Les pouces de Ghislain Harvey

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La vie est une classe dont l’ennui est le pion.

– Louis-Ferdinand Céline

 

Dans une sortie publique lundi dernier fortement médiatisée, on apprend avec plus ou moins d’indifférence que Ghislain Harvey, le bras droit (et gauche diront certains) du maire qui ne veut pas se faire oublier, s’ennuie en retraite forcée. Il se tourne les pouces à ne rien faire chez lui. Dans le même souffle plaintif, il s’en prend à un peu tout le monde et aux autres qui lui ont dérobé sa raison de vivre : son travail de lobbyiste auprès de la Ville qu’il chérit de tout son cœur. Il demande l’absolution pour les péchés qu’il n’a pas commis et l’a même obtenue de l’animateur matinal de Radio X qui lui a permis de tenir sa conférence trop longue sans intervenir comme on le fait habituellement dans une entrevue journalistique. Mais les médias régionaux n’ont pratiquement jamais eu à rencontrer devant un micro le fameux Ghislain Harvey. Comme ils ne savaient pas trop à qui ils avaient à faire, ils l’ont surtout fait parler et admiré comme on fait souvent en face des hommes de pouvoir. Ils l’ont même pris en pitié un instant, devenu victime comme nous a habitué le maire sorti quand il venait de faire une autre gaffe ou un mensonge flagrant. On a même décelé chez lui un relent religieux qui nous faisait penser à vous savez qui. Le Ghislain Harvey des beaux jours n’en menait pas large. Il cherchait à se faire pardonner ses fautes d’abus de pouvoir sans les admettre.

On apprend donc que le monsieur Harvey en question, celui qui négociait – avec son fameux carnet d’adresses – «des millions» à la place du maire sorti, se tourne les pouces chez lui à ne rien faire. Que sa vie c’est de travailler, travailler, travailler. Il ne sait pas que faire d’autre.

Qu’à son âge (71 ans), après une opération au cœur réussie, il est encore bon pour servir jusqu’à 80 ans et plus. C’est du moins ce qu’il souhaitait avant que la mairesse élue oublie de lui téléphoner pour le garder sur la liste de paye de la ville. Il semble ne pas avoir compris qu’il ne pouvait garder un poste de conseiller du maire sans être élu, un poste démesuré par rapport à son rang de conseiller des élus. Il aurait aimé continuer à tout contrôler et à mener tous les conseillers élus à la baguette comme il le faisait avant. À diriger la ville pendant que le maire se prenait pour une vedette des médias et le sauveur de la race.

Bref, il s’ennuie de ses belles années comme grand manitou de la ville. Et, malheur de malheur, le maire sans peur et sans reproche n’est plus là pour lui donner carter blanche.

C’est curieux aussi qu’il ne s’interroge pas sur sa vision de l’avenir de la ville. Pour lui, il n’y en avait qu’une, la sienne qui était celle du maire sorti. Une ville qui pelletait en avant ses problèmes et ses déficits, au service des amis entrepreneurs et des projets ambitieux comme le quai de croisières et la place du citoyen. Des projets pour épater la galerie et les touristes.

Il avoue enfin mériter amplement toutes les primes de séparation (ou de congédiement) reçues par l’OMH (200,000$) et Promotion Saguenay (500,000$) pour services rendus de même que sa pension de vieillesse généreuse qu’on n’a pas encore fini de comptabiliser.

Il était, selon ses dires, plus qu’indispensable à la ville et les nouveaux élus en place vont regretter un jour de l’avoir jeté comme une vieille serviette. Il leur souhaite d’avoir des remords le soir en se couchant après avoir fait leur prière…

Comme il s’ennuie chez lui en se tournant les pouces, j’ai crû de mon devoir de citoyen plus ou moins averti lui conseiller des choses à faire pour passer le temps avant de ne plus pouvoir les faire. Histoire d’occuper ses loisirs et son ennui qui – selon moi – frôle la neurasthénie et à la longue le spleen. Il temps d’intervenir avant que la déprime prenne le dessus. Secouez-vous monsieur Harvey, il n’y a pas que le travail dans la vie, quoiqu’en disent les présidents de chambre de commerce et les directeurs de caisses pop. Sans oublier les actionnaires des Tim Horton qui sont contre le salaire minimum à 15$ de l’heure. En passant, le salaire minimum au Québec grimpe dangereusement à 12$ le 1er mai. C’est combien le taux horaire d’un conseiller politique qui gagne 200 000$ par année avec compte de dépenses et avantages divers? Mais je m’égare. Revenons à Ghislain qui se plaint le ventre plein. Je connais des retraités qui travaillent comme emballeur chez IGA qui voudraient bien profiter de ses primes de séparation. Mais passons, passons. Rendons-lui service.

Des choses à faire pour tenir occupé Ghislain Harvey :

1- Prendre toutes ses primes de séparation et les donner généreusement aux soupes populaires de la ville. Et, par voie de conséquence, devenir bénévole dans ces organismes. On n’y voit pas le temps passer.

2- Faire du skidoo, pêcher dans une grosse cabane chauffée sur la Baie comme tout le monde et arrêter de se plaindre. Vivre comme un vrai saguenéen, quoi.

3- Apprendre un instrument de musique, le violon, la harpe, la flûte traversière. Plus on vieillit, plus c’est difficile d’apprendre la musique.

4- S’acheter des livres et les lire. Une première suggestion, À la recherche du temps perdu de Marcel Proust.

5- Coacher une équipe de hockey composée d’anciens employés de la ville, surtout des cadres et des amis de l’ancien régime. Ça défoule et ça vide jouer au hockey pour des retraités. L’été, faire du vélo avec Pierre Lavoie qui adore les contacts politiques.

6- Écrire ses mémoires en essayant de ne pas trop mentir. Se souvenir aussi de ses mauvais coups et compromettre un peu tout le monde. Faire une sortie sur l’importance du livre papier au salon du livre.

7- Voyager. Je sais que c’est dispendieux de le faire sans compte de dépenses. Mais il y a toujours moyen de voyager léger, loger chez des amis et profiter des tarifs d’avion à rabais.

8- S’investir dans le parti des citoyens devenu plus ou moins moribond. Le financer avec des soupers spaghetti. Faut bien commencer quelque part. Il y a des limites à se tourner les pouces. Ou bien, à la limite, former une association de tourneurs de pouces et développer un site internet pour rejoindre tous ceux dans le même cas.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida qui ne se tourne pas les pouces

Malgré sa retraite préventive

 

 

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