Que vient faire Jean-Pierre Blackburn, l’ex-ministre des Anciens Combattants, dans cette galère?

©Sophie Gagnon-Bergeron

Les politiciens, il y en a, qui pour briller en société, ils mangeraient du cirage.

– Coluche

Décidément le maire de Saguenay s’accroche. Il ne sait plus quoi faire, quoi brasser pour que le citoyen d’abord le retienne le plus longtemps possible dans sa mémoire. Il ne se présentera pas aux prochaines élections municipales puisqu’il le répète depuis des mois, mais… il s’y résigne difficilement.

On sent qu’il voudrait s’en préoccuper un peu de sa succession. Faire en sorte qu’il puisse dormir tranquille avec un autre maire moins interrogatif (ou tive) et madré que la présidente actuelle de l’ERD [Équipe du renouveau démocratique] qui lui a causé tant de soucis depuis qu’elle lui a fait entrer dans la tête qu’une opposition ça peut mêler les cartes d’un pouvoir autoritaire municipal à sens unique, usé à la corde et résolument opaque.

Disons-nous les vraies chose une fois pour toutes, l’ERD malgré ses petits pas, souvent secondée par la conseillère allumée de Shipshaw, ont bien malmené le régime Tremblay et fait en sorte de convaincre le maire populiste de se retirer en douceur malgré lui. Elles ont fait un travail de sape indispensable pour modifier les règles du jeu d’une administration intraitable et mesquine.

Maintenant, que vient faire Jean-Pierre Blackburn, l’ex-ministre des Anciens Combattants dans cette galère? Vous vous souvenez des élections fédérales d’avril 2011? Le temps politique passe si vite.

Jean-Pierre sentait la soupe (aux gourganes) chaude. Il avait hésité avant de se représenter parce qu’il devinait que le régime Harper commençait à battre de l’aile. Le NPD pointait à l’horizon avec son chef charismatique. Il a sollicité et obtenu facilement (comme en 2008 d’ailleurs) la collaboration et le soutien de tous les conseillers de ville Saguenay, le maire fédéraliste en tête comme toujours. Sans oublier les maires suiveux du Lac qui ont fait profession de foi en sa présence future à la table des décisions, comme à celle de Lebel qui lui – in extremis– a réussi à sauver sa peau malgré la vague orange. Pour le remercier d’avoir trempé dans l’eau bouillante, Harper lui a refilé un poste d’ambassadeur à l’UNESCO à Paris. Lui qui n’avait aucune expérience de la chose culturelle, mais que le chef conservateur considérait comme un plus que bon soldat docile et obéissant toujours prêt à voter pour tous les projets de lois réactionnaires du parti, y compris anti-avortement.

Bon, bref, Jean-Pierre a reçu l’appui inconditionnel du maire à ce moment-là. Il lui en devait une pour plus tard malgré le fait qu’il avait bien affirmé en 2011 lors de sa défaite aux mains du candidat bloquiste Claude Patry (devenu depuis npédiste, puis indépendant et récemment chef régional de la Meute… allez comprendre le parcours politique de cet ancien syndicaliste???), qu’il tournait la page politique une fois pour toutes.

Que s’est-il passé dans la tête de Jean-Pierre pour qu’il se décide à se présenter candidat à mairie de Saguenay?

Peut-être que Jean-Pierre s’ennuie à la retraite? Qu’il ne trouve pas suffisamment d’activités parascolaires ou de loisirs pour se sentir utile à quelque chose ou à lui-même? Si c’est le cas Jean-Pierre, n’hésite pas une seconde, viens chez-moi. J’ai des livres, des films, de la musique pour meubler les temps morts jusqu’à la fin de ta retraite. J’ai même des vidéos sur Ti-Jean dans une série qu’il faudra bien remonter un jour, Nous somme tous des

Des livres, des films, de la musique pour te faire oublier une fois pour toutes le retour en politique, surtout municipale.

Jean-Pierre, il faut que tu saisisses quelque chose d’essentiel ici. Pendant que tu étais à l’UNESCO à te préoccuper du sort de la culture internationale, ici on subissait une fin de régime politique municipal fondé sur l’orgueil et des valeurs d’une autre époque qui nous faisait penser à Maurice Duplessis de triste mémoire. Le régime de Jean Tremblay a perduré 20 ans. C’est beaucoup trop. Pour lui la politique, et la démocratie surtout, se résumaient à voter à tous les quatre ans. Point à la ligne. L’opposition a toujours été pour lui un mal non nécessaire. Il a sans fin manipulé l’opinion publique, ses amis des médias populistes pour demeurer en poste en multipliant les mensonges sur son administration bien avant la popularité des fake news du président Trump. C’est un politicien d’un autre âge qui refuse toute entreprise de consultation avec les citoyens qu’il considère comme les siens quand ça le conforte et consolide ses assises. Ce politicien-là a assez fait de dommages à la démocratie et à la réputation saguenéennes. En se comportant comme un amuseur public sans nuances et bardé de préjugés sur tout (la religion, la politique, la sexualité, les loisirs, la culture, les médias, le patrimoine) il a miné pour des décennies l’image qu’on répand ailleurs de notre région. Écoutez rigoler vos amis de l’extérieur sur ce personnage d’un autre siècle qui considère que les humains seraient plus heureux s’ils étaient tous croisiéristes millionnaires en route vers sa capitale préférée, Dubaï.

On a fortement besoin maintenant d’une autre génération de politiciens municipaux qui partagent une autre conception de la démocratie municipale fondée sur le respect de l’opposition et des valeurs démocratiques. On a besoin de politiciens qui se mettent au service de toutes les catégories de citoyen.ne.s et qui surtout ne se servent pas de leur pouvoir pour enrichir une clique d’entrepreneurs et d’amis du régime. On a besoin de politiciens qui n’ont pas peur de prendre la parole lors des conseils municipaux et qui défendent les idées et les valeurs des gens qui vivent avec eux pour faire évoluer leur ville. On a besoin de politiciens municipaux qui n’ont pas peur de défendre le transport en commun, le patrimoine, l’environnement, les comités de consultation des citoyens, la culture et j’en passe. Des politiciens qui n’ont pas besoin des médias sociaux pour afficher leur priorités.

Jean-Pierre, je crois que tu as assez donné en politique. Tu ne fais pas partie de la classe de politiciens qui apporteront le changement souhaité à Saguenay. Si on lit à travers les lignes du maire, de ses conseillers majeurs et de tes propos déjà relayés par les médias populistes qui t’appuient pour des raisons opportunistes, tu permettrais – si la population te donne le feu vert – une transition toute en douceur du départ du maire. Ta réputation de ne pas brouiller l’eau – même si elle est chaude – perdure en politique municipale aussi. Tu n’es pas le genre à enquêter sur les 20 ans de régime du maire Tremblay pour y vérifier les dossiers chauds enterrés sous quelques tonnes de fake news. Ce n’est pas Jean-Pierre Blackburn qui va empêcher le maire catho et brasseur de fausses nouvelles de dormir sur ses deux oreilles.

On a besoin d’un maire indépendant pour succéder à la mairie de Ti-Jean le brasseur d’affaires pas toujours catholiques. Ce n’est pas Jean-Pierre Blackburn qui va nettoyer les écuries d’Augias avec les eaux d’une bière forte. Reviens sur ta décision Jean-Pierre et regagne ta retraite bien méritée au Fédéral avec – il faut le dire – quelques pensions confortables. Si le maire insiste pour que tu lui succèdes à pied levé c’est pour une raison fort simple : il te connaît bien et tu lui en dois une à cause de l’élection d’avril 2011. C’est du passé tout ça. Il t’a demandé de réchauffer son banc de maire pour les quatre prochaines années avant que le vendeur de fromage en crottes de la Baie – qui t’appuie d’ailleurs – se décide à chausser les bottines du maire qui quitte son poste à regret, malgré lui. Ne tombe pas dans son panneau. Ils sont déjà assez nombreux dans sa fosse aux lions.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

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