Un troisième lien au Saguenay?

Pont-Norvège

Les politiciens sont les mêmes partout. Ils promettent de construire un pont même là

où il n’y a pas de fleuve.

– Nikita Khrouchtchev

Il faudrait savoir un jour qui a piqué la mairesse de Saguenay (une mouche tsé-tsé?) pour en arriver à confirmer que l’une de ses priorités municipales désormais serait la construction d’un autre pont sur le Saguenay pour satisfaire plus rapidement la banlieue des éternels oubliés, Chicoutimi-Nord, et répondre au vœux pieux du conseiller de cet arrondissement devenu au fil des ans sujet folklorique? Est-ce le pouvoir et le charme caquiste de François Legault qui ont agi sur sa volonté sans qu’elle ne s’en rende compte? Est-ce le lobby des vendeurs de chars qui a exercé des pressions sur le conseil municipal? Poser la question c’est la mettre dans l’embarras et nous aussi.

Le troisième lien (pour moi, le vieux pont piétonnier c’est tout de même le second lien malgré tout), pour ceux et celles qui ne suivent pas tout à fait attentivement l’actualité politique et médiatique de la vieille Capitale, c’est l’obsession des québécois qui ont eu longtemps l’espoir de voir le retour des Nordiques et qui ont fini par comprendre qu’il fallait passer à autre chose comme «grand projet communautaire rassembleur…».

Maintenant, avec la complicité des radios poubelles climatosceptiques à souhait, ils entretiennent une nouvelle obsession qui a permis, entre autres, à de nombreux candidats caquistes de se faire élire par cette frange de la population qui refuse de recourir aux transports en commun pour sortir des bouchons de circulation. Cette obsession nouvelle qui perdure et colle à Québec, c’est l’idée de construire un autre pont sur le fleuve pour régler – disent-ils – le sérieux problème d’accès à la rive sud. De plus en plus de québécois choisissent de s’installer de l’autre côté du fleuve pour des raisons économiques. Les terrains, les maisons, les pelouses, les stationnements, les loyers coûtent moins cher mais ils leur faut rouler en voiture plus longtemps pour travailler en ville. Les deux ponts existants, celui de Pierre-Laporte et le vieux que le fédéral néglige d’entretenir ne suffisent plus depuis longtemps.

Ils veulent un autre pont pour décongestionner – pensent-ils – la circulation devenue infernale aux heures de pointe et même la journée durant. Bon nombre d’études universitaires confirment que ce troisième lien – qu’on veut aménager à travers l’Île d’Orléans avec un canal sous le fleuve (?) vers la rive sud – ne règleraient en rien le problème de trafic intense. Au contraire, il ne ferait qu’augmenter davantage le nombre d’automobiles sur ces trois ponts. Mais rien n’y fait, les mordus du char solo ne veulent rien savoir. C’est devenu rapidement une promesse de la CAQ en campagne électorale pour s’emparer de la ville du maire Labeaume et son tramway.

À tel point que les candidats de Québec solidaire élus dans cette région l’ont été par l’opposition à ce troisième lien qui mobilise les mordus de chars. Car il demeure malgré tout une marge de la population de Québec qui ne carbure pas nécessairement aux raccourcis idéologiques des radios poubelles et des élus de la CAQ qui ne militent pas tellement dans les groupes de gauchistes, d’environnementalistes et de communautaires de la Basse Ville.

Voilà que cette obsession du troisième lien semble vouloir faire une percée dans notre région avec la bénédiction du premier ministre qui veut tellement se faire des amis partout qu’il croit nécessaire d’arroser de promesses farfelues tout le monde. Comme le troisième lien fonctionne bien à Québec pour faire élire des candidats caquistes, il serait peut-être nécessaire d’en promettre un aussi ici pour maintenir en place les nouveaux élus caquistes qui auront bien besoin d’aide quand ils auront à s’activer pour le vrai. La plupart de ces nouveaux élus de la région n’ont pas beaucoup d’expérience politique. La députée de Chicoutimi, catapultée ministre des affaires municipales aura à répondre aux questions d’un ancien ministre des affaires municipales élu dans Jonquière qui a tout de même un certain vécu politique. On sait très peu de choses sur la vision saguenéenne de cette nouvelle ministre régionale, mais le premier ministre nous a appris qu’elle favorisait un troisième lien sur le Saguenay dans ses priorités. On vient de l’apprendre et sans doute elle aussi, qui n’a jamais parlé de ce sujet lors de sa campagne électorale.

Bref, le troisième lien va désormais faire partie de nos préoccupations de tous les jours. Les laissés pour compte de Chicoutimi-Nord vont renaître et prendre le lien au sérieux. Évidemment une étude officielle va être menée – aux dires du PM – pour vérifier la nécessité, l’acceptabilité sociale, le bien fondé d’un tel pont qui permettrait sans doute aux chicoutimiens nordiques de traverser le pont en moins de trois minutes et ainsi de tondre leur pelouse et d’allumer leur barbecue plus tôt.

Peu importe l’usage que ces gens-là feront de leur troisième lien, on sent la veine électorale dans cette annonce du PM et de la mairesse de Saguenay. Une raison de plus pour se méfier de ce nouveau gouvernement caquiste qui sème à tout vent sans se soucier des retombées écologiques et économiques de leurs promesses.

Si les automobilistes de Chicoutimi-Nord croient que leur dix minutes de pointe le matin et à la fin de la journée est infernale, je leur propose d’aller vérifier celle de Montréal, de Los Angeles, de Boston, de Paris ou de Londres. Les voyages forment les automobilistes et leur donnent envie de changer de siècle et d’opter pour les transports en commun efficaces.

Pourquoi pas un train suspendu entre les deux Chicoutimi? La vue serait splendide au coucher du soleil. On encore un traversier pneumatique? N’importe quoi mais loin des couches d’asphalte. Mettez les utopistes à l’œuvre que diable!

Pierre Demers, cinéaste et poète d’Arvida

 

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