Réplique à l’éditorial de Marc St-Hilaire

Photo: uqac.ca

Monsieur St-Hilaire,

Les allégations et affirmations contenues dans votre éditorial de ce jeudi 9 février tordent les faits d’une manière totalement inacceptable et insultent la grande majorité des personnes qui travaillent à l’UQAC. Vous vous demandez s’il s’agit d’une « guerre de pouvoir ». La guerre de pouvoir est menée par l’administration actuelle de l’Université, qui n’accepte pas le verdict prononcé par toutes les catégories d’employés sur le travail accompli au cours des cinq dernières années.

Vous évoquez d’« anciennes rancœurs». De qui proviennent-elles, croyez-vous? Martin Gauthier a déclaré lors d’une réunion tenue en janvier dernier que « les profs ont eu [sa] peau » mais que ce ne serait pas « eux autres » qui nommeraient son successeur. On a très bien compris ce qu’il voulait dire, compte tenu des manœuvres des dernières semaines. S’agit-il d’un « bras de fer idéologique »? Les compressions budgétaires imposées dans plusieurs départements et différents services, les employés mis à pied, les professeurs retraités qu’on ne remplace pas, l’augmentation de la masse salariale des cadres, la centralisation du pouvoir, tout cela n’a rien d’idéologique. « Il est grand temps que ça cesse », dites-vous. Oui, il est grand temps que ça cesse. Mais pour cela, il faut mettre fin aux petites combines, aux relations clientélistes, aux basses manœuvres, à l’utilisation de l’UQAC à des fins privées.

Lorsque vous affirmez qu’« on lui reprochait surtout d’avoir été nommé, en 2012, grâce à l’influence de l’administration précédente», vous êtes loin de la vérité. D’après les plus anciens de mes collègues, tous les recteurs, ou à peu près, ont été nommés « grâce à l’influence de l’administration précédente » et cela n’a jamais causé de problème comparable à la situation actuelle. Nous avons réagi à un processus marqué par une évidente manipulation : des candidats plus qualifiés et expérimentés que Martin Gauthier avaient été écartés par le comité de sélection, outrageusement dominé, encore une fois, par la figure de Laval Boulianne. C’est cela qui a engendré de la suspicion. Et on nous l’a infligé comme candidat unique. Déjà, ça sentait mauvais. La suite des choses n’a fait que confirmer nos appréhensions.

Par ailleurs, quel message voulez-vous transmettre en affirmant que « les forces syndicales prennent les armes et multiplient les sorties médiatiques » afin de se débarrasser de « l’administration actuelle » et de « faire table rase pour adopter une nouvelle vision »? J’ignore ce que vous entendez par « toute l’administration ». Mais Martin Gauthier a placé ses pions dès son arrivée en fonction au poste de recteur. Il a commencé par nommer Laval Boulianne à la présidence du CA (pour services rendus?). Puis, il s’est doté d’un vice-recteur « aux ressources » dénué de toute expérience en milieu universitaire et aussi subtil que le docteur Barrette pour imposer des changements. Et la seule personne non choisie par le nouveau recteur – un intellectuel, celui-là – a été mise à l’écart d’une manière particulièrement humiliante devant toute la communauté universitaire.

Vous dites que cette « saga » fait oublier « l’essentiel » : le choix d’un nouveau recteur dont la « tâche cruciale à accomplir » est « infiniment plus importante que les divergences qui enveniment le climat à l’UQAC ». Mais qu’est-ce que c’est que ce raisonnement? C’est précisément parce que nous estimons que la tâche du recteur est cruciale que nous attachons autant d’importance au choix de son successeur. Les « divergences d’opinion », comme vous les appelez, ne portent pas sur des questions triviales comme la couleur des murs ou les fautes de syntaxe de nos dirigeants. Elles concernent le présent et l’avenir de notre institution, la manière de traiter les employés, les ressources nécessaires pour remplir notre mission, les services aux étudiants, la survie des programmes, le développement de la recherche et bien d’autres choses encore.

Vous affirmez, sans la moindre preuve, que nous ne nous sommes pas demandé si les candidats retenus la semaine dernière étaient aptes à remplir leur mission. C’est entièrement faux. Mais par égard pour les personnes concernées, je ne rapporterai aucun propos sur le sujet. Vous ajoutez que nous n’avons pas « tenté de connaître leur plan respectif, leur vision, leur approche ». Voyez-vous, depuis que la course est lancée, une seule personne a pris la peine de rencontrer tout le monde et de faire connaître son plan, sa vision et son approche. Et il s’agit d’une personne qui n’a pas été retenue. La chose aurait été différente si nous avions pleinement confiance en l’intégrité du comité de sélection. Mais il y a Laval Boulianne… Nous accepterons bien plus facilement le choix de ce comité lorsque nous croirons en sa bonne foi. Ce jour-là, nous serons prêts à écouter ce que les personnes choisies auront à nous dire sur leur plan, leur vision et leur approche.

En ce qui concerne la position de l’Intersyndicale, il semble y avoir un problème d’interprétation. Il est vrai que certains passages sont particulièrement mal écrits. Mais là où vous lui reprochez d’exprimer le souhait qu’un candidat de l’extérieur soit sélectionné, vous vous livrez à une forme d’exégèse qui ne passe pas le test de la validité. Pourquoi avez-vous omis la phrase qui précède le passage cité? Pour votre bénéfice et celui des personnes qui nous lisent, le voici : « Et sans en faire un absolu, nous sommes également d’avis qu’au moins une personne venant de l’extérieur devrait être retenue comme candidate. » Cette phrase signifie-t-elle que des candidatures de l’interne ne seraient pas les bienvenues? Aucunement. On peut évidemment comprendre que les propos du président du SPPUQAC, rapportés par votre journal ou prononcés à Radio-Canada, laissent entrevoir une préférence pour quelqu’un de l’extérieur. Mais cela n’a jamais fait l’objet de discussions chez nos membres. En d’autres termes, notre président aurait mieux fait de se taire plutôt que d’évoquer à voix haute ses préférences personnelles en les faisant passer pour celles du syndicat. C’est une affaire que nous devrons régler dans nos instances.

Je suis bien d’accord avec vous – une fois n’est pas coutume – qu’il nous faudra quelqu’un en mesure de « faire briller l’université ». C’est précisément ce que nous voulons et non pas « un commis dont la nomination n’aura servi qu’à calmer le jeu ». Mais avancer comme vous le faites que cette personne devra « s’acquitter de ses mandats avec les mêmes restrictions que celles imposées à Martin Gauthier, soit un contexte d’équilibre budgétaire extrêmement fragile » relève d’une vision comptable encore dominante dans notre société. Vous tenez implicitement pour acquis que le déficit doit être jugulé coûte que coûte, en oubliant que tout cela relève de choix politiques, comme celui de diminuer les impôts, d’augmenter les salaires et les primes de retraite des cadres, de nettoyer à nos frais les dégâts causés par les compagnies minières, d’éliminer la taxe sur le capital pour les institutions financières, etc. Et dans le cas spécifique de l’UQAC, il y a bien des choses pour lesquelles nous aimerions avoir des éclaircissements du côté des revenus et des dépenses… Ces éclaircissements que nous réclamons font partie de la « guerre de pouvoir » que vous évoquez au début de votre texte.

En terminant, une position comme celle que vous publiez en page éditoriale ne fera rien pour améliorer la situation. Vous transmettez à la communauté régionale l’idée indéfendable que les problèmes proviennent des syndicats. Or, ces syndicats représentent l’opinion de l’immense majorité des employés, comme en font foi les consultations menées à l’automne au sujet de la gestion de l’UQAC et de ses dirigeants. En agissant ainsi, vous discréditez particulièrement son corps professoral qui, quoi que vous en pensiez, incarne bien davantage l’institution qu’on appelle Université du Québec à Chicoutimi que les petits affairistes éphémères qui la dirigent.

Michel Roche, professeur

Université du Québec à Chicoutimi

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