Quand la radio-poubelle milite contre les poubelles

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Poubelle : récipient destiné aux ordures ménagères

Le Robert de poche, 2009

Or donc, la radio-poubelle locale milite contre le bac brun à Saguenay. Depuis déjà un certain temps déjà, il ne faut pas se le cacher. Les militants « écolos » de ce poste populiste n’en démordent pas. Ils surfent sur des arguments plus ou moins scientifiques qui favoriseraient une autre manière de recycler les déchets de table et autres résidus quotidiens qui n’ont pas d’affaires avec le bac bleu. Ils sont en campagne pour sauver la planète. Remercions-les et demandons-nous qu’est-ce qu’ils viennent faire dans cette galère, eux qui vénèrent les climato-sceptiques depuis que la couche d’ozone existe. Eux qui ne jurent que par les pubs de gros pickups et de VR, sans négliger la surconsommation de cellulaire et de jeux vidéo pour ne nommer qu’une partie de leurs loisirs de prédilection.

Si j’entends bien les raisonnements de ces militants « écolos », deux arguments semblent dominer. Le premier est d’ordre économique évidemment. Eux qui clament depuis des lustres leur slogan « écœurés de payer », que les services publics municipaux, provinciaux et fédéraux coûtent trop cher pour leurs moyens. Il semble logique pour eux de réduire la facture publique de n’importe quelle manière pourvu que leur compte de taxes ne bouge pas d’ici leur retraite (la plupart de ces militants verts sont devenus propriétaires et entendent surveiller de près leurs dépenses publiques et non privées… pelouse oblige). Réflexe de base de consommateurs qui ne prêchent que pour leur paroisse et leur compte en banque. Donc, toutes les dépenses publiques sont scrutées de près, surtout les dépenses plus ou moins écologiques et aussi les autres qui ne les concernent pas comme les dépenses culturelles qu’ils abhorrent. Les bacs bruns selon eux coûtent trop cher. Le projet d’emprunt de 5,5 millions de dollars de la ville pour s’en procurer dépasse leurs bornes financières. On n’est pas loin ici du modus vivendi caquiste qui tient comme essentiel le pouvoir d’achat des quidam.

Ils ne s’offusquent pas de voir grimper les dépenses publiques touchant les loisirs et les sports. Encore moins pour les lubies touristiques et autres quais de croisières. Ils sont d’accord pour qu’on construise un nouvel aréna pour une équipe de hockey junior moribonde depuis des années, soutenue par des chroniqueurs sportifs qui ne jurent que par la prochaine saison, mais refusent qu’on instaure des frais de stationnement pour financer ce type d’infrastructure. Savent-ils que toutes les villes de moyenne importance comme Saguenay (Rimouski, Trois-Rivières, Sherbrooke, etc.) ont installé des parcomètres pour financer des projets publics mais aussi pour réduire le nombre de chars et favoriser le transport en commun? Ce préjugé contre le stationnement à Saguenay, entretenu par l’ancien maire Tremblay et ses thuriféraires, résiste encore et toujours. Et la radio-poubelle locale se fait un ardent plaisir de le perpétuer en écorchant au passage la mairesse qui les prend beaucoup trop au sérieux comme journalistes amateurs, à mon avis.

Autre argument de la radio rebelle contre les bacs bruns : il existe une autre manière de recycler les résidus de table et une entreprise locale la favorise. D’ailleurs la dite entreprise croit tellement à sa formule qu’elle se permet de soulever les citoyens contre le projet de la Ville. Sans considérer sa situation de conflit d’intérêts – espérant sans doute obtenir le contrat du recyclage des matières, si la ville rejette la solution des bacs bruns – l’entreprise « militante » lutte de pair avec les écolos de la radio-poubelle contre le règlement d’emprunt de 5,5 millions de dollars. C’est beau de les voir aller pendant que la mairesse de Saguenay tente de retenir ses deux ou trois conseillers qui changent d’avis en cours de route pour « mieux écouter leurs électeurs », qui ne jurent que par les arguments raccourcis des militants de la radio. On vogue ici en plein délire populiste encore une fois. Le Parti des citoyens manipulé par le maire sorti et toujours présent en profite pour se faire du capital. Il donne une autre leçon de « démocratie » à la mairesse et aux élus de la ville qui continuent de croire que le bac brun semble la meilleure solution pour recycler les déchets domestiques. Et comble de démagogie, on dénonce le fait que pour aller voter contre le bac brun, il faut se déplacer dans l’arrondissement de Chicoutimi parce que les deux autres arrondissements n’ont pas de bureau de registre. Comme si du temps du maire Tremblay on ne faisait pas la même chose pour réduire les frais de gestion de la ville tout en favorisant un certain résultat de la dite consultation. Quand le Parti des citoyens et de l’ancien maire se met à donner des leçons de démocratie, on peut se demander : jusqu’où notre galère municipale se rendra-t-elle?

Depuis quelques temps, seuls les projets sportifs et touristiques à grand déploiement semblent avoir l’aval de notre nouvelle administration. Les sportifs et les férus de loisirs municipaux ont le vent dans les voiles. Les projets culturels et écologiques sont relégués aux oubliettes. Même un projet élémentaire et en retard comme l’instauration du bac brun est considérée comme une dépense superflue et inutile. Saguenay est devenue une ville conservatrice, allergique au changement depuis le passage catastrophique du maire Tremblay. Ses citoyens réactionnaires et ses médias populistes entretiennent cet esprit de contrée retardée et frileuse. Il est grand temps qu’on change de siècle. La grande noirceur n’a pas encore quitté cette ville. Le fantôme du maire sorti rôde encore.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

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