Dangereuse Stella

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En 2004, j’ai connu l’organisme Stella via Sida Vie Laval. Je m’y impliquais comme bénévole pour la prévention contre la violence faite aux femmes travaillant dans l’industrie du sexe avec Karinne, ancienne intervenante à Sida Vie. J’ai créé avec elle un outil: une mini brochure contre la violence faite aux “Tds”. Le titre était “Stop à la violence contre les “Tds”” Nous distribuions cette brochure dans les bars de danseuses et autres points chauds de la ville. C’était un outil pour aider et inciter les femmes à porter plainte auprès des policiers.

À l’époque, les femmes “Tds” étaient criminalisées dans le processus car le modèle nordique n’était pas encore adopté au Canada. L’intervenante qui était nommée dans le dépliant a reçu tellement de demandes, qu’elle ne pût répondre à toutes celles-ci. Faute de budget et celui-ci étant trop restreint pour le dit organisme; en créant cet outil, on ne s’attendait pas à avoir autant de demandes.

Je militais aussi chez Stella pour la décriminalisation des femmes dans l’industrie du sexe et contre la violence faite au “Tds”. J’avais été la cible d’un Pimp à Montréal en 2002 – et ma sécurité et celle de mes enfants étaient en danger. Je prenais à coeur cette décriminalisation envers les femmes “Tds” parce qu’elles ne pouvaient pas porter plainte contre leurs agresseurs sans être elles-même accusées de prostitution… en plus d’être dénoncées à la DPJ.

Je n’ai donc jamais osé porter plainte, même si j’étais membre de Chez Stella. J’ai plutôt écrit un texte et je l’ai partagé dans une de leurs Constellations – Spécial Santé – Attention Pimp dangereux – et ce, pour prévenir les femmes à risque de tomber sur ce Pimp, même si elles se sentent “à l’abri” du risque en utilisant Stella.

Stella a un comité politique qui réunit les grosses têtes de l’organisme – celles qui sont impliquées dans des démarches politiques – et j’en faisais partie. J’ai été témoin et actrice des actions qu’elles mènent pour faire invalider la loi; celle qui criminalise les femmes travaillant dans l’industrie du sexe.

J’étais très active dans les bars à Laval et pour une agence de danseuses. Quand j’arrivais sur mon lieu de travail – parfois, subtilement, je militais pour nos droits, nos conditions de travail. Où je travaillais le plus souvent, le bar était quand même assez bien tenu, mais pas à d’autres endroits. Comme je m’auto-proclamais “Tds”, je souhaitais des meilleures conditions de travail et un salaire minimum dans les bars. Disons qu’avec ce discours, j’en ai fait rire plusieurs. Voir si les exploiteurs “considèreraient” mes droits… Qui voudrait s’afficher comme proxénète en indiquant clairement “payer” des femmes pour “vendre leur sexe”? Qui dans l’industrie considère qu’une “TDS” devrait mériter d’être syndiquée – bien traitée – protégée et travaillant dans un milieu avec dignité?

À la base, le travail d’une “Tds” ou danseuse ne peut en aucun cas être “respectable”. Les femmes dans cette industrie sont exploitées; elles doivent même payer pour les services et installations utilisés au bar. Comme le propriétaire “booke” plusieurs de ses femmes à la fois, les revenus sont dilués entre elles – créant une atmosphère malsaine – loin d’être solidaires une pour l’autre. Le crime organisé est bien installé dans la business – il n’y peut en aucun cas y avoir une volonté de “protéger leur marchandise”… Parce que c’est ce que nous sommes comme “Tds”ou danseuse… une marchandise. “Si c’est pas toi qui travaille ce soir, on s’en fout; y’en a pleins d’autres”…

En fait, ce que je veux transmettre ici comme message, c’est que Stella lance des messages totalement faux. L’organisme pousse pour s’auto-proclamer “Tds autonome et empowered business woman” alors qu’il n’y aucune chance que cela se produise. AUCUNE. Parce que ce nous faisons, c’est faire partie d’une exploitation sexuelle, et c’est nous la marchandise. La vérité c’est que j’ai toujours été en danger; jamais personne ne pouvait me protéger. Réclamer des droits au sein de tels milieux me rendait encore plus vulnérable.

Découragée, je suis devenue encore plus misérable; la déchéance me collait à l’âme. J’étais désillusionnée, écoeurée de ce monde parallèle sans espoir… tandis que Stella se faisait un devoir de me pousser davantage; risquer ma vie et ma santé mentale afin de porter leur mission dans les entrailles de l’industrie.

Que de mensonges… Que d’hypocrisie… À chaque fois que je visitais cette ressource, on me manipulait. On n’avait aucun plan de sortie à me proposer – j’étais considérée comme une disciple qui devait porter le message de l’organisme maitre.

Une fois, j’ai participé au Forum XXX. J’ai réalisé que je n’étais pas bien du tout. Je me suis distancée de Stella car je venais de tout comprendre. Je ne croyais plus à leur discours de menteuses. J’ai eu ma dose, comme on dit. Ce n’est pas les intervenantes en tant que telles que je critique; car j’y ai connu de bonnes femmes, formidables; mais je critique le message qu’on nous impose et qu’on espère nous voir répandre. Cette banalisation, ce détachement de l’enfer qu’on nous sert… comme si c’était possible! Je dénonce comment Stella prétend que nous pouvons travailler dans la dignité; que nous pouvons être “reconnues”; que l’exploitation sexuelle n’existe pas; que nous “offrons un service”; que nous méritons le respect; que les gens qui nous paient peuvent avoir envie de nous respecter! C’est im-pos-sible…

L’exploitation sexuelle ne sera jamais reconnue car elle est violence pure et dure. Une violence envers les femmes, les jeunes, et leurs enfants. Ni elles, ni eux ne sont à l’abri de cette violence et toute l’intimidation qui s’y rattache. Le lobby pro-prostitution est très fort ici au Canada et je suis forcée d’admettre que des organismes sous couvert de “soutien” en font partie. On se sert de nous, les membres, pour militer contre les lois qui empêchent la prostitution. On nous pousse même pour aller plus loin; pour décriminaliser l’industrie sous prétexte que cela nous protégera! C’est FAUX. Ce sont les proxénètes eux-mêmes et les clients qui l’espèrent; cette décriminalisation. Ils ont même le culot de nous faire porter les pancartes pour y arriver. Oser dire qu’il faut décriminaliser pour protéger… c’est encore FAUX. Ce milieu restera toujours dangereux.

Avec la C-36, toute personne peut maintenant porter plainte dans le milieu de la prostitution. La voilà la protection dont nous avions besoin. Or, Stella milite même pour la faire disparaitre.

À vrai dire, j’ai tout arrêté ce mode de vie. C’est la seule vraie manière de se sentir en sécurité. Le message que j’aimerais qu’on retienne ici, c’est que Stella prétend qu’elle détient la vérité et prétend avoir à coeur la protection des “Tds” alors que c’est tout à fait le contraire. Leur petit dépliant sur les clients violents est une poussière envoyée dans l’univers de l’industrie de la prostitution; jamais ce bout de papier ne pourra protéger qui que ce soit; il y aura toujours de la violence à la base dans cette industrie. Elle EST violence. Point.

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