Nettoyer les écuries d’Augias Tremblay

augeas

Augias : Roi d’Élide, dont Héraclès (Hercule) nettoya les écuries en détournant les eaux de l’Alphée.

Le Robert de poche, 2009

Dans le fond, malgré tout ce qui va arriver de pire encore, la candidature de l’ancien ministre des anciens combattants à la mairie de Saguenay, Jean-Pierre Blackburn le naïf, a du bon. Il a permis un beau lavage de linge sale en public et la confirmation que le maire sortant-plus-ou-moins a beaucoup de difficultés à lâcher prise. À s’occuper d’autre chose que de sa succession qu’il désirerait tellement à son image et à sa ressemblance.

Bref, qu’a-t-on appris depuis la démission de Jean-Pierre Blackburn comme chef du parti du citoyen d’abord?

Tout ce qu’on savait déjà sans vouloir le dire haut et fort. Sans que ceux concernés l’admettent franchement. Par exemple. Ghislain Harvey, le conseiller perpétuel du maire sortant-sortant-pas garde toujours la mainmise sur toutes les décisions importantes qui se prennent à la Ville malgré tout. C’est lui qui règle le sort de tous et chacun, c’est lui non élu qui depuis vingt ans se prend pour le grand manitou de cette ville fusionnée de force. Nulle part ailleurs a-t-on vu un non élu d’un conseil municipal occuper une telle place de choix. C’est le maire qui le veut ainsi. Il reste le personnage intouchable de la Ville. Tous les conseillers actuels qui acceptent les diktats du maire sans mot dire le respectent et surtout le craignent. Ils n’osent le contredire et attendent ses ordres pour agir. C’est Ghislain qui règne.

On apprend donc que Ghislain Harvey demeure le personnage-clé autour du maire depuis toujours. Un non élu qui favorise surtout son arrondissement de la Baie et ses contacts personnels dans le petit milieu saguenéen des affaires. On saura bientôt ce qu’il récolte comme salaire pour tous ses loyaux conseils.

Il manœuvre toujours ainsi pour prolonger ses influences et celles du maire une fois les deux sortis du décor municipal. Les deux veulent que la Ville les serve encore une fois retraités plus ou moins.

Ensuite, ensuite. La sortie imprévue de Jean-Pierre Blackburn nous a aussi appris et confirmé ce qu’on savait déjà au sujet du conseiller de la Baie qui vend du fromage en crottes. Le fameux vendeur de fromage profite d’un statut privilégié au conseil municipal depuis toujours. C’est le dauphin qui se fait désirer et qui attend son tour et son heure pour remplacer le maire un bon jour. Le maire lui permet de siéger à tous les comités et au conseil et donc de prendre les décisions qui s’imposent sans vraiment y être. Ses absences répétées et avouées sont justifiées par ses autres occupations qui lui semblent plus essentielles, soit de diriger son entreprise de plus en plus prenante à ses dires.

Quand on le questionne sur ses absences, il avoue même ne pas avoir à assister à ces réunions pour participer aux décisions importantes et faire sentir son influence. Selon lui donc, il fait partie d’une classes à part d’élus qui peuvent se passer de débattre avec les autres élus pour décider des biens publics. Comme le maire et comme Ghislain Harvey, le vendeur de fromage en crottes croit que les élus n’ont pas besoin de faire acte de présence aux divers comités ou aux instances décisionnelles de la ville pour assumer leur mandat politique. Comme dirait le maire, une fois élu on décide de tout sans se poser de questions. Si les autres se plaignent de notre manière de gouverner la ville, ils n’ont qu’à se faire élire aux prochaines élections…

Après tout, comme dirait le dauphin de la Baie, la Ville se gère comme une autre entreprise de services. Du fromage en crottes ou des citoyens dociles, tous dans le même sac.

La démission de Jean-Pierre Blackburn du parti des citoyens du maire nous a aussi appris une autre chose qu’on savait déjà. Sa nomination sans opposition était piégée depuis le début. On voulait que sa présence à la direction du parti du maire serve avant tout à assurer en douceur la succession de son régime et de son entourage. Il devait accepter que les fidèles du maire, son équipe de collaborateurs élargie demeure en poste une fois le maire bien aimé disparu. On a voulu lui faire accepter sans dire un mot de suivre la machine électorale habituelle du maire et de ses conseillers. Le hic c’est que l’ancien ministre des anciens combattants a refusé. Il s’est senti plus que coincé et a décidé de tout dénoncer en claquant la porte du parti du maire et ses manigances.

Et à propos de ce maire justement, la question que tous se posent, lui avec, va-t-il revenir sur sa décision de quitter son poste si son parti se perd dans la bouette des compromis et des magouilles électorales? Le maire peut-il décider de se présenter une fois de plus aux prochaines élections si son entourage décide d’ouvrir la porte des écuries d’Augias Tremblay? Autrement dit, pour dissimuler encore un peu les magouilles des vingt dernières années, le maire va-t-il être obligé de sauver sa ville en manque de leader éclairé comme lui?

Tout est possible avec ce maire. Il s’est contredit plus d’une fois depuis qu’il couve le pouvoir municipal, le seul d’ailleurs qui lui est accessible. Ce maire a de la difficulté à lâcher prise. Entre autres, il souffre d’un besoin d’attention médiatique chronique. Sans négliger sa haine viscérale de l’opposition. Je vous le dis. Son entourage et ses conseillers fidèles aussi croient que la ville leur appartient et qu’il doit tout faire pour leur léguer avant de s’effacer. Les prochaines semaines seront riches en rebondissements et en révélations.

Les prochaines réunions du conseil municipal promettent. Augias Tremblay a raison de se méfier des eaux du Saguenay qui risque de tout emporter. Ça sent le déluge, prise deux.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

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