GNL Québec, quand notre région a tout à perdre

Ce n’est pas personnel, c’est uniquement les affaires

Michael Corleone, Le Parrain

Le projet Énergie Saguenay de GNL Québec divise et provoque une foule de réactions on ne peut plus contradictoires et illusoires. Tout le monde s’en mêle et surtout les hommes et les femmes d’affaires qui le considèrent comme leur affaire personnelle. C’est beau de les entendre et les lire nous avertir des enjeux en cause et de l’importance de ne pas rater les bateaux chargés de fuel albertain. Comme si l’avenir immédiat et futur (tiens, un oxymore comme lorsqu’on dit que les chambres de commerce veulent notre bien collectif) en dépendait. On n’a pas fini de les voir ruer dans les manchettes comme le faisait la semaine dernière l’entraîneur de hockey junior catapulté ministre fantôme des anciens combattants par le parti conservateur fédéral et sans doute futur ministre des sports de glisse si son parti remporte les prochaines élections, le gaz sale étant à la mode chez les actionnaires.

N’importe qui et tout le monde qui ignore très souvent les impacts du gaz « naturel » fossile sur notre environnement ne cesse de nous réclamer le respect du gros bon sens financier des comptables qui nous gouvernent. Même la mairesse de Saguenay a été forcée d’avouer qu’elle était elle aussi en faveur du développement de GNL et autres projets du même acabit. On ne cesse de demander à tous ceux qui passent dans la rue et devant un micro s’ils sont en faveur de « l’avenir de la région ». La dernière lettre en ligne, celle de gens « d’affaires » d’ici rédigée par la chambre de commerce impliquée dans cette chasse aux empêcheurs de s’enrichir en rond qui admettent eux aussi que c’est la seule façon de sortir la région de son marasme économique. Et, ça presse, selon ces grands développeurs qui gèrent des entreprises, des hôtels, des flottes de bus, des kiosques de fromage en crottes, des shows de musiques d’autrefois et des festivals de bières et de vedettes essoufflées. Leurs arguments ne résistent pas longtemps à l’examen plus ou moins attentif d’un étudiant de Secondaire 3, le niveau des auditeurs de la radio privée populiste.

Si GNL vient polluer la région, la population active va augmenter de pas mal…

Je ne saisis pas tout à fait l’argument en question. GNL Québec va-t-elle subventionner les nouveaux arrivants? La nouvelle génération de travailleurs va-t-elle se bousculer à l’Étape pour envahir la région et ses affluents? C’est quoi le rapport? Si la population diminue dans la région ce n’est pas parce que les jobs payantes sont rares, c’est tout simplement parce que le climat culturel en général et la frénésie politique n’y existent pas, ou pas beaucoup. Les Saguenéen.ne.s sont malheureusement de plus en plus conformistes. C’est difficile ici de faire vivre une marginalité qui s’assume totalement et s’affiche ouvertement. Et ce, dans tous les domaines.

Moi je dis que les médias ne contribuent pas beaucoup à reconnaitre cette dite marginalité.

Je ne parle même pas des médias de droite, des radios populistes foncièrement climato-sceptiques qui radotent entre deux pubs de GNL. Même Radio-Canada est tombée dans le panneau GNL très tôt dans ce dossier chaud. Là comme ailleurs on joue la carte des chambres de commerce qui ne voient que des clients potentiels de pub.

Tant que les gens, le monde en général ne comprendront pas que la marge sert à éveiller le centre, fait bouger ce qui fige dans le ciment, la région continuera à rêver en couleurs aux projets venus d’ailleurs promettant la manne d’or tant attendu pour nous sortir du trou. C’est pathétique de les entendre parler et écrire n’importe quoi comme cet éditorialiste du Quotidien – qui pourtant admirait l’ex-maire écolo avant le temps d’Alma –  qui ne cesse de répéter dans son journal et à la radio poubelle qu’on ne peut se permettre de rater le bateau du fuel de l’Alberta. On dirait un émule de Jean Tremblay, l’amuseur public tant regretté des médias régionaux. Celui qui leur facilitait la tâche et qu’il voudrait encore à la tête de la Ville au lieu de cette dame qui penche de tous les côtés quand on la pousse dans les câbles hertziens. L’unanimité des médias sur le projet GNL Québec et ses petits frères nous désespère. Comme si les opposants ne faisaient pas partie du même monde qu’eux.

La charge à fond de train contre le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, relève de la pure démagogie. On ne reconnaît plus notre bon et dévoué Sylvain. Il ne représente plus ses électeurs s’il penche du côté des anti- GNL, de ceux qui ne veulent plus créer « la richesse » malgré sa couleur. On lui prête même des intentions Québec-solidariennes. On le répudie et on lui prédit même les pires embûches lors des prochaines élections devant des candidats caquistes devenus un peu verts par la force des choses et des circonstances électorales. Comme si les opposants aux projets pollueurs comme GNL logeaient tous hors de la région. La mauvaise foi des ami.es de GNL n’a pas de limite.

Autre argument en faveur des ami.es de GNL, la diminution de la valeur des résidences, des investissements privés et du nombre d’emploi. Curieux comme argument, tout dans le même panier. Comme si le développement régional passait inévitablement par les revenus que pourrait récolter la Ville sous forme de taxes municipales. C’est toujours sur ce même clou que l’on frappe quand on parle du bonheur des citoyen.ne.s de Saguenay. Encore une fois cette obsession de la taxe municipale zéro a été entretenue par l’ancienne administration et elle perdure dans l’imagination des propriétaires de la région depuis. L’actuelle administration s’est faite littéralement lyncher sur la place publique en augmentant les taxes pour amorcer le grand ménage des emprunts du règne Tremblay. On espère dur comme fer que l’arrivée d’investissements privés venus d’ailleurs, comportant des risques de pollution généralisés de la rivière Saguenay et de tous les environs ne peuvent être mis en cause ici quand il est question de fric. L’esprit uniquement et scrupuleusement comptable domine tout et récuse toute réplique.

Dans la lettre que la chambre de commerce a rédigée pour la faire signer par des ami.es de GNL qui curieusement viennent d’être honoré.es par celle-ci lors de son dernier Gala, on avertit les opposants que ce projet va se réaliser ailleurs, dans un autre pays, si le Saguenay le refuse. Why not? Tant pis, au moins on aura changé de siècle en développant d’autres avenues contre le réchauffement climatique.

On sait très bien que bien d’autres pays se balancent éperdument de la lutte à la pollution et qu’ils sont prêts à tout pour attirer des investisseurs pollueurs. Ce ne devrait pas être le cas dans notre région. L’avenir de la planète ne passe plus par ces économies. Le point de vue des scientifiques devrait primer sur celui des présidents ou présidentes de chambres de commerce, des animateurs de radio populistes vendeurs de chars, des promoteurs de shows mortifères et de bières.

Autre dernier argument qui selon le groupe de signataires milite en faveur de GNL c’est la promesse du gouvernement caquiste en place de surveiller attentivement les impacts du projet tout au long de sa réalisation. Sa confiance envers les petits hommes d’affaires au pouvoir pour la plupart est totale. J’ai des doutes sur les véritables intentions du gouvernement de François Legault. Ce dernier et ses ministres concerné.es, un.e après l’autre, se sont déjà prononcés pour le projet avant même que toutes les études ministérielles soient complétées. C’est même l’une des promesses électorales régionales du parti au pouvoir. Et on sait à quel point ce dernier tient à ses promesses malgré le fait que beaucoup d’entre elles, comme le troisième lien à Québec, soient irréalistes, pollueuses et démesurées allant même à l’encontre d’études scientifiques pertinentes.

Notre région a tout à perdre du projet GNL quoiqu’en disent nos petits hommes d’affaires qui y vient encore là que leurs intérêts immédiats. La chambre de commerce se comporte ici comme une chambre à gaz pour le milieu régional.

Pierre Demers, cinéaste et poète d’Arvida

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