Cabaret JR : on se soucie de qui?

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La nouvelle est sortie hier. Le Cabaret JR, situé à Arvida, – établissement reconnu pour ses spectacles d’effeuilleuses -, interdira désormais l’entrée aux femmes. Le problème, c’est que ça contrevient aux dispositions de la Charte des droits et libertés de la personne. Sur mon fil Facebook, ça riait gras et de nombreux amis gais se sont réjouis un peu vite: si les femmes sont interdites aux danseuses, on va enfin avoir des danseurs?

Puisque chacune.e défend d’abord sa propres intérêts, j’ai vu de nombreuses femmes décrier le retour à l’époque des tavernes, refuge ultime des cromagnons entre eux, lieu exempt de femmes – lire ici de surveillance, de chialage, de famille à qui il faut bien rendre des comptes. J’ai aussi lu le gérant-boukeur du Cabaret (c’est comme ça qu’il l’écrit) défendre cette décision, disant que « ses » filles ne veulent plus venir danser. En fouillant un peu, on découvre un gestionnaire d’entreprise qui cherche à rentabiliser un investissement récent. Personne ne sera étonné de savoir que l’argent anime drôlement toute cette histoire. Mais on entend aussi d’autres histoires, aussi, plus en sourdine. Paraît qu’elles sont pas ben fines, les filles qui vont au JR. Selon les informations recueillies par la journaliste du Quotidien Dominique Gobeil, « elles [les danseuses] ne voulaient plus venir parce qu’elles se sentaient intimidées par d’autres femmes. Certaines profitent tranquillement du spectacle, mais la plupart sont là juste pour bitcher. »

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Un aspect important ici est l’emplacement de ce commerce. Nous ne sommes pas à Montréal, ou dans une autre grande ville, où chacun.e peut vivre son nightlife dans l’anonymat. Ici au Saguenay, si tu vas aux danseuses, tu espères vraiment y rencontrer seulement des alliés. Tu ne veux surtout pas y croiser ta belle-soeur, ta coiffeuse, la meilleure amie de ta blonde. Et les chances que ça arrive sont… plus que des chances.

Admettons qu’on mette de côté l’argument de l’argent. Tout le monde se doute que des femmes dans un bar de danseuses, ce n’est pas ce qui rapporte le plus de revenus. Admettons qu’on mette de côté le fait que ce bookeur parle des travailleuses de son établissement comme d’objets (ne soyons pas dupes, on parle de tout un système qui objectifie le corps des femmes, mais ça, c’est un autre très vaste sujet), le message qu’il lance est que SES filles ne se sentent pas en sécurité, elles se font intimider. Par d’autres femmes. Je pense qu’on commence à tenir une partie du problème. Ce dont on devrait se préoccuper, bien avant de jouer à la police des moeurs, c’est de la sécurité des filles qui travaillent dans ce cabaret.

Pourtant, il faudra bien trouver une solution – ce que l’établissement semble prêt à faire – qui ne contrevient pas à la Charte des droits et libertés, qui garantit le droit aux femmes d’entrer librement au Cabaret JR. Certains débits de boisson ont une blacklist, des personnes étant privées d’entrée à cause de leur comportement dérangeant. Si le comportement de certaines femmes est inacceptable, pourquoi ne pas travailler à les responsabiliser face à leurs gestes et paroles? Cela permettrait du même coup d’agir de manière égalitaire envers les hommes qui ont des comportements irrespectueux envers les femmes – mais ça, ils le font déjà, right?

Peut-être que certaines femmes ont un exercice de conscience à faire, aussi. Aller aux danseuses pour bitcher les filles qui y travaillent? Pourquoi ne pas plutôt critiquer ceux qui consomment cette nudité, ceux qui sortent l’argent de leurs poches pour voir des filles retirer leur vêtements?

 

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