La victoire de Trump – On efface tout et on recommence

[NDLR] Nous avons reçu cette chronique avant que ne soient publiées avec le même titre la chronique de Gilbert Lavoie ou celle de Marco Fortier dans Le Devoir. Trois fois le même titre en deux jours, ça en dit long sur notre inconscient collectif. On serait curieux de connaître l’alignement des astres.

 

La bêtise c’est d’être surpris
Roland Barthes

Je suis surpris sans l’être de la victoire de Trump dans la course à la présidence des Etats-Unis. Surpris et pas surpris. En hostie évidemment comme tous les autres intellectuels qui pensent encore que l’intelligence a le droit de cité dans cette démocratie plus ou moins infirme. Comme d’autres qui croyaient qu’il aurait fallu mieux élire une politicienne expérimentée de l’establishment qu’un milliardaire raciste et néophyte en politique à la Maison Blanche.

C’est toujours un peu triste de voir triompher la bêtise et l’ignorance dans un pays où l’on publie des médias écrits brillants comme The New York Times et The New Yorker sans oublier des romans prémonitoires comme La Tache et Le complot contre l’Amérique de Philip Roth qui expliquent la montée de la droite actuelle et la disparité de classes sociales dans ce pays de rêves tordus.

Si j’ai bien compris le résultat des dernières élections américaines, c’est que désormais On efface tout et on recommence au royaume des Clinton et des Bush, sans oublier les Obama.

Les critères habituels pour mener à terme des politiciens au pouvoir ne tiennent plus.

Quoique ce n’est pas normal que, dans ce pays où les classes sociales entre riches et pauvres sont aussi marquées que dans plusieurs pays défavorisés, on ne puisse faire de la politique sans être millionnaire en partant. Les deux candidats de la dernière campagne on dépensé ensemble plus de 1,4 milliard$ en publicité et autres frais divers…

Maintenant, tout est permis et comme disent les commentateurs et autres gérants d’estrades de la droite (Lire, la majorité des chroniqueurs du Journal de Montréal/Québec

Et des animateurs des radios poubelles de Québec et de sa périphérie) Trump a gagné la présidence américaine «parce qu’il disait les vraies affaires et qu’il incarnait les valeurs profondes du peuple américain».

Ok.

Donc, le peuple américain ou si vous préférez l’américain moyen se sent à l’aise d’être à la fois raciste, xénophobe, macho, ultra conservateur, anti syndicaliste, fanatique religieux, climato-sceptique, pollueur, anti intellectuel, menteur, manipulateur, anti services publics, contre les impôts et fier de l’être. J’en oublie sûrement.

Trump partage allègrement toutes ces valeurs et a insisté pendant la campagne électorale pour les répandre à travers le pays qu’il aime et veut voir prospérer comme ses actions à la Bourse et ses impôts qu’il n’a jamais payés.

Les gens qui ont voté pour le faire élire semblaient à l’aise avec ce qu’il répétait sans cesse pour à la fois dérider les foules et compromettre son adversaire désemparée par le degré de bêtise de ce personnage.

Ils veulent des jobs à n’importe lequel prix. Ils veulent retourner travailler dans leurs mines de charbon, polluer leur milieu pour pouvoir se payer le niveau de vie de l’américain consommateur de biens plus ou moins essentiels. Comme disait un animateur de radio poubelle (Martineau, Morais et compagnie ont dit la même chose depuis des mois sur leur tribune) ce matin, les américains s’en crissent de l’environnement, ce qu’ils veulent c’est gagner leur vie à eux, payer leur char, leur maison et limoger tous les politiciens d’avant Trump. Ils veulent d’abord le plein emploi…

Ok.

Désormais les politiciens n’ont plus de mémoire, de compassion pour leurs prochains, se balancent du sort des autres humains à travers la planète. Ils viennent d’inaugurer une nouvelle façon de faire de la politique. Ils charrient pendant des mois des menaces de tout faire sauter les valeurs de gauche des candidats qui réfléchissent pour revenir à leur essentiel, soit le progrès économique et financier de leur pays. Les ententes avec le reste du monde ne tiennent plus. Ils s’affichent fièrement comme des clowns, des amuseurs publics qui ont auparavant fait leur réputation à la télé, dans les médias ou en organisant des concours de beauté. Ils se sont affichés dans les médias juste assez longtemps pour se faire un nom et se faire connaître du bon peuple qui ne jure que par le vedettariat.

Ensuite, ils se lancent en politique et promettent de tout effacer et de recommencer le monde, la vie et les valeurs de partage et de solidarité. Ils feront payer les riches et les politiciens installés pour changer les choses et recommencer à zéro la manière de faire de la politique, à savoir le partage du bien commun.

Maintenant tout ce qu’on attend à droite c’est l’apparition de dix, vingt, cent autres petits Trump pour virer le monde à l’envers, c’est à dire, à droite. Trump a déjà des alliés étrangers de poids, Poutine à Moscou, Marine Le Pen à Paris. Dommage qu’Harper soit disparu trop tôt pour célébrer ça. Au Québec, un petit Trump doit sans doute réfléchir aux prochaines élections provinciales…

Un point positif en terminant, la victoire de Trump aux USA va sans doute pomper le pouvoir de la rue. Là où les politiciens n’ont pas de prise. Dans tous les régimes de droite, la contestation a le réflexe de se réveiller davantage.

J’ai hâte de voir comme le premier des Trump va se débrouiller avec ses promesses chez lui et ailleurs aussi.
Bonne chance Donald.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

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