Salut Ducharme

Pdemers

« Réjean t’é mort, fais-toi z’en pas, tout l’monde fait ça »

Ducharme a tout fait avec brio, on devrait voir bientôt publiés ses dessins que les éditions du Passage vont éditer, une semaine après qu’il disparaisse pour le vrai. Après ses romans, ses pièces de théâtre, ses scénarios, ses collages, ses lettres ouvertes et fermées, ses chansons, ses silences.

J’aime beaucoup les chansons qu’il écrivait dans les motels avec Charlebois. Elles sont à l’image de son œuvre littéraire et plastique, globales, sans concessions, collées à son quotidien montréalais et au nôtre évidemment. Dans son langage unique qui nous rejoint. Dans sa poésie de nulle part et de partout.

Je reproduis ici pour lui rendre hommage et pour soigner ma peine cette toune écrite en 1972 que j’aime peut-être un peu plus que J’veux d’l’amour, Heureux en amour?, Fu Man Chu et Mon pays que j’aime tout de même aussi.

 

Fais-toi z’en pas (Tout l’monde fait ça)

Prendre un café ébouriffé

Dans un matin de souterrain

Ne rien vouloir et tout toffer

Fais-toi z’en pas tout l’monde fait ça

Regarder un peu à côté

Dans le miroir pour ne pas se voir

Ne pas aimer ce qu’on a l’air

Se faire la barbe à quoi ça sert?

Fait-toi z’en pas, tout l’monde fait ça

Ouvrir la porte et puis sortir

Pis avoir envie de r’venir

De se coucher pis de dormir

Parce qu’il fait trop beau soleil

Ne plus savoir pour où partir

Fais toi z’en pas tout l’monde fait ça

Marcher tout seul sur le trottoir

Rencontrer des gens solitaires

Aimer mieux regarder par terre

Les sacs de chips écrapoutis

Les paquets vides de cigarettes

S’parler tout seul se dire hostie

Se dire yé temps qu’ça arrête

Tout l’monde fait ça fais-toi z’en pas

Prendre le métro descendre à Peel

Parce qu’il faut débarquer qu’qu’part

Entrer partout pour ressortir

Parce que partout c’est plate à mort

Prendre un café à pharmacie

Au coin de Ste-Catherine et Guy

Laisser un tip et dire merci

Fais-toi z’en pas tout l’monde fait ça

Avoir voulu changer de vie

S’endormir avec l’ennui

Après avoir perdu son temps

Personne a pu faire autrement

Mais c’est pas si portant qu’ça

Fais-toi z’en pas tout l’monde fait ça

Salut Ducharme, fais-toi z’en pas

Mourir tout l’monde fait ça

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

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