Un mot d’ordre pour tous les candidats à Saguenay : prendre ses distances de…

©Sophie Gagnon-Bergeron

La démagogie électoraliste est le chancre de la démocratie
Albert Brie, Les meilleurs mots du silencieux, Le Devoir

Les candidats à la mairie de Saguenay (au nombre de quatre pour le moment) et ceux et celles à l’échevinage, dans une moindre mesure, s’agitent depuis quelques temps. De son côté, le seul parti politique municipal en action, l’ERD, marque des points en affichant son programme détaillé, ses couleurs et son organisation. Pour sa part, l’autre parti politique fondé par le maire actuel, le parti des citoyens, patauge dans la confusion d’un candidat-chef « vedette » qui tire dans toutes les directions pour ne pas se voir trop identifié au maire sortant. Le quiproquo est de mise est très bien entretenu encore une fois par Jean-Pierre Blackburn qui a l’habitude de nager à l’aise dans ces eaux pendant les campagnes électorales. Les arpètes qui se présentent autour de lui n’ont qu’à bien se tenir. JP connaît la sauce électorale qui colle aux électeurs confus.

En somme, tous les candidats veulent prendre leurs distances. Mais de qui? Mais de quoi? C’est ce qu’il faudrait savoir avant d’aller voter en novembre prochain.

D’abord les candidats à la mairie.

JP vient de se rendre compte qu’on l’assimile trop au régime Tremblay sortant.

Il s’en excuse sans trop le dire. Il fera autrement et laissera les conseillers élus prendre la place qui leur convient. Ils prendront les décisions de l’exécutif après avoir été mis au courant des dossiers. Ce qui veut dire qu’avant, ça ne se faisait pas. L’ERD a cogné sur ce clou avec les rares indépendants du conseil depuis quelques années déjà. Ensuite, comme le maire sortant, JP mise sur les couches d’asphalte pour être élu à la marie. Comme tout le monde en somme. Dans l’asphalte, point de pouvoir.

JP prend ses distances sans trop faire de bruit et surtout sans froisser personne, encore moins Ti-Jean. Celui-ci le ménage, c’est son candidat non avoué qui lui permettre de s’effacer en douce.

La chef de l’ERD, la seule femme qui se présente à la marie, assume son plan de match. Répète les actions du parti et mise avant tout sur le renouvellement de la gouvernance de la ville amochée par le maire sortant depuis 20 ans. Le préjugé favorable envers une candidate va-t-il jouer dans la présente campagne? Tout est sur la table. Les électeurs de Saguenay ont tellement été lessivés du cerveau sous le régime Tremblay qu’ils pensent encore que seul un sauveur venu d’ailleurs peut gérer leur ville. Ou un sauveur de l’intérieur qui se prend pour tel. Là encore, la méfiance actuelle envers les partis politiques (on assimile encore le débat à la chicane) mêle les cartes et les candidats potentiels. Comme si les partis politiques étaient tous corrompus d’office.

Pour sa part, Arthur Gobeil vient de se faire ramener à l’ordre par le maire sortant en osant affirmer que Promotion Saguenay servait davantage les intérêts politiques du régime en place que ceux de la ville. Pour Ti-Jean, aucun candidat ne devrait prendre ses distances de son organisme qui l’a si bien servi depuis des lustres, lui et ses amis. Arthur Gobeil connaît bien les rouages de l’administration des contrats de la ville. Ses compétences pourraient être indispensables au renouveau démocratique de Saguenay. Il a déjà pris ses distances du maire en le faisant sortir de ses gonds une première fois. Son idée de remettre les assemblées du conseil en soirée pour favoriser une meilleure participation populaire devrait être reprise par tous les candidats. Jusqu’ici, ses sorties publiques me semblent pertinentes.

Quant à Jacques Fortin, osons affirmer que le ridicule ne tue pas parce que sans cela l’annonce de sa candidature à la marie l’aurait foudroyé sur le champ. Il prend sans doute les électeurs pour des amnésiques profonds. Sans la complicité de Ti-Jean et de son régime opaque, il n’aurait jamais pu conserver à la fois le terrain pour son épouse, son poste de conseiller et surtout de directeur d’un musée sans posséder les compétences exigées pour ce faire. C’est un politicien municipal professionnel (comme Fabien Hovington, d’ailleurs) qui profite depuis trop longtemps des faveurs du maire sortant et des largesses municipales pour avoir toute crédibilité. S’il se refuse à militer au sein du parti du maire c’est tout simplement pour donner l’illusion qu’il en prend ses distances. Marina Larouche l’appuie parce qu’elle aime bien mêler les cartes en campagne électorale. En lui donnant un coup de main, elle confirme sa nostalgie du statu quo et son ennui dans sa retraite dorée.

Comment prendre ses distances du régime en place et du maire sortant? Les candidats à la mairie et aussi à l’échevinage devraient, à mon avis, se prononcer sur tous les enjeux majeurs concernant l’avenir de la ville, autant son administration, sa gouvernance que ses projets rassembleurs en infrastructures, en transport, en environnement et en culture.

Je pense ici à l’avenir des bateaux de croisière à La Baie. Va-t-on continuer à financer cet éléphant blanc pendant des décennies pour laisser nous faire croire que le quai de la Baie est « le site le plus accueillant au monde » comme le radote si bien le capitaine Ti-Jean? On pourrait sans doute rendre accessible ce quai aux gens d’ici douze mois par année, aux pêcheurs d’éperlans, aux navigateurs de proximité moins pollueurs que ces monstres marins chargés de retraités bien nantis comme le maire.

Autre enjeu de poids, le transport en commun et le développement de la périphérie municipale. Il faudrait repenser cette ville dessinée uniquement par les promoteurs et les vendeurs de chars. Il est temps de réaménager les espaces publics de Saguenay, développer les centres-villes pour l’habitation de toutes les classes sociales et non pas uniquement pour les retraités qui se font flouer dans les foyers de vieux et de vielles.

On y reviendra sur les autres enjeux, y compris sur la protection du patrimoine urbain. Je voudrais qu’on se souvienne avant tout des démolitions des maisons et des édifices patrimoniaux sous le régime Tremblay et plus particulièrement de la disparition de l’église de Fatima à Kénogami pour y ériger à sa place des condos cheaps en forme de boîte à beurre, le symbole architecturale de base de la majorité des édifices construits par le maire Tremblay depuis 20 ans.

Bref, d’ici les prochaines élections en novembre prochain, les candidats de ville Saguenay devront ouvertement prendre leurs distances du régime en place et préciser à quel point ils veulent faire autrement pour ne plus avoir honte de leur conseil municipal. Faire le bilan de l’ancienne administration m’apparaît la tâche à accomplir durant cette présente campagne. Quitte à entendre sonner les casseroles derrière le maire et tous ses anciens conseillers complices.

n.b. casseroles : en argot, délits, mauvaise affaires, gaffes.

Pierre Demers, cinéaste et poètes rouge d’Arvida

 

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