Boire et déboires | Qu’est-ce qu’on boit?

28jours

Je suis une hédoniste. Une gourmande finie. Je suis abonnée aux petits et grands plaisirs de la vie, surtout ceux de la table. Ma quête se nomme textures et saveurs. Je suis gaga de sucré-salé, de doux-amer; totalement accro à l’euphorie distillée par la décharge d’endorphines provoquée par le chocolat noir, la bière, le vin rouge, le thé vert.

Ne plus boire d’alcool me prive d’une myriade de sensations. Mon palais se meurt de savourer à nouveau l’amertume d’une IPA bien houblonnée, le feu boisé d’un whisky, l’arôme charnu d’une syrah, le parfum subtil de la vodka.

Je peux facilement remplacer le bœuf haché de mon pâté chinois par des lentilles ou du tofu, sans perdre au change. Mais déguiser un breuvage alcoolisé? Pas mal plus difficile à réaliser.

La soif du 0 %

C’est mon cheval de bataille. Trouver un substitut à l’alcool. C’est aussi celui de Patrice Plante, chef mixologue et copropriétaire du bistro L’Atelier à Québec. « C’est complètement pas cool de pas boire d’alcool. Autant dans l’offre, autant dans le regard des autres, autant dans la façon que c’est perçu », croit celui qui est également fondateur de Monsieur Cocktail.

Derrière son bar, Patrice me shake un délice à zéro degré d’une extrême simplicité : orange et lime fraîchement pressées, sirop d’orgeat et concombre, le tout servi sur glace et joliment présenté dans un verre en inox. Si plus de bars et restos mettaient autant d’énergie à créer de tels élixirs, j’en serais ravie. Mais les établissements sont frileux à offrir des produits non alcoolisés de qualité. « Il y a une forme de snobisme, déplore Patrice. Pour moi, une carte de restaurant devrait normalement avoir autant de cocktails avec alcool que sans alcool. »

Demandez et vous recevrez

Ma gourmandise n’a d’égale que ma curiosité insatiable. Voilà pourquoi je suis si friande de bière : les microbrasseries poussent comme du chiendent et leurs brassins, qui se renouvellent constamment, m’excitent tout autant que les bourgeons au printemps.

Ce sont surtout les IPA qui charment mes papilles. À mon grand désarroi, il est impossible actuellement de trouver sur le marché un produit équivalent sans alcool. « Techniquement, ça se fait : il n’y a pas de différence entre faire une bière standard ou une IPA ou une stout », explique Steve Castonguay, brasseur et copropriétaire de la microbrasserie La Boite à Malt, à Saint-Nicolas.

Est-ce utopique de croire que je pourrai un jour me délecter d’une excellente bière désalcoolisée à la microbrasserie de mon quartier? « Je pense que si ça n’existe pas déjà, c’est que la demande n’est pas assez forte, présume Steve.

Retour aux sources

La quête d’une alternative à l’alcool est le premier réflexe de l’abstinent. Normal : la bière qu’on décapsule après une journée de dur labeur est une récompense, un refuge. Parfois, elle sert de baume pour panser nos blessures…

J’avais cette manie de boire un verre en cuisinant. Je l’ai troqué de mille et une façons : bière sans alcool, eau gazéifiée, cola artisanal, kombucha, thé glacé. Puis, au bout de quelques mois, il s’est produit quelque chose de génial et d’inattendu : je n’avais plus besoin de substitut. La dépendance m’avait quittée.

Si je suis toujours à l’affût de boissons sexy pour agrémenter les soirées passées entre amis, au quotidien, l’eau me suffit.

Se délivrer de nos habitudes, de nos servitudes, et apprendre à se contenter de peu, c’est un pas vers la félicité, vers ce bonheur tant espéré qu’on tente vainement de trouver au fond d’une bouteille.

 

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