Le commando du maire

On va se faire pogner pis on va guygouter…

On va se faire avoir, on va manquer notre coup,

On va faire fallball, on va faire pétaque

Le manque de confiance en soi, chanson superbe écrite par Réjean Ducharme retrouvée après 25 ans, sur le dernier CD de Robert Charlebois, Et voilà, superbe lui aussi pour ne pas dire magistral. Une chanson sur le Québécois qui ne veut rien changer de sa vie la croyant réussie autant sur le plan individuel que collectif. Le Québécois frileux quoi avec sa peur de déranger le cours des choses et son petit train de vie.

Et voilà…

Ainsi donc le commando du maire Tremblay opère encore et toujours. La mairesse de Saguenay vient de nous fournir quelques indices sur son modus operandi. On s’en doutait un peu, on s’en doutait depuis longtemps. Mais c’est rassurant de l’apprendre de la bouche des principaux intéressés. Ce travail de sape qui consiste à discréditer tout ce qui se fait et se défait à l’Hôtel de ville depuis que le régime de Ti-Jean et Ghislain a disparu fonctionne d’abord et avant tout avec la complicité de quelques anciens élus, d’ex-collaborateurs du maire et les radios privées et semi communautaires en quête des parts du « gâteau publicitaire » mis à leur disposition par la Ville. Parts du gâteau de pub qui servent tout simplement à  avertir les citoyens d’abord de retourner encore voir les bateaux de croisière ou de ne pas patiner sur la patinoire du coin quand la glace fond. Ou encore, à ne pas oublier d’effectuer le premier versement de taxes municipales. Il n’y a pas beaucoup de « créativité » dans ces messages conçus à partir des communiqués de la Ville que les animateurs radotent. Ça ressemble à des subventions déguisées aux radios bavardes et musicales pour entretenir des liens durables et les empêcher de se plaindre de boycott.

Plusieurs milliers de dollars par année pour arroser ces radios (et sans doute aussi les postes de télé et les médias écrits dont on ignore leurs parts) qui nous ont toujours fait croire qu’ils ne vivaient pas du tout avec des fonds publics comme la riche Radio-Canada. Eux aussi donc profitent des régimes en place et sont financés, en partie du moins, par les taxes municipales qu’ils décrient à longueur d’émissions. Ces chiffres fournis par la Ville ont été publiés dans Le Quotidien du 20 février.

Ils sont éloquents pour les années 2017 (sous le régime Tremblay) et 2018 (sous le régime Néron). C’est tout de même du fric public qui sert à enrichir des médias qui pour la plupart ne nous appartiennent pas et n’ont qu’une seule mission véritable : enrichir leurs propriétaires et ceux qui y travaillent. En plus, ces chiffres confirment que Promotion Saguenay sous le régime Tremblay servait, entre autres, à doubler la mise quand les amis du régime avaient plus faim qu’à l’habitude. Petite façon plus ou moins déguisée de beurrer davantage ceux qui maintenaient Ti-Jean en place.

Le gâteau des revenus publicitaire

  Promotion
Saguenay
Ville
de Saguenay
Total
2017  
CKAJ 106 808,35$ 4635,80$ 111 444,15$
Bell
Média
102 667,02$ 98 089.35$ 200 756,37$
KYK FM 41 791,09$ 36 913,64$ 78 704,73$
Groupe
Attraction
34 307,36$ 19 775,70$ 26 216,39$
2018
CKAJ 4461,03$ 21 755,36$                        26 216,39$
Bell
Média
14 201,15$                                          129 407,27$                     143 608,42$
KYK FM 22 693,78$                               42 955,10$                       65 648,88$
Groupe
Attraction
1724,63$ 19 446,27$                      21 170,90$

En jetant un simple coup d’œil, on se rend compte que la station semi communautaire de Jonquière semble plus favorisée par Promotion Saguenay sous la gouverne du maire que tous les autres postes de radio privés. Mais on n’apprend rien à personne quand on sait que des amis proches du maire rayonnaient à CKAJ et entretenaient avec l’ancienne organisation des liens étroits qui perdurent. Le fameux sondage de CKAJ sorti il y a 15 jours réduit à sa plus simple expression les actions de la nouvelle mairesse depuis son entrée à l’Hôtel de ville. L’insatisfaction envers la nouvelle administration est généralisée et on sent bien là le règlement de compte des nostalgiques et de l’esprit jonquiérois du poste local. CKAJ ne veut pas révéler les sources de financement du sondage. Toutefois, parmi les clients réguliers de la station qui y auraient contribué l’un d’entre eux, le vendeur de fromage en crottes de la Baie a avoué avoir fourni $100. Et le bon docteur qui dirige le parti du maire semble lui aussi y avoir mis la main à la pâte. Ce même ancien conseiller municipal de la Baie qui intervient régulièrement sur les ondes de ce poste et ailleurs aussi (à la SRC de Chicoutimi, et sur tous les autres postes privés saguenéens) pour donner des leçons de bonne gestion à la mairesse n’a jamais été aussi actif dans les médias. C’est le même qui avait fait faux bond à la toute dernière heure lors des dernières élections municipales. Maintenant, il semble en voie de préparer son retour à l’Hôtel de ville en comptant sur les pataquès de la mairesse et le coup de micro de CKAJ.

CKAJ cherche par tous les moyens à recruter des auditeurs depuis quelques mois après avoir subi des revers financiers de taille au cours des ans. Un ancien « animateur vedette » au déclin de sa cote a été remercié de ses services pour des raisons obscures après avoir limogé le personnel d’avant. Les revenus publicitaires n’ont jamais été au rendez-vous de cette station qui s’affiche encore semi communautaire. Il faut le dire franchement, ce poste n’a rien à voir avec CHOC-FM qui fonctionnait en majorité avec des collaborateurs bénévoles. À CKAJ les animateurs et les administrateurs tentent par tous les moyens (réduction de tarifs publicitaires, connivence avec des amis du régime Tremblay, vogue western, Bingo et petites annonces populistes, concours racoleurs, émissions sportives démesurées, sondages et potins municipaux d’arrière cour, sollicitations directes de pub en onde, fausses rumeurs continuelles, recrutement des chroniqueurs de KYK-FM et d’ailleurs, (etc.), à gruger dans le bassin d’auditeurs des autres radios locales, mais surtout de celui de KYK-FM. Ce poste n’a plus rien de communautaire. Ce n’est pas parce que les étudiants en radio du cégep animent des émissions musicales nocturnes que cette station peut se permettre de porter le nom de communautaire. Je n’entends pas souvent intervenir des syndicats, des groupes communautaires, des militants environnementalistes, des étudiants engagés, des artistes autres que les chanteurs et chanteuses country sur les ondes de cette radio. À moins que les administrateurs et les animateurs de CKAJ considèrent que diffuser de la musique country et western suffit à devenir et à s’afficher «communautaire».

Mais le hic ici c’est que CKAJ avec ses amis de l’ancien régime qui payent du temps d’antenne pour miner la réputation et les politiques du régime Néron n’est pas le seul poste de radio régional à participer à cette vendetta. Les autres postes, surtout KYK-FM – qui se vante de battre les records de toutes les cotes d’écoute de ce côté-ci du Parc, et voudrait bien profiter seule de tout le gâteau de la Ville – a fait sa large part jusqu’ici pour réduire le travail des nouveaux élus et de la mairesse à d’éternels fautes de parcours. Ils ont monté en épingle les augmentations des taxes municipales comme si les citoyens d’abord frôlaient la ruine. Dans le dossier du nouvel aréna, comme la majorité des animateurs de cette station ne carburent qu’au hockey plus ou moins junior, ils ont difficilement dissimulé leur parti pris pour la construction neuve et la priorité à accorder aux projets sportifs. Et dans le cas des nouveaux dossiers qui se pointent à l’horizon, KYK-FM fait déjà la promotion publicitaire du projet Énergie Saguenay en utilisant les mêmes arguments que certains politiciens caquistes et municipaux, « on ne peut refuser ces nouvelles jobs vu le déficit de la Ville… et il n’y a pas plus carboneutre que cette compagnie »… Comme poste d’information biaisé qui flaire déjà les contrats publicitaires à venir de ces « gros projets » on ne peut trouver moins subtil.

Décidément, les radios privées de Saguenay s’ennuient étrangement du régime Tremblay. On dirait qu’elles souhaitent son retour en leur for intérieur. Pour toutes sortes de raisons dont celle de compter sur un amuseur public toujours en ondes à la place d’un politicien qui donne l’heure juste sur les actions de la Ville. Le magouilleur qui entretenait des liens d’amour/haine avec les animateurs-vendeurs de chars et potineurs municipaux leur manque. Leur conception de la politique en général ne dépasse le niveau populiste habituel prêché pendant des année par le maire : une fois élu, tu fais ce que tu veux. Mais il me semble que dans le cas de la mairesse Néron la règle n’est plus valable. Il y a quelque chose de machiste là-dedans. Posez-vous la question les animateurs radio, les journalistes et les citoyens d’abord qui ont peur de se ruiner avec une augmentation de 2% de leur compte de taxes. L’autre matin assez tôt dans une salle d’attente de l’hôpital de Jonquière, j’entendais des citoyens d’abord du Lac Kénogami parler de la mairesse en des termes plus ou moins élogieux. Le seul fait qu’elle soit une femme semblait les déstabiliser passablement… Enfin, j’espère que ma neurasthénie teintait ma perception.

Pour les messages d’intérêt public de la Ville, au lieu d’enrichir les radios privées et semi-communautaires, je proposerais qu’on utilise une navette de la Ville munie de haut parleur pour diffuser les messages en question à travers les rues de la cité. Comme dans le bon vieux temps quand on annonçait le cirque à venir, un spectacle ou le passage du vendeur de glaces. Au lieu de food truck, on pourrait l’appeler city truck, en français, la voix de la Ville. Why not? Je n’exclus pas d’engager des animateurs de radio privée égocentriques pour conduire la navette, eux qui adorent les volants. On pourrait même les syndiquer s’ils le veulent bien.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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