Trump et Tremblay, même combat

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La télévision a un monopole de fait sur la formation des cerveaux d’une partie très importante de la population.

Pierre Bourdieu, La télévision

Les deux individus sont des politiciens qui se veulent résolument populistes. Qu’est-ce à dire? Ils disent parler et œuvrer au nom de la majorité, de la population, du Peuple en somme. Notion on ne peut plus vague, qui réunit les électeurs qui ne s’intéressent pas vraiment à la politique si ce n’est pour canonner – à chaque campagne électorale – que la politique est pourrie, que les politiciens et les fonctionnaires de l’État sont des parasites payés à ne rien faire et le système électoral en général est soumis aux partis, tous corrompus.

Le peuple selon les politiciens populistes comme Donald Trump et Jean Tremblay se méfie des intellectuels, des artistes subventionnés, des enseignants, surtout les universitaires, des savants et des journalistes qui posent des questions et des politiciens de carrière. Ces politiciens près du peuple promettent de prendre le pouvoir seuls – individualisme oblige – pour remettre le Vrai Monde au travail et réduire les dépenses de l’État et le coût des services publics. Un politicien populiste mise d’abord sur la formation sur le tas. Dans la majorité des cas, ce sont des autodidactes qui croient que le gros bon sens peut tout remplacer dans les débats, même l’ignorance endémique. Trump s’est permis de mettre sur pied une université à son nom pour former de futurs millionnaires et Tremblay lui, se sert de son omniprésence dans les médias pour convaincre ses citoyens qu’ils s’enrichissent, réduisant leur compte de taxes municipales en votant pour lui.

Le maire Tremblay semble un avant-gardiste dans le domaine de la politique populiste. Il la pratique depuis qu’il est au pouvoir, soit depuis près de 20 ans. En y réfléchissant un peu je me suis mis à établir des correspondances entre le futur président désigné des États-Unis et Jean Tremblay pour voir à quel point les deux hommes correspondent. Évidemment, le maire de Saguenay n’utilise peut-être pas les mêmes expressions vulgaires, racistes, sexistes et violentes que le multimillionnaire américain. Mais sur beaucoup de points, les deux partagent le modèle populiste de droite qui se répand de plus en plus autant en Europe qu’en Amérique. De plus, depuis la victoire de Trump, Jean Tremblay s’évertue à commenter régulièrement son ascension sur les ondes nationales d’une radio poubelle de Québec entre deux leçons wikipédiennes sur des sujets souvent insignifiants comme le changement d’heure, le Black Friday, le danger de la légalisation du cannabis, les pneus d’hiver, les portables, l’invasion des robots, les pitbulls, et surprise!, la conservation des églises patrimoniales (sic), la démocratie (re-sic), et évidemment les caprices des musulmans.

Voici dix correspondances parmi d’autres des deux politiciens qui sautent aux yeux. Dans le domaine politique aurions-nous élu un maire résolument populiste avant les autres, 20 ans plus tôt? Poser la question c’est y répondre.

1 – Trump et Tremblay sont indépendants de fortune. Ils ont hérité des fortunes de leur famille. Le père de Trump s’est enrichi en gérant des restaurants et des bordels lors de la ruée vers l’or au Klondike. Par la suite, il s’est réfugié dans l’immobilier en essayant de payer le moins d’impôts possible comme son fils plus tard. Le père de Tremblay a fait fortune dans les marchés d’alimentation à Jonquière. Tremblay fils, après avoir hérité, a lui aussi fait fructifier sa fortune dans l’immobilier au temps où il tenait bureau de notaire. J’ignore s’il a toujours bien payé ses impôts. Faudrait le lui demander. Tous les deux sont donc très bien nantis financièrement et prétendent aider les plus démunis de la classe moyenne. Curieusement ces politiciens populistes n’ont jamais vécu les problèmes financiers des ouvriers qu’ils prétendent vouloir sortir du trou de l’endettement.

2 – Trump et Tremblay admettent se méfier des gens trop instruits malgré le fait qu’ils ont tous les deux une formation universitaire. Au Nevada en février dernier, Trump avouait « J’adore les gens peu instruits ». Jean Tremblay a déjà fait une sortie contre les universitaires (Gérard Bouchard et Gilles Bergeron entre autres) qui avaient trop de diplômes à son goût. Ses sorties contre les intellectuels et les universitaires sont connues. Ils ne les fréquentent que rarement. Leur préfèrent les sportifs et les vedettes de la télé et des nouvelles technologies.

3 – Trump et Tremblay sont sexistes. Ils se méfient des femmes intelligentes (souvent journalistes ou politiciennes) qui leur font la vie difficile. Trump ne se gêne pas pour afficher son culte de la femme-objet. Tremblay se garde une petite gêne, mais ne confiera jamais de responsabilités majeures à une conseillère municipale à moins d’être convaincu de son obéissance totale. Il a déjà rabroué publiquement Mme Marina Larouche qui s’était permis un commentaire désobligeant à son égard lors d’un conseil municipal. À partir de ce moment, on ne l’a plus entendu émettre une opinion qui lui appartenait en propre. Corollaire : Le maire de Saguenay sort son épouse à tous les quatre ans, aux élections. Le reste du temps, il en fait mention comme une femme au foyer indispensable. « J’ai tout ce qu’il faut chez moi côté femme… », affirme-t-il fréquemment quand on le questionne sur sa vie sexuelle.

4 – Trump et Tremblay ne jurent que par les médias sociaux et privés. Ils se méfient des médias traditionnels qui exigent des conférences de presse et des comptes-rendus de leurs agissements. Trump vient de se servir de Youtube pour confirmer certaines de ses promesses électorales révisées et Tremblay, lui, utilise toutes les plateformes du web pour dire n’importe quoi, en somme pour exister virtuellement. Et parfois ça frôle le néant ses sorties, comme son appel touristique à la chasse aux Pokémons… Depuis des années, le maire de Saguenay alimente les télés officielles avec son propre canal de nouvelles. Comme Trump (le roi de la télé réalité), il s’est fait connaître du large public en passant plus souvent qu’à son tour dans des émissions de vulgarisation télévisuelle. Les humoristes en font leurs choux gras d’ailleurs. Les médias embarquent sans dire un mot en reprenant ses capsules propagandistes. J’imagine que Trump rêve lui aussi d’un canal présidentiel pour bientôt afin de mieux contrôler les journalistes. Trump et Tremblay détestent ceux-ci surtout ceux et celles qui les confondent. Au bout de la ligne, Trump et Tremblay travaillent pour leur propre intérêt économique et celui de leur entourage. Trump va consolider ses entreprises à la présidence et Tremblay se cherche une job à la télé nationale. Le Canal V lui irait bien. C’est le poste des démunis, des faits divers et du peuple qui préfère rigoler de tout et de rien pour oublier la fragilité de ses valeurs et sa dépendance à l’économie de marché et de consommation.

5 – Trump et Tremblay sont bigots. Chacun à leur manière, ces deux politiciens entretiennent des liens étroits avec les tenants des valeurs religieuses traditionnelles. On se demande comment Trump a réussi à convaincre les électeurs catholiques et autres fanatiques anti-avortement de voter pour lui malgré le fait qu’il s’est enrichi en parti avec des concours de Miss America. Mais nous ne sommes pas à une contradiction près dans ce pays du KKK. Pour sa part, Jean Tremblay se dit et s’affiche plus catholique que le Pape. Il rêve de mourir tôt pour aller rejoindre son Dieu bien-aimé. Mais la sauvegarde des églises catholiques de Saguenay lui passe dix pieds par-dessus la tête et une bonne partie des porte-parole religieux de la région ne cessent de le dénoncer quand il se permet des sorties contre les autres communautés telle l’Islam. Sa campagne pour la défense de la prière à l’hôtel de ville a démontré qu’il confond volontairement la pratique religieuse et la vie politique. Il a mené cette campagne pour des raisons beaucoup plus politiques que religieuses. Comme Trump son intérêt pour la religion est fondé avant tout sur la promotion de son personnage public.

Le cabaret de danseuses nues JR a profité d’accommodements raisonnables de la ville pour son déménagement dans l’ancien Bobby. Le maire excommunie les amateurs de plaisirs épidermiques dans les sentiers de Saint-Jean Vianney… Bigot à demi.

6 – Trump et Tremblay sont apolitiques. Tous les deux n’ont jamais baigné dans un milieu politique avant de se lancer en campagne électorale. Ils n’obéissent pas aux règles du jeu habituel de ce qu’on appelle encore la démocratie. Trump considère que faire de la politique, c’est comme faire de l’argent. C’est un domaine essentiellement économique et financier. Le bien commun qui doit déterminer les décisions des politiciens ne semble pas le concerner. Tremblay lui aussi ne connaît rien à la politique. Il gère sa ville comme un bureau de notaire ou d’avocat. Les tribunaux sont ses premiers et réguliers recours pour faire entendre raison à ses adversaires. Il est demeuré au pouvoir longtemps grâce à des promesses électorales financières tout comme Trump, qui a promis à ses électeurs de leur trouver des jobs tout en réduisant les impôts des riches… Pour Tremblay, la politique consiste à se faire élire à tous les quatre ans. Idéalement ce vote éliminerait toute opposition et toute forme de débats et de discussions de fond sur le fonctionnement du pouvoir. Selon lui, la démocratie idéale, c’est le régime de Singapour où on compte le plus de millionnaires au pied carré. Tout comme Trump, la politique devrait servir à enrichir le plus de monde possible… et multiplier le nombre de millionnaires.

7 – Trump et Tremblay se méfient des étrangers. Trump est carrément raciste quand il promet de construire un mur à la frontière mexicaine pour bloquer les mexicains «voleurs et violeurs» qui veulent gagner les États-Unis. Il défend la même position envers les arabes et les musulmans qui, selon lui, sont tous des djihadistes en puissance. Jean Tremblay se méfie lui aussi à sa manière des étrangers. Ses sorties contre les musulmans sont connues. Dans sa ville, la politique (ou plutôt son absence) concernant l’accueil des nouveaux arrivants a été critiquée maintes fois. Les minorités visibles sont plutôt invisibles parmi les fonctionnaires municipaux. Et il a encore de la difficulté à prononcer le nom de Djemila Benhabib. Lors d’une entrevue à Ici Première SLSJ, le maire précise sa pensée sur le sujet en pleine période de réfugiés syriens : « On est un peu raciste dans la région, tout le monde l’est un petit peu. Ce que je veux dire, c’est qu’on n’est pas habitué de voir arriver des étrangers. On a en moins qu’ailleurs. Avec tout ce que je lis sur les réseaux sociaux et les commentaires que j’entends, il y en a qui sont racistes. Ce n’est pas la fin du monde. » (Journal de Québec au SLSJ, 1e décembre 2015).

8 – Trump et Tremblay sont militaristes. Trump entend augmenter de beaucoup le budget militaire américain pour aller écraser tous les ennemis des États-Unis qui empêchent le pays de rayonner comme au temps de la seconde guerre mondiale et des deux guerres du Golfe. Il défend aussi allègrement le second amendement de la Constitution qui donne aux citoyens le droit de porter une arme. Hâte de le voir réagir au prochain massacre. Tremblay lui ne cache pas sa grande amitié avec les militaires de la Base militaire de Bagotville. Il a subventionné régulièrement le pageant aérien qui n’est autre chose qu’une démonstration de la présence indispensable des militaires et de leur armée dans la région. Un projet de monument militaire public serait sur le point d’aboutir à l’entrée du Parc des Laurentides pour souligner que la ville du maire est une destination militaire de choix.

9 – Trump et Tremblay sont climato-sceptiques. Trump l’est peut-être plus que Tremblay. Mais tous les deux doutent fortement des effets du réchauffement climatique de la planète. Tremblay déteste les environnementalistes et le transport en commun. Il a déjà rêvé de voir se noyer les membres de Greenpeace qui mouillait à La Baie pour dénoncer les multinationales comme Résolu.

10 – Trump et Tremblay sont incultes. Les deux politiciens ne sont pas élus pour leurs promesses culturelles. Ils se méfient des artistes. Trump vient de se faire rabrouer par des comédiens de Broadway. Tremblay a déjà affirmé que le livre papier n’avait plus d’avenir en pleine ouverture du Salon du livre du SLSJ. Les groupes culturels de Saguenay cherchent encore un lieu d’hébergement après des années de tergiversations avec la ville. Il a fallu plus de dix ans avant de convaincre le régime Tremblay de construire une bibliothèque à Jonquière. C’est maintenant un des lieux culturels les plus fréquentés de la ville. La Baie attend toujours. Arvida l’aura pour les prochaines élections.

Bref, ces deux politiciens ont des atomes crochus beaucoup plus que l’on pense.

Méfiez-vous du sort que leur réservent l’avenir et leurs promesses.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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