux qui me permettent de m’inspirer en tant que militante. Je suis souverainiste, mais j’ai parfois la curiosité de lire les arguments du camp adverse, le fédéralisme. Je suis tombée par hasard sur votre chronique, et tout de suite en lisant le titre de votre article (« La ‘’culture du viol’’, vraiment ? »), je savais que je n’allais probablement pas aimer ce que je m’apprêtais à lire. J’ai quand même décidé de voir quels étaient vos arguments, pas parce que je suis masochiste, mais toujours très curieuse. Est-ce que cette dame va renverser mon militantisme féministe avec des arguments solides ? Je me suis prêtée au jeu.

Je comprends très bien que des gens se demandent ce qu’est la culture du viol et s’il est légitime d’en parler. Se questionner, c’est tout à fait correct et normal. Perso, ça ne me fait pas un pli quand on me demande d’expliquer ce concept ; c’est une sorte de preuve d’ouverture d’esprit. Or, je constate avec tristesse que vous avez décidé de resserrer l’étau de votre ouverture d’esprit ainsi que de votre compassion.

Je vous cite « C’est beaucoup, mais tout dépend de ce qu’on entend par cette expression. La langue populaire, suivant en cela l’évolution du Code criminel, a effacé la distinction cruciale entre le viol véritable – la pénétration effectuée sous la contrainte – et toutes sortes de comportements (attouchements, embrassades, commentaires sexistes, etc) qui, aussi désagréables soient-ils quand ils ne sont pas désirés, ne sont pas de nature à traumatiser une femme le moindrement raisonnable et équilibrée. »

Si l’on décortique vos propos, vous signifiez que les seules agressions condamnables sont celles qui impliquent une pénétration, de même que les attouchements et baisers non-désirés ne sont pas graves. La partie la plus violente de votre chronique est certainement la fin ; vous insinuez qu’une femme qui est touchée sans le désirer doit l’accepter, voire le banaliser, sans quoi, elle est folle. Suite à tout ce paragraphe que je considère violent, voire dangereux (on se le cachera pas, vous venez carrément de dire aux hommes que ce n’est pas grave, par exemple, de toucher les fesses d’une femme sans son consentement), il y a plusieurs questionnements qui me viennent à l’esprit. Qui êtes-vous pour juger les victimes au point de les traiter de folles ? Qui êtes-vous pour décider comment nous devons réagir face à une agression sexuelle ?

Nous sommes toutes différentes et notre vécu l’est tout autant. Une femme victime de caresses indésirables peut développer des comportements autodestructeurs alors qu’une autre verra cela comme un incident isolé. Des mains aux fesses, pour citer cet exemple, j’en ai moi-même vécues. J’en ai sincèrement marre qu’on puisse s’approprier mon corps comme s’il ne m’appartenait plus. Je me suis sentie sale et honteuse. J’en ai eu longtemps marre de ce corps qui attirait les mains baladeuses. Ça détruit, et encore aujourd’hui, je ne fais pas confiance à un homme que je ne connais pas. Vous en avez peut-être marre d’entendre parler de culture du viol, mais moi, j’en ai marre de la vivre. Je souhaite de tout mon cœur que vous ne soyez jamais agressée, car à mon avis, vous ne l’avez pas vécu. Peut-être que oui ? Vous banalisez tellement, avec un élitisme pourri, ce qu’est une agression sexuelle « valable »,  que vous l’ignorez peut-être.

Cordialement,

Une femme qui ne veut plus se faire approprier son corps.

 

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