La victoire de Richard Martel ?

©Sophie Gagnon-Bergeron

Le sport amuse les masses, leur bouffe l’esprit et les abêtit.

-Thomas Bernhard

Que signifie la victoire de Richard Martel à la dernière élection partielle fédérale dans Chicoutimi-Le Fjord? Un entraîneur de hockey qui, depuis des mois, se cherchait désespérément une nouvelle équipe pour s’activer, s’occuper, bref, pour gagner sa vie. C’est, à mon avis, une victoire inquiétante mais prévisible.

Les gens veulent quelqu’un de connu pour les représenter partout et ailleurs. Même dans les parlements. Peu importe l’origine, les compétences ou les intérêts de la personne choisie. Leur besoin de changement penche souvent du côté du statu quo. Cette élection en est une preuve de plus. Pendant sa longue campagne électorale, le candidat Martel, a prudemment oublié de s’étendre sur l’idéologie conservatrice du parti qu’il a choisi de représenter. Quelques sujets délicats, comme la perte d’emplois bien rémunérés au Centre fiscal de Jonquière si les conservateurs de retour au pouvoir décident d’éliminer le rapport d’impôt fédéral ou encore la question de l’immigration, n’étaient pas dans son discours courant. Encore moins les souvenirs amers du régime autoritaire et polluant laissés par le gouvernement Harper. Il se contentait de dire à tous les électeurs qu’il rencontrait dans les lieux publics – plutôt au centre d’achats qu’à l’université – qu’il était avant tout honnête, bon travaillant et ancien coach des Saguenéens.

Avouons que comme programme politique, c’est un peu mince. Ah oui, il ajoutait du même souffle qu’il voulait rendre la région prospère en misant d’abord sur la réduction de la dette publique et la création d’emplois. Un autre politicien qui veut créer de la richesse… Le candidat Martel était prudent. Il s’est laissé emporter par la vague de sa popularité déjà acquise et par le coup de pouce des médias populistes qui carburent aux sports professionnels. On devait voter pour lui d’abord parce que c’est un bon gars qui a tellement fait pour meubler les loisirs des saguenéens, à la tête d’une équipe de hockey junior moribonde depuis des décennies. Les animateurs de radios populistes qui ont moussé sa campagne électorale depuis le début étaient fiers de l’appuyer, malgré son parcours à sens unique. Ils voyaient en lui un prochain collaborateur qu’ils avaient fréquemment côtoyé du temps de ses élans sportifs.

Rappelons tout de même que plusieurs animateurs de radio populiste de la région sont d’anciens chroniqueurs de sport, vendus au hockey professionnel, et que lorsqu’ils s’aventurent en terrain politique (ou culturel), ils patinent sur les bottines ayant beaucoup de difficultés à oublier leurs références sportives. Bref, tout le monde est en pays de connaissance avec ce nouveau député conservateur qui ne jure que par les victoires, le contrôle de la rondelle, les statistiques et les batailles dans les coins de patinoire. Évidemment, il y a ici confusion des termes. Et, par la bande, confusion des genres. La politique n’a rien à voir avec le sport.

Comme le soulignait Raynald Harvey de Segma Recherche, responsable du sondage (commentant les résultats) qui donnait une forte avance au candidat conservateur à l’élection partielle : les peu scolarisés ont tendance à voter pour les candidats connus. Toujours selon Raynald Harvey, ce sont ces mêmes personnes peu scolarisées qui aussi, pendant des années, ont voté pour Jean Tremblay (récemment métamorphosé bénévole pour la CAQ?), lui qui détestait les personnes trop scolarisées.

Ce sont sans doute ces mêmes personnes peu scolarisées qui fréquentent assidument les radios populistes qui ne donnent pas toujours dans la nuance en réduisant la politique à un simple jeu sportif où les entraineurs de hockey peuvent faire des miracles…

La victoire de Richard Martel s’inscrit dans le courant actuel du virage à droite en politique internationale et provinciale. N’oublions pas que le député Martel s’oppose à la légalisation du cannabis parce que, selon lui – s’appuyant sur sondage de Radio X- une bonne partie de la population régionale y voit un danger pour les « saines habitudes de vie » de notre belle jeunesse comme dirait Pierre Lavoie, le gourou de la pédale. Il ignore sans doute que le Saguenay-Lac-Saint-Jean compte autant, sinon davantage, d’adeptes de tous âge de l’herbe bleue que beaucoup d’autres régions canadiennes. D’ailleurs ces données pourraient sans doute être compilées pour confondre le Parti conservateur fédéral qui erre à ce sujet pour faire plaisir à sa droite catholique radicale et diaboliser le parti libéral fédéral.

La victoire de Richard Martel confirme la confusion qui règne dans la tête des électeurs depuis l’élection de Donald Trump et de Doug Ford qui promettait de réduire le coût de la bière pour se faire élire en Ontario. N’importe qui peut faire de la politique désormais en disant à peu près n’importe quoi, si sa popularité l’emporte sur le reste. Il suffit de dire un temps le contraire de son adversaire. Un passé médiatique semble garant d’un futur politique. Reste à voir comment le nouveau député conservateur de Chicoutimi-Le-Fjord arrivera à entretenir cette confusion des termes et des idées dans les mois à venir.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

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