DANGER! Présence de gaz naturel liquéfié

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Les projets de terminal méthanier ont beaucoup de mal à obtenir l’acceptabilité sociale des communautés locales. En 2004, le projet Rabaska, un terminal méthanier sur les rives de Lévis, a dû affronter une vaste mobilisation citoyenne. La question sécuritaire était au coeur de l’argumentaire opposé au projet.

Alors que de nouveaux projets méthaniers se présentent en sol québécois, est-ce que la population connaît tous les risques qu’ils encourent s’ils les acceptent?

Le projet Énergie Saguenay est un projet d’exportation de Gaz naturel liquéfié (GNL) par le fjord du Saguenay, incluant un gazoduc de 650 km et un terminal méthanier à Grande-Anse au Saguenay. Bien entendu, les promoteurs, GNL Québec, affichent des propos rassurants sur les risques de leur projet. Ils vont répéter, de toutes les manières possibles: « Il n’y a aucun risque de marée noire. Le GNL ne se mélange pas à l’eau. Il s’évapore dans l’air ».1 La population a particulièrement été sensibilisée aux horreurs du pétrole, mais beaucoup moins à celles du gaz naturel liquéfié. Les bonimenteurs de l’industrie vont donc éluder de cette façon un côté d’autant plus sombre du GNL.

La manutention du gaz naturel présente des dangers inhérents à sa nature combustible. Les risques sont présents à chaque étape du cycle de vie du produit, de sa production jusqu’à sa consommation. Entre les années 2000 et 2012, près de 400 incidents impliquant des gazoducs ont été dénombrés au Canada.2

Les installations de GNL manipulent d’énormes quantités de gaz naturel. Cela en fait des lieux à haut potentiel de risques d’origine accidentelle ou intentionnelle (acte terroriste).

Le GNL: une marchandise dangereuse

Le gaz naturel est composé à 98% de méthane (CH4). Le gaz est réduit de volume par liquéfaction. Sous sa forme liquide, il se contracte pour devenir 600 fois moins volumineux qu’à l’état gazeux aux conditions ambiantes. Il est alors possible de transporter de grande quantité de ce carburant par bateau-citerne en direction des ports méthaniers munis d’une usine de regazéification.

Le gaz naturel liquéfié (GNL) est classé par l’ONU au répertoire des matières dangereuses et assujetti comme tel aux lois de Transport Canada.3 La fiche de sécurité du GNL signale des mentions de dangers d’inflammabilité, d’explosivité et de suffocation.4

Les scénarios du laboratoire Sandia

En 2004, le département de l’Énergie des États-Unis a commandé une étude au laboratoire national Sandia sur les risques et conséquences d’une fuite de GNL.5 Leur rapport décrit différents scénarios advenant une fuite de GNL.

Les réservoirs de GNL sont pourvus d’une isolation thermique pour garder le gaz réfrigéré à son état liquide. Aux températures ambiantes, le GNL reprend rapidement sa forme gazeuse et dégage, en se réchauffant, un épais nuage blanc de gaz combustible (« Fuel-gaz cloud »). Au contact de l’eau, le changement brusque de température peut causer une onde de choc de type « explosion froide ». La pression dans l’air exercée par l’expansion subite du gaz est responsable du phénomène lequel porte le nom de « Transition rapide de Phase ».

Puisque le nuage de gaz est plus dense que l’air, il va d’abord flotter à la surface et se disperser en fonction des vents et de la topographie des lieux. Selon les modélisations du rapport d’étude 2008 de Sandia, la dispersion du gaz provenant d’une fuite de taille moyenne sur un navire méthanier peut s’étendre dans un rayon de 4,6 km autour de la source.6 Le gaz se dilue dans l’air et, lorsque les proportions sont adéquates (la fenêtre d’inflammabilité du gaz naturel est entre 5 et 15%), une simple étincelle suffit pour engendrer un incendie monstrueux.

Dans l’éventualité d’une fuite à partir d’un navire-citerne suivi d’un embrasement, le rapport Sandia a identifié un gradient des dangers en trois zones concentriques. Dans la zone à 500 mètres autour de la source, c’est la mort par suffocation ou hypothermie. Dans la zone numéro 2, l’embrasement du nuage de gaz cause une explosion qui peut tout enflammer dans un rayon de 1,6 km autour de la source. Trente secondes dans cette zone suffisent pour infliger des brûlures au 3e degré à une peau humaine exposée. L’explosion déclenche des incendies de forêts, de broussailles et de bâtiments. Dans la troisième zone, les effets de la catastrophe pourraient être ressentis jusqu’à 3.5 km, quoique jugés négligeables.

De plus, le brasier peut engager un effet domino entraînant une cascade d’explosion dans les réservoirs voisins. La chaleur irradiée par la combustion de la fuite de gaz réchauffe le GNL confiné à l’intérieur des cuves à proximité. La pression augmente au fur et à mesure que le GNL se dilate jusqu’à l’éclatement de la cuve et l’explosion de son contenu. Un tel évènement en cascade augmenterait la portée du désastre sur une distance de 20 à 30% supérieure.

Le rapport identifie certains facteurs de risque majeurs qui auront pour effet d’amplifier les dangers inhérents aux installations de GNL. Parmi ceux-ci: la topographie des lieux.

GNL et fjord ne font pas bon ménage

En 1997, la SIGTTO (The Society of International Gas Tanker and Terminal Operators) publie un document intitulé « Sélection et conception du site pour les ports et les jetées portuaires de GNL ».7 Le document contient les lignes directrices suivantes (traduit de l’anglais):

  • Un terminal de GNL doit être situé à un endroit où les vapeurs d’une fuite ou d’un déversement ne peuvent pas affecter des civils.
  • Les quais d’amarrage des navires-citernes pour GNL doivent être éloignés de la voie navigable pour éviter toute collision, car tous les autres navires doivent être considérés comme une source d’inflammation.
  • Un terminal de GNL doit être situé à un endroit où il n’entre pas en conflit avec d’autres usages, actuels ou futurs, de la voie navigable.
  • Les voies navigables longues et étroites à l’intérieur des terres doivent être évitées dues aux risques maritimes plus élevé
  • L’emplacement d’un terminal de GNL doit éviter les voies navigables présentant des dangers.

Ne semble-t-il pas que le projet Énergie Saguenay contrevient à chacune de ces lignes directrices?

Le projet Énergie Saguenay prévoit installer un terminal méthanier à plus de 100 km à l’intérieur du fjord du Saguenay. À certains endroits, aux environs du cap Sainte-Marguerite, le fjord fait à peine 1 km de large. Le fjord du Saguenay semble très bien coller à la description d’une « voie navigable longue et étroite à l’intérieur des terres ». Comment se fait-il donc que GNL Québec ait la témérité de proposer un projet de port méthanier à Saguenay?

Les navires-citernes attendus au terminal d’Énergie Saguenay sont du type Q-Flex, d’une largeur de 50 mètres. Selon le processus d’examen TERMPOL (Technical Review Process of Marine Terminal Systems and Transshipment Sites), il suffirait au chenal de faire aussi peu que 200-350 mètres de large pour satisfaire leurs normes.* Est-ce raisonnable?

Convenant des dangers du GNL, les ports méthaniers doivent se doter de mesures de sécurité additionnelles très strictes. Par exemple, l’autorité portuaire de Saint-John au Nouveau-Brunswick applique une zone d’exclusion sécuritaire dans un rayon de 0,5 mile nautique (926 mètres) autour de chaque navire méthanier. Aucun bateau n’a le droit de croiser ou de dépasser le navire-citerne en transit à l’intérieur des limites du port.8

Le projet Énergie Saguenay prévoit un va-et-vient de 3 à 4 navires-citernes par semaine. Une zone d’exclusion semblable à celle du port de Saint-John ferait plus ou moins la largeur du fjord. À chaque passage, le trafic maritime méthanier entrerait en conflit d’usage avec les autres activités de la voie navigable. L’industrie touristique de la région en serait particulièrement affectée.

Il est important que la population riveraine du Saguenay ait la pleine mesure des dangers du projet Énergie Saguenay. Il y a des risques qui ne valent pas la peine d’être pris.

* Selon le processus d’examen TERMPOL, un chenal à une voie doit faire au moins 4 fois celle du navire-citerne et 7 fois celle du navire dans le cas d’un chenal à deux voies.

Sources

  1. https://www.facebook.com/energiesaguenay/photos/a.724180754368450.1073741828.686235548162971/1015472131905976/?type=3&theater
  2. http://www.cbc.ca/news2/interactives/pipeline-incidents/
  3. https://www.tc.gc.ca/fra/tmd/publications-tp14877-1181.html
  4. https://goo.gl/4C8cfI
  5. http://futureofhowesound.org/wp-content/uploads/2014/06/2004-12_SANDIA-DOE_RISK_ANALYSIS.pdf
  6. http://www.lngfacts.org/resources/SANDIA_2008_Report_-_Large_LNG_Vessel_Sa.pdf
  7. http://www.witherbyseamanship.com/site-selection-design-ip-no-14-for-lng-ports-jetties.html
  8. https://www.sjport.com/wp-content/uploads/2016/07/Saint-John-Port-Authority-Practices-and-Procedures-2015.pdf

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