Dix ans de radotage

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Radoter : Tenir des propos, des discours dénués de sens ou peu cohérents : Vieillard qui commence à radoter. Répéter de façon ennuyeuse les mêmes propos, les mêmes thèmes : Rien de nouveau dans sa conférence, il radote (Larousse, 2017).

Il y a un peu plus de dix ans, une suite d’événements montés en épingle par les médias québécois quelques semaines avant Noël a fini par précipiter le Québec dans une crise autour des accommodements raisonnables et de l’intégration des immigrants. Dix ans plus tard, alors qu’une partie du Québec vient de passer dix ans à radoter et à médire sur l’islam, les immigrants et les réfugiés, le réseau TVA nous sort une soi-disant histoire, juste avant le temps des fêtes, d’un groupe de musulmans ayant exigé que les femmes soient exclues des chantiers de construction aux abords de leur mosquée. Après vérification, – voir le communiqué de la mosquée Ahl-Ill-Bait et les propos du président de la Commission des services électriques de Montréal – il semble bien que toute cette histoire soit sans fondement. La mosquée et ses responsables n’auraient à aucun moment fait cette demande. Or, comme l’information a déjà été passablement relayée et que le groupe d’extrême-droite La Meute a déjà appelé à manifester contre cette mosquée vendredi, il semble bien qu’une autre bonne grosse dose de radotage soit à anticiper dans les prochains temps.

Comment en sommes-nous arrivés là? Si la situation spécifique et minoritaire des francophones en Amérique du Nord explique en partie pourquoi les questions culturelles se retrouvent régulièrement à l’agenda et que le poids écrasant qu’a déjà eu l’Église catholique explique en partie pourquoi la volonté de laïcité et la méfiance à l’égard de la liberté de culte soit plus forte qu’ailleurs, elles n’expliquent pas tout et surtout, ne justifie en rien l’obsession identitaire et islamophobe dont nous sommes maintenant témoins. Des événements internationaux comme le 11 septembre, les attentats commis ou revendiqués par l’État Islamique et la victoire de Donald Trump font également partie de l’explication.

Or, l’histoire et l’actualité politique internationale n’expliquent pas à elles seules pourquoi plusieurs grands médias ont fait le choix, dès 2007, d’accorder une attention disproportionnée à des histoires de Hijab sur des terrains de soccer, de prière dans des cabanes à sucre et de crèche de Noël sous des sapins. Loin de moi l’idée qu’on ne doit pas en parler et encore plus loin de moi l’idée que toutes les mesures prises dans ces cas étaient légitimes et avisées. Mais de là à faire du pouce là-dessus pendant des mois… L’histoire et l’actualité n’expliquent pas non plus pourquoi des partis politiques comme la Coalition Avenir Québec et le Parti Québécois ont décidé d’instrumentaliser cyniquement et de manière bassement électoraliste les craintes des francophones « de souche », croisant régulièrement le fer dans un concours d’âneries où François Legault et Jean-François Lisée font figures de champions. Elle n’explique pas non plus pourquoi le Parti libéral a lâchement lâché le morceau quand est venu le temps de mener une consultation sur le racisme systémique.

Le radotage qui pourrit le débat actuel et notre climat politique est le fruit d’un opportunisme médiatique et politique crasse dont nous devons aujourd’hui dénoncer les effets et les conséquences. L’irresponsabilité des médias, des journalistes et des chroniqueurs peu rigoureux, démagogues et en quête de spectaculaire se doit d’être pointé du doigt tout comme celle des politiciens et des mouvements politiques qui cassent du sucre sur le dos des « étrangers » pour aller chercher des votes et des « likes » sur Facebook. Mais outre distribuer des blâmes, il est surtout temps de nous ressaisir, de ne plus se laisser dominer par cette « peur de l’autre » qui nous ronge, de créer des ponts entre les différentes communautés et de faire l’effort d’apprendre à connaître les « autres » en allant à leur rencontre.

Crédit photo: Nicola Frank Vachon

 

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