Pas d’élu.es « communistes » au SLSJ

©Sophie Gagnon-Bergeron

Ceux qui ne bougent pas ne remarquent pas leurs chaînes.

– Rosa Luxemburg

Québec Solidaire (ou solitaire pour ses dénigreurs) n’a pas réussi encore à faire élire un.e candidat.e dans notre belle région conformiste, conservatrice et tissée serrée à souhait. Celle qui rêve toujours d’être assise à« la table du pouvoir » comme diraient nos politiciens et leurs électeurs affamés de prendre les décisions ultimes. Je pense ici à ce député libéral de la Baie défait qui, pendant des mandats, ne voulait que ça cette fameuse table et aussi « créer la richesse » pour les siens et sans doute un peu pour lui. Bref, la région semble avoir encore une fois eu envie du pouvoir en votant en grande majorité pour la CAQ, plongeant dans l’univers du « Caquistan » comme ironisait le rédacteur en chef du Devoir, le lendemain des élections. Un univers à soi tout seul, chez-nous pure laine, avec un petit côté pas de place pour l’Autre. Ici au SLSJ on se méfie des étrangers qui ne parlent pas bien français comme le chef caquiste ouvert et fermé en même temps sur le monde. Notre ouverture sur le monde se limite aux joueurs russes qui jouent pour l’équipe locale parlant anglais.

Une région péquiste depuis les années 70, résistante au changement de régime quand les libéraux remportaient tout, sauf ce curieux royaume barricadé de l’autre côté du Parc. Mais là les péquistes (et libéraux) ont décidé de voter caquiste sauf à Jonquière où un ancien prof du cégep fait encore de la politique près du monde, résiste avec ses électeurs fidèles, sans faire peur à personne. Le chef du PQ Jean-François Lisée, qui tire plus vite que son ombre, a multiplié les attaques contre QS et surtout contre Manon Massé la traitant même de « communiste ». Celle-ci un peu maladroitement lui a répondu en niant qu’elle l’était. Comme si être solidaire avec le peuple pas millionnaire, être conscient que les classes sociales existent encore, les inégalités aussi et surtout le capital et la consommation à outrance aujourd’hui dictent tout y compris les arguments politiques. Et Lisée – je crois  – s’est tiré dans le pied et la tête avec cette charge inutile, entraînant le parti avec lui. Comme le premier ministre Couillard, bientôt remplacé par un caquiste opportuniste dans Roberval après son retrait (?) préventif de la politique, ne s’est pas aidé beaucoup en faisant la démonstration qu’on peut se nourrir avec un budget de 75$ par semaine si l’on fait attention.

En fait, ces deux formules du moment, « elle est communiste » et « on peut se nourrir avec 75$ par semaine » ont compromis les deux chefs de partis sortants malgré eux, les disqualifiant auprès de la mémoire élective de ce mois de septembre 2018.

Prenez les promesses du millionnaire 10 fois du chef caquiste, François Legault, qui l’ont fait élire. C’est simple, il a répété sans cesse les mêmes depuis le début de la campagne. La première : remettre de l’$$$$ dans les poches des contribuables. Et la seconde : mieux gérer les services publics – lire refiler le tout au privé – et en même temps réduire les impôts en allant chercher l’$$$ dans les poches des médecins. Mais il oublie que l’$$$ est ailleurs aussi.

Les banques, les paradis fiscaux, les pharmaceutiques, les pétrolières, les médias sociaux, etc, nommez-les vous-mêmes.

Les électeurs de tout le Québec et d’ici ont cru qu’il pourrait les enrichir comme lui et en même temps effacer les politiciens du PL et du PQ qu’ils ne pouvaient plus voir et surtout entendre. À la limite, les gens pensent sans doute que Legault prendrait de l’$$$ dans ses poches pour nous le distribuer. Parce qu’ici les contribuables en veulent plus. Ils veulent pouvoir payer leur fuel pour leurs pick-ups, leurs skidoos, leurs 3 et 4 roues, leur VRs, leurs motos, leurs grosses maisons récentes en périphérie déjà usées, leur autre pont pour se rendre à Chicoutimi-Nord, leurs voyages dans le sud l’hiver, leurs grosses télés plasma, leurs cells, leur j’ignore quoi pour remplir leur carte de crédit, etc. Leur train de vie lancée à l’épouvante depuis des années. Ici les gens dépensent comme si la vie ne tenait qu’à ça. Ailleurs aussi, mais ici on est fier de le faire et on s’en vante.

Et la cerise sur le sundae, quand le chef de la CAQ est venu dans le Nord à la fin de la campagne, il leur a promis de réduire les frais du permis de chasse à l’ouverture de la saison. Une semaine de plus de campagne et Legault leur promettait presque de réduire le prix de la bière comme Doug Ford. On sait désormais qu’au SLSJ, l’avenir de tout petit saguenéen.ne et jeannois.e qui se respecte passe par la vocation de brasseur. Mon cégep à Jonquière forme maintenant des brasseurs et bientôt chaque quartier aura sa sorte de bière. Le maire Tremblay en avait une avec de l’eau bénite, LE visionnaire. Maintenant à Noël, n’importe qui va pouvoir se faire brasser sa propre bière au coin de sa rue. Pour ma part, j’aimerais beaucoup avoir une bière « communiste » qui permet à celui ou celle qui la boit de penser un peu plus aux autres et le rend malade s’il veut devenir millionnaire…

Les gens du SLSJ ont voté CAQ parce qu’ils détestent en grande partie les écolos, les « pelleteux de nuages » comme ils les appellent, les cyclistes qui empêchent les gros VUS et les pick-ups de leur prendre une portion de route. Ceux et celles qui veulent des boulevards plus larges, qui roulent à 200 kilomètre à l’heure dans le Parc, les ariane phosphateux qui pensent que la rivière Saguenay c’est une chasse d’eau, ceux qui pensent que les autobus ne transportent que les pauvres, les dérangé.es du bocal et les ainé.es. Ceux qui pensent que les trains, les autobus n’ont pas d’affaire ici, le royaume du char et des garages.

Bref, si le changement vient de la CAQ et bien je crois qu’ils se trompent éperdument. Ce n’est pas pour rien que l’ancien maire de Saguenay voulait militer pour ce parti mais le chef se méfiait un petit peu de lui parce que ce personnage-là a perdu tous ses contacts sauf ceux des statues de saintes et de saints dans les églises.

Et pourquoi donc n’a-t-on pas pu élire de « communistes », à savoir de candidat.es de Québec Solidaire dans la région?

Ailleurs à Québec, à Rouyn en Abitibi, à Sherbrooke des candidat.es « communistes » ont été élu.es à la grande surprise de tout le monde. Dans ces régions, ce sont surtout les étudiant.es, les jeunes en grande partie qui les ont fait élire et un peu les plus scolarisé.es. Souvent près des universités, des cégeps et des centres semi urbains dans des arrondissements loin des banlieues.

Ici à Chicoutimi par exemple, les étudiant.es du cégep et de l’université ont voté en grande majorité pour les caquistes. Les étudiants étrangers de l’université ne pouvaient pas voter et les autres ont sans doute pensé aux chèques que la CAQ leur a promis pour payer les termes de leur bagnole. Ce sont souvent des pères et mères de jeunes familles.

Une amie qui enseigne au cégep d’Alma m’a signalé que les étudiant.es autochtones votaient pour Québec Solidaire parce qu’ils et elles n’aimaient pas la politique caquiste sur l’immigration. C’est dommage que les étudiant.es de la région n’aient pas plus voté Québec Solidaire en se souvenant de la vague des carrés rouge de 2012. Pour changer les choses, rendre le Québec plus vert et solidaire, pour lutter contre les inégalités sociales et mieux contrôler nos décisions, QS avait un plan de changements plus concrets que les $$$ miraculeux  de la CAQ.

Le SLSJ n’a pas voté « communiste » parce que les électeurs et électrices ont cru en partie ce que disaient Lisée et Legault. Lisée leur a fait peur avec ses « communistes », Legault avec ses « immigrés » trop nombreux. Nous sommes les fidèles du statu quo dans beaucoup de domaines. Nous avons peur de tout perdre. Surtout notre soi-disant confort matériel et notre indifférence à l’égard des autres. Nous vivons dans une bulle en croyant que la pollution, la maladie, les dommages climatiques et la pauvreté généralisée ne pourront jamais traverser le Parc. On s’amuse en attendant les chèques de la CAQ par la poste. La naïveté du barbier Villeneuve semble avoir été contagieuse ici. Ils nous manque de la perspective. Allez voir les tableaux du célèbre peintre pour mieux comprendre.

Il y a tout de même dans le mot « communiste » le mot « commun » comme « bien commun ». C’est sur ce terme que repose toute politique. Mais il semble qu’ici encore pour un bout de temps c’est le « bien privé » qui préoccupe davantage les électeurs et électrices. Dommage.

Comme disait René Lévesque, qui appartient à tout le monde quoiqu’en dise l’ex-chef du PQ, « ça sera pour la prochaine fois », espérons-le notre plongée dans le « communisme » de QS qui donne le vertige aux Bleuets du SLSJ.

 

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

 

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire