Boire et déboires | Sans vouloir te mettre de la pression

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J’avais 13 ans quand j’ai flirté avec l’alcool pour la première fois.

Je traînais au parc avec les copines. Je me souviens encore du soleil qui n’en finissait pas d’éteindre le jour. Des grillons qui chantaient. Des moustiques qui me taquinaient. De l’insouciance et du désir de liberté qui m’habitait. Et de cette révolte, ce besoin criant de m’affranchir des lois édictées par mes parents et la société.

Quand les garçons sont venus nous rejoindre avec un pack de bières, j’étais fort excitée. En goûtant le breuvage interdit, j’avais l’impression de faire un pied de nez à l’ordre établi. Je n’aimais pas ce que je buvais (une Laurentide tablette infecte), mais je me sentais confiante, invincible, indestructible.

Et je faisais désormais partie de la gang.

J’ai répété l’expérience. Plusieurs fois. Tellement de fois. Même si je trouvais ça dégueulasse. Même si ça me rendait malade. Même si j’avais honte de mon comportement quand j’avais trop bu et que je perdais la carte. Parce que l’alcool me donnait cette force, cette assurance qui, à jeun, me filaient entre les doigts. Mais aussi – et surtout – parce que je voulais être comme tout le monde.

Substance sous influence

Ce qu’il est puissant, le désir d’être aimé! On suit le troupeau, on se fond dans la masse par peur d’être exclus, ostracisé. La pression sociale est encore ce qui me fait boire aujourd’hui. J’ai grandi, la confiance s’est installée; mais ce besoin de faire partie d’un tout, d’une communauté ne m’a jamais quittée. Cette fraternité, je la retrouve dans la bouteille de rouge savourée goulûment avec mon amant. Dans la pinte de IPA éclusée entre amis à la microbrasserie. Dans le shooter de vodka qu’on sirote ou s’envoie aux confins de la nuit.

Pour alimenter cette chronique, j’ai jasé avec Josiane Stratis, ambassadrice avec sa sœur jumelle Carolane pour le Défi 28 jours sans alcool. Les deux fondatrices des blogues Ton Petit Look et TPL Moms jonglent avec une pléthore de questions et commentaires, souvent insistants, parfois cinglants. La pression est forte, surtout sur Carolane, qui ne consomme plus d’alcool depuis deux ans pour ne pas contrer les effets de ses médicaments. « Je trouve ça violent, s’insurge Josiane. Carolane est assez grande, elle a 30 ans, elle peut décider de ne pas boire. Ça nous dérange vraiment que les gens ne soient pas capables de comprendre. »

C’est vrai qu’il est déplaisant, l’abstinent. Toujours là à nous faire sentir coupable de consommer. Il nous renvoie l’image de notre propre vulnérabilité, exposant au grand jour nos faiblesses et notre absence de volonté. De son côté, l’abstinent éprouve la culpabilité de ceux qui se sentent coupables de boire à ses côtés… Finalement, on souffre tous, alors qu’il suffirait de se parler, de s’écouter pour vrai, de s’accepter tel que l’on est.

Tout le monde veut que tout le monde l’aime

Cigarette, alcool, marijuana : j’en ai fait des courbettes pour plaire et ne pas déplaire. Heureusement, j’ai compris que ce qui me détruisait m’isolait. Tout le contraire de ce que je recherchais.

Je pense sincèrement que la pression sociale est liée d’une certaine façon à la toxicomanie. Au fil du temps, l’influence devient forcément dépendance. L’alcool se fraie un chemin subtilement, sournoisement dans nos vies. On prend un verre de temps à autre, puis les occasions s’additionnent, se multiplient.

Parfois, il est salutaire de s’offrir une pause. De profiter d’un moment de sobriété pour pousser la réflexion, susciter l’introspection, poser un regard neuf sur notre consommation. Question de détecter certains comportements nuisibles, envers soi et les autres. « Quand t’arrêtes de boire pendant 28 jours, ça aide à comprendre des choses, croit Josiane Stratis. Tu te rends compte que ta bière que tu bois le mercredi quand t’écoutes des émissions pour décompresser de ton milieu de semaine, ça ne sert absolument à rien. »

L’alcool ne devrait pas être une béquille. Ni un pansement scotché sur nos blessures. Pas plus qu’une façon de combler le vide béant de nos ventres affamés d’amour.

 

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