J’en suis moi aussi

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À toi, qui penses que la culture du viol n’existe pas. Qui crois que la vague de dénonciations sous le mot-clic #MeToo #MoiAussi est une machination de «féminisses» mal baisées en mal d’attention. À toi qui banalises ces actes en victimisant les agresseurs.

Sais-tu ce que c’est, que d’être une femme-objet? De subir des propos et des gestes déplacés dans la rue, les bars, les cafés, les supermarchés? D’avoir peur de marcher seule le soir? D’éviter les plages, les parcs, les culs-de-sac, les balades en forêt?

Je ne me suis pas prononcée sur les réseaux sociaux. Mon statut Facebook serait infini si je devais nommer toutes les agressions vécues durant les quarante et quelques années de ma vie.

C’est long, quarante ans à se faire siffler, tripoter, caresser contre son gré. C’est honteux, aussi, quand ça arrive dans ta propre famille. C’est culpabilisant, quand tu te fais pratiquement violer par ton amant. Ça fait mal, et pas juste entre les deux jambes.

Je viens d’un milieu où l’on banalise la culture du viol. Un milieu où les pères passent des commentaires sur la grosseur du cul et des seins de leurs filles. Où les hommes ont les mains longues et la langue salace, et où les femmes se taisent et ne prennent pas leur place. J’ai grandi entre une pile de revues pornos et des affiches de filles à poil sur les murs de la cave chez mon grand-père. Ça m’a complètement fuckée. J’ai longtemps cru que la femme n’était qu’une potiche qui servait juste à donner du plaisir aux hommes. Encore aujourd’hui, dans mes rapports intimes, j’ai tendance à jouer la victime et à me laisser dominer.

Je me souviens du regard pétillant des hommes sur ma nouvelle poitrine de jeune fille précoce. Des garçons de mon école qui fouillaient dans mon chandail sans ma permission. D’un gars au secondaire qui m’a traitée de salope après mon refus de lui faire une pipe au parc derrière chez moi. Du pervers qui se branlait en me zieutant sur le bord de la rivière. De l’homme qui voulait m’embarquer dans son char un soir, me suivant à la trace dans les rues de ma banlieue. J’avais 13 ans.

Ado comme adulte, on m’a souvent demandée et même forcée à faire des choses que je ne souhaitais pas. Je m’y suis plus d’une fois soumise, la peur au ventre, ravalant mon dégoût, ma honte, ma culpabilité. Et chacune de ces fois, je pensais que c’était moi la provocatrice, que je l’avais bien mérité. Normal, c’est ce qu’on m’a inculqué : la femme est une putain, une traînée juste bonne à fourrer.

Aujourd’hui, je suis plus assumée comme femme, mais j’ai encore peur. Parce que je suis toujours, pour bien des hommes, qu’un corps. Je sens leur regard pervers, j’entends leurs propos libidineux. Dernièrement, il y a eu ce gars qui a fait un commentaire sur ma poitrine pendant mon jogging. Et un autre qui me détaillait des seins au popotin pendant que je discutais de croquettes à l’animalerie.

Je ne sais pas comment terminer cette chronique. Parce que la culture du viol n’a pas de fin. Elle fait partie de notre quotidien, à nous toutes. J’ose espérer que la vague #MoiAussi se transformera en tsunami. Pour que tu comprennes, toi qui te sens visé par les récriminations, que tes p’tits commentaires insignifiants et tes pinçages de fesse ont plus de portée que tu peux l’imaginer.

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