Nous sommes tou(te)s des Barmaids

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Ce matin, en ouvrant ma page Facebook, je retrouve sur mon fil d’actualité une vidéo qui attire tout de suite mon attention. Il s’agit d’un billet de l’auteure et chroniqueuse Catherine Ethier, qui s’exprime sur un sujet qui me captive depuis quelque temps. Ce n’est ni plus ni moins que l’émission les Barmaids, émission qui fait polémique depuis sa parution. Je dois le dire d’emblée : je suis une grande fanatique des Barmaids. J’adore finir mes lectures obligatoires d’Hegel et passer tout de suite au plus récent épisode de la série télé. Cet exercice me donne une impression d’équilibre, le feeling qu’en le nourrissant d’éléments si diamétralement opposé mon cerveau ne peut qu’en bénéficier. Bon, peut-être aurez-vous l’impression qu’écouter Barmaids est l’équivalent de fumer une cigarette pour ma santé neurologique, mais reste que m’allonger et écouter cette émission m’apporte une joie et un sentiment de détente tel qu’on ne pourrait en nier les effets positifs.

L’émission est controversée pour de bonnes raisons : elle met de l’avant un archétype féminin qu’on a trop souvent vu, ne démontre aucune idée pertinente ou nouvelle, et les filles véhiculent souvent des idéologies qui peuvent sembler problématiques – idées qui vont même parfois à contresens de mon féminisme. Dépourvue, potentiellement par un montage douteux, de conversations intéressantes ou intelligentes, la télé-série ne dévoile que des séquences ou on entend les filles parler presque qu’exclusivement de leurs amours ou de leurs vêtements, en s’esclaffant d’ailleurs à la simple mention du nom Socrate : « c’est qui ça? ». Il faut que j’admette qu’il est vrai que l’on devrait se questionner sur la pertinence d’une telle émission à la télévision. Par contre, je ne comprends pas l’aspect polémique de la chose.

Il n’y a rien de nouveau au fait de diffuser des émissions qui manquent de pertinence sur nos chaînes télévisées. Nous sommes une société qui a vu naître et mourir Occupation Double, qui regarde Les Recettes Pompettes en cachette et qui dévore tout le contenu d’Un souper presque parfait sans broncher. Qu’est-ce qui différencie ces émissions de celle des Barmaids? Pourquoi tant d’acharnement sur une plutôt que les autres? En mon sens, la réponse est claire et sans équivoque : elle met en scène seulement des femmes, et pas n’importe lesquelles, des femmes qui sont libres et qui sont fières, qui n’ont peur de rien et qui s’assument à fond. La polémique qui entoure Barmaids ne remet pas en question le concept de l’émission ou la place que l’on devrait accorder aux téléréalités. Au contraire, elle est uniquement fondée sur la personnalité ou les tenues vestimentaires de ses héroïnes.

Ironiquement, une émission à laquelle on ne cesse de reprocher son manque de contenu devient la victime d’un déversement intarissable de conversations, majoritairement haineuses. On impute aux filles d’être stupides, d’être superficielles, d’être trop hautes en couleur et trop bruyantes. Au final, le seul reproche que l’on trouve à faire aux Barmaids c’est qu’elles soient elles-mêmes, ou bien qu’elles soient trop elles-mêmes. Il semble y avoir, à la vue d’une femme forte qui ne corresponde pas à l’idée de la femme de pouvoir (ayant mérité son titre après de longues études universitaires, une lente ascension, une bienséance irréprochable et une conciliation travail-famille exemplaire), quelque chose de dérangeant pour le téléspectateur. Comme si pour être forte, il fallait avoir eu l’approbation de la gente masculine. Les femmes de Barmaids ne feront peut-être jamais carrière en finances et n’occuperont jamais des postes à la tête d’une entreprise, pourtant, le simple fait qu’elles n’hésitent pas une seconde avant de se vêtir exclusivement de duct tape ou d’affirmer que leur plus grand atout c’est leur corps a quelque chose de très fort en soi. Des filles assumées ça fait peur à Monsieur Madame Tout-le-Monde de la même façon que le chandail de Gerry Boulet qu’a portée Safia Nolin : ça bouscule nos petites idées préconçues de la femme timide dans son coin. Pour reprendre les paroles de Catherine Ethier : « parce qu’une femme qui se respecte ça porte des bas de Nylon couleur chair et ça passe ses journées allongée sur un Récamier à attendre fébrilement qu’on lui demande de réciter le guide alimentaire Canadien, en attendant la mort. »

Il y a dans cette haine que l’on s’empresse de déverser sur les participantes de Barmaids un aspect profondément paternaliste. N’en a-t-on pas assez de juger les femmes pour ce qu’elles portent (ou ne portent pas, dans ce cas-ci), pour leurs habitudes de vies ou pour leur comportement plus ou moins conforme à l’étiquette féminine? Les filles de Barmaids sont à la fois victimes de pressions sociales qui les poussent à se maquiller ou à s’habiller d’une certaine façon, et shamées de le faire à la manière décomplexée des femmes de tête. Ces femmes sont conscientes de leur pouvoir de séduction et s’en servent, ce qui est effrayant pour ceux qui les regardent, et qui ne cesseront de les remettre à leur place en les insultant (tout en continuant hypocritement de regarder l’émission avec ferveur).

Non, le but de l’émission n’est pas de nous en apprendre plus sur le métier de barmaid à Montréal, mais bien de nous servir sur un plateau d’argent six femmes que l’on pourra rabaisser impunément pour se valoriser ou afin de nous offrir un sujet de conversation qui nous passionnera dans ce quotidien gris, monotone et dépourvu de signification. En ce sens, les réalisateurs de l’émission n’auront pas seulement réussi à convaincre les participantes de prendre part à leur propre humiliation, mais nous aurons aussi fait participer à ce jeu démagogique. Ce n’est pas le simple visionnement de l’émission qui nous abrutira, au final, ce sera notre critique virulente mal informée et sexiste qui tourne autour d’un décolleté ou de l’application d’un eye-liner. Nous sommes nous aussi entré dans cette gamique que les réalisateurs ont mis en place. Au fond, nous sommes tou(te)s des Barmaids.

 

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