10 solutions pour réanimer Le Quotidien


Si je devenais centenaire, je me lèverais tous les matins pour lire les avis de décès dans le journal. Si mon nom n’y figurait pas, je retournerais me coucher.

Paul Léautaud

On s’en doutait depuis longtemps que les quotidiens périphériques respiraient difficilement. En fait, depuis que La Grosse Presse a décidé que les journaux papier n’avaient plus le droit de cité dans notre environnement médiatique, la tablette devenant le support de l’information future. La plupart des autres quotidiens d’ici ont essayé de l’imiter par la bande sans trop de succès. Comme si l’avenir de tout le monde passait par le numérique. On voit maintenant ce que cette «décision d’affaires» a donné. La Grosse Presse et les autres, sauf exceptions, quêtent dans la rue et sur tous les toits maintenant pour survivre. Les gros actionnaires qui ont engrangé des profits pendant des années se sont retirés avant que le bateau publicitaire coule du côté des géants américains du Web. Et maintenant, que reste-t-il à faire pour refaire respirer tous nos quotidiens qui restent encore? Voici quelques suggestions pour soutenir le Quotidien régional avant qu’il ne disparaisse et qu’on nous force à lire le matin les feuilles de choux de l’empire Québecor qui carbure aux faits divers, aux potins sportifs et artistiques, à l’horaire TVA et aux chroniqueurs exaltés qui respirent à la provocation et aux likes.

1 – Pour sauver le Quotidien? C’est simple, 30 000 abonnés qui promettent de payer leur abonnement pendant deux ans et le tour est joué. Le journal papier et numérique va renaître de ses cendres, la publicité locale et nationale va revenir et ce fond de roulement (comptez 300$ par abonnement annuel) va permettre au Quotidien d’embaucher plus de journalistes, d’enquêter plus sur ce qui se passe ici. Le dit journal deviendra sans doute moins à la remorque des rumeurs publiques et des pouvoirs en place, surtout économiques et sportifs. Moins conditionné par la mise en marché des sujets à la mode.

2 – Faire payer, taxer les autres médias, surtout ceux qui se prennent pour des sources d’information (les radios privées, les médias sociaux) sans salle de presse et journalistes. Un animateur de radio qui anime une émission et pirate des infos publiées en primeur par le quotidien local devrait avoir des comptes à rendre. Surtout s’il en profite pour vendre des chars tout en surfant sur les manchettes du quotidien du jour. Ça ne suffit pas de donner la source de la nouvelle, il faut la payer cette nouvelle si l’on en profite, jour après jour. Ce sont les parasites de l’information qui font mourir les vrais médias d’information.

3 – Mettre en place une société de lecteurs abonnés au Quotidien et lui donner un certain droit de regard sur le journal. La page des lecteurs ne suffit pas. Il faudrait aller chercher l’avis de ceux et celles qui lisent le quotidien et leur permettre des suggestions, des avis, des critiques et des collaborations parfois. Établir un dialogue permanent avec les 30 000 abonnés éventuels au journal. Favoriser les points de vue divers et laisser tomber le politiquement correct.

4 – Miser évidemment sur les possibilités du numérique (ex. Le Devoir et Libération ou le Journal du Dimanche par exemple, les deux derniers quotidiens français. Ou encore le site du magazine The New Yorker assez exceptionnel par sa mise à jour) mais soigner davantage le format papier. Les assumer et afficher les manchettes exclusives plus souvent dans les places publiques. Par exemple : des tableaux dans les arrondissements le matin avec certaines pages ou articles-choc. Des campagnes de promotion pour mousser non seulement les sondages en temps d’élections mais aussi les dossiers qui provoquent et les projets en cours de route. Faire sa place sur la place publique, dans les transports en commun, le long des routes, à la radio et à la télé aussi mais avec des formules inédites. Dans les médias sociaux qui nous appartiennent. Inventer sa présence au monde.

5 – Faire appel davantage aux écrivains d’ici, aux universitaires, aux poètes, aux artistes, aux leaders d’opinion qui dérangent pour préparer certains numéros thématiques du journal. Leur laisser carte blanche. Améliorer son visuel, son air d’aller, son souffle avec surtout des titres plus accrocheurs et gagnants. Des exemples : Libération, Le Devoir parfois, le magazine The New Yorker encore, The Guardian.

6 – Proposer des reportages, des articles de fond par des journalistes ou des collaborateurs locaux sur ce qui se passe ailleurs. Sortir un peu beaucoup du «local local souvent banal». Établir des ponts avec les médias écrits régionaux du Québec et d’ailleurs. L’idéal : quelques correspondants à l’étranger (Alma, Montréal, Rimouski, Londres, Paris, Mexico) pour vibrer l’ailleurs en Bleuet ou en Jeannois. Améliorer la couverture du Lac. Si les hebdos survivent encore au Lac c’est sans doute parce que le Quotidien y est trop souvent absent. Une salle de presse pour le Quotidien au Lac. Why not? Un quotidien régional pourrait à sa façon couvrir tout le Québec. Un correspondant à l’Assemblée nationale et au Parlement d’Ottawa. Why not?

7 – Des sujets de reportages inédits qu’on aimerait lire dans le Quotidien: la diaspora saguenéenne ou jeannoise , les vols de dépanneurs inusités, les vendeurs de dope à l’ère du cannabis légalisé, les habitudes alimentaires des gens d’ici, la crainte des intellectuels, les machos qui s’ignorent, les filles dociles, les habitudes des voyageurs d’ici, notre ouverture au monde, le racisme latent, le culte de la famille, la surconsommation, le racket des cours de perfection pour les enfants et les ados, les monopoles culturels, les préjugés sur le transport en commun, la réputation des vendeurs de chars, la peurs des grandes villes, ceux et celles qui ne sont jamais sortis de la région, l’aliénation de la télé pour le commun et la commune des mortels, les étudiants étrangers au cégep, à l’Université et leur vision d’ici et de nous, l’ignorance de ce qui se passe ailleurs dans le monde, la méfiance envers les étrangers, le culte de la réussite financière, le goût d’ici de changer le monde, dans vingt ans, vous nous et vous vous voyez comment?, l’attrait de la ville, la paresse des médias locaux, comment faire de la radio autrement?, l’exploitation des vieux dans leurs foyers dispendieux et leur résignation, qui sont les vrais propriétaires de la région?, les personnes d’influence à part Pierre Lavoie le gourou de la pédale, la prudence des politiciens d’ici, la patience des fans de hockey, les nouveaux agriculteurs, le profil des politiciens d’ici à tous les paliers, etc.

8 – Pour améliorer le sort du Quotidien? Mettre à sa tête des gens qui ont de l’imagination au lieu de gestionnaires  qui se contentent de suivre la parade. Tout est là. Il y a des journaux régionaux partout dans le monde (aux États-Unis, en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Russie, etc.) qui se débrouillent bien malgré le chantage des pirates du Web. Ils couvrent bien ce qui se passe à domicile et aussi ailleurs. Ils trouvent des formules pour garder leurs lecteurs et en intéresser d’autres. De façon générale, ce qui manque au Quotidien ce sont des journalistes qui prennent des risques et n’attendent pas de prendre leur retraite. Et des rédacteurs en chef qui cessent de se fier aux articles et aux formules qui viennent d’ailleurs. Un peu comme fait la radio-canadienne locale, l’usage abusif des chroniqueurs montréalais. Alors qu’ici on pourrait trouver plein de ressources. Suffit de les payer un peu comme le fait Radio-Canada à Montréal.

9 – Former une coopérative de journalistes et de collaborateurs à la rédaction et à l’administration pour confirmer une indépendance journalistique totale. Compter sur l’aide financière des gouvernements et d’autres organismes de soutien comme ça se fait dans de nombreux pays pour assurer une information quotidienne de qualité professionnelle. L’info étant avant tout un bien et un service public indispensable et non pas le trésor des vendeurs de publicité.

10 – Si le Quotidien comptait sur le soutien de 50 000 abonnés convaincus prêts à débourser 300$ par année pour avoir un journal régional de qualité et de calibre professionnelle, il pourrait se développer (c’est près de 2 millions$ par année de revenus de base) et faire rouler l’entreprise pour un bon bout de temps. Il suffit d’y injecter la volonté populaire, l’intérêt et le besoin de savoir ce qui se passe autour. Mais on sait très bien que le monde ordinaire comme dirait les lecteurs du Journal de Québec et de Montréal, préfère s’abonner à Netflix, lire les manchettes des journaux sur leur téléphone et entendre en boucle le bulletin de nouvelles piratées sur leur radio privée préférée.

Pour sauver le Quotidien, il faudra mettre la main à la pâte comme dirait notre bon premier ministre qui nul doute doit lire ses nouvelles sur son téléphone intelligent fourni par l’Assemblée nationale. Pour sauver le Quotidien, il faudrait plus que la volonté des journalistes et du milieu des médias. Il faudrait l’envie de s’exprimer envers et contre tout.

D’une population avertie et curieuse, pour tout dire éduquée et ouverte sur le monde.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida abonné au Devoir et, de temps en temps, au Quotidien. C’est plus cher de s’abonner au Quotidien qu’au Devoir et je n’y trouve pas souvent mon compte. Mais je jure de m’abonner à vie avec les autres 25 000 ou 50 000 lecteurs potentiels. Allons lecteurs régionaux, encore un effort. À moins que vous ne préfériez vous fiez aux salles de presse numériques sans journalistes pour vous limiter aux «bouchons de circulation» sur le pont Dubuc et aux déboires des Saguenéens comme nouvelles majeures.

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