Commentaire sur la Lamentation des promoteurs

1-171577232

Deux promoteurs immobiliers, Hugues Harvey et Paul Boivin, sortent dans les médias pour dire que la Ville de Saguenay ne favorise pas leur profit personnel et que « ça n’a pas de bon sens! ». Ils regretteraient d’être contraints de poursuivre en justice l’institution publique. En effet, ils auraient préféré, disent-ils, que ça se fasse de façon civilisée. À l’ancienne. D’homme à homme, sûrement.

« Aujourd’hui, écrit Le Quotidien, le dossier se retrouve entre les mains des procureurs des deux parties, ce qui risque, dixit l’homme d’affaires, de prendre la tournure d’une « guerre d’avocats ». Dépenses inutiles pour tout le monde. Pour tout le monde, monsieur Harvey.

Ce faisant, ils s’attaquent tous les deux insidieusement à la personne de Josée Néron. « Elle m’a dit ci, elle ne se rend pas compte de ça. ». Ces messieurs sont visiblement convaincus qu’ils en savent plus long que la ville et sa dirigeante. Ils ont aussi une vieille habitude, celle de considérer une ville non pas comme un appareil administratif mais comme un interlocuteur d’affaires. Le moins d’intermédiaires possible entre eux et celui qui tient le cordon de la bourse contenant l’argent qui ne lui appartient pas. C’est un système éprouvé.

Faut-il rappeler que ces deux promoteurs faisaient en quelque sorte ce qu’ils voulaient sous l’administration précédente? Quelques exemples? Acquérir le Carrefour Racine pour 350 000$, le prix d’une belle maison secondaire, de la part du maire Tremblay en personne; ne pas respecter sa partie du deal de faire quelque chose de bien avec cet édifice des années quarante rénové dans les années quatre-vingt; doubler le loyer du CLSC de Chicoutimi pendant que l’édifice tombe en ruine; proposer un  projet d’habitation dans le centre-ville de Jonquière, sans consulter personne, en détruisant un peu de patrimoine au passage (un local syndical, pour la petite Histoire). Ces exemples suffisent, je crois, pour proposer à ces messieurs un peu d’humilité.

Mais ils poursuivent la ville, donc nous. Monsieur Harvey lui, il est « un investisseur qui prend des décisions d’affaires ». Mais il prétend qu’il se bat pour la santé du centre-ville de Jonquière. Même Nikitoutagan, pense-t-il, n’est pas une priorité. C’est juste de la culture, après tout. Il faut des bureaux, idéalement loués par des organismes publics ou des institutions bancaires. Ces gens-là paient si bien. « La priorité, c’est de développer le centre-ville et créer de l’achalandage », met-il en relief sur le papier imprimé à Montréal.

« Hugues Harvey n’en revient pas. » lit-on dans Le Quotidien: « « Soudainement, on arrête d’avoir une vision d’ensemble pour la ville et on y va à la demande. », gémit-il devant la réponse de cette femme qui est mairesse et qui pense qu’elle va le runner. Mais l’absence de vision d’ensemble, les deals à la pièce, les subventions sans critères, c’était pas exactement ça qu’on voyait sous Jean Tremblay? On n’entendait pas beaucoup monsieur Harvey dans ce temps-là. Pourtant il brassait pas mal d’affaires…

Non seulement est-il catastrophé, non seulement poursuit-il la ville, mais en plus il menace de ne plus poursuivre son œuvre dans la région : « Quatre-vingt-quinze pour cent de notre business est à l’extérieur du Saguenay. En huit mois, on a investi plus ailleurs au Québec qu’on l’a fait en sept ans à Jonquière. On investit ici parce qu’on y croit, mais on n’est pas fous à temps plein. Ça prend une certaine sensibilité locale ».

Tabarnouche que ça lui tient à cœur, son Jonquière, pour investir autant à l’extérieur et faire le fou ainsi. Madame la mairesse ne comprend rien. Il fait ça pour nous! Et si on le laisse pas faire, il va arrêter. Il va aller les bâtir ailleurs, ses stationnements et ses condos beiges.

Pendant que ces messieurs profitent de leurs chalets, de leurs voyages, de deals politiques en coulisses et de financement public, les citoyens ont en plein milieu de la ville un édifice en décrépitude avec un autogare dans lequel la nature reprend ses droits. On va se faire soigner ou travailler dans un CLSC d’une tristesse infinie pendant que l’autre récolte le loyer du gouvernement. Les briques nous tombent sur la tête, criss, mais il poursuit la ville. M’est avis que ces messieurs ne vont pas souvent attendre au CLSC.

Ils peuvent bien utiliser l’argument qu’ils veulent développer le secteur pour faire de la petite politique et cultiver leurs avantages. En réalité ils n’en n’ont vraiment rien à cirer.

Ces sauveurs des centres-ville n’hésiteraient pas une seconde à investir dans l’étalement urbain et dans des centres commerciaux excentrés, réservés aux voitures. Pour autant que la piasse soit à leur goût. La mentalité de ces gens-là a tué les centres-villes. Et ils ont le culot de nous dire qu’ils veulent les sauver. Des citoyens de qualité, tout comme ces médias qui rapportent leurs propos, sans les placer dans la perspective de ce que ces gens ont reçu de la ville dans le passé.

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire