Qui n’a pas peur de Richard Martel?

Une fois élu, un politicien ne cherche qu’une chose : se faire réélire.

-Hélène Pedneault

Les conservateurs ont de la suite dans les idées. Ou plutôt, ils ont de la suite dans une idée qui leur tient à cœur, peut-être la seule, pour tenter de gagner la prochaine élection : miser sur des candidat.e.s «populaires», c’est à dire connu.e.s du commun des mortels. Peu importe leur origine, leur vision de la politique et leur expérience de la chose publique.

Le plus beau cas régional de cette nature, l’ex-coach des Saguenéens (l’équipe de hockey junior qui a le vent dans les voiles cette année, dit-on…) Richard Martel, élu partiellement député fédéral dans Chicoutimi.

Il semble tellement populaire dans son comté que les autres candidats hésitent avant de le confronter. La clique de l’entraîneur aidant – soit la radio sportive et les gérants de stades qui ne jurent que par lui le coach – tentent de nous faire croire que le monsieur en question est un bon politicien et qu’il répond à la demande du seul fait qu’il s’agite comme un candidat dans l’eau bénite. Il est là donc il est à sa place.

Il est partout, même sur votre pelouse si vous acceptez sa pancarte personnelle plantée par lui où il s’affiche bronzé comme… un saguenéen floridien de St-Ambroise.

Moi je m’interroge sur la mesure politique de l’ex-coach en question qui s’est lancé en politique pour, sans doute des bonnes raisons, mais surtout par opportunisme et non pas pour sauver notre planète ou la réputation canadienne à l’étranger malgré le fait qu’il mijote dans les dossiers militaires, vétérans et autres, méfloquine comprise.

Je me demande si le député conservateur en question connaît bien le parti qu’il prétend défendre envers et contre tous. Ses valeurs qu’il avoue toutes partager. Le parti Conservateur qui conserve dans ses rangs des candidat.e.s on ne peut plus à droite de l’échiquier politique, pas très loin d’ailleurs du candidat populiste de Beauce que le chef de leur parti a répudié pour des raisons agricoles. Des candidat.e.s ouvertement favorables à la remise en cause du droit à l’avortement, des candidat.e.s climatosceptiques bien avoués, des candidat.e.s presque charismatiques et souvent sur le bord homophobes et prônant avant toute chose la défense de l’industrie pétrolière sous touts ses formes. Sans oublier, le refus systématique de la province de Québec à l’autodétermination comme on disait dans le temps. Bref, un parti qui voudrait aussi que la majorité des services publics du pays soient assumés par l’entreprise privée qui semble être la seule à répondre aux exigences de l’efficacité administrative et financière indispensable à la survie du citoyen moyen en quête de « plus d’argent dans ses poches » peu importe d’où il vient, sachant pourtant fort bien que ce sont ses taxes avec lesquelles on jongle ici encore une fois en marchandant une prochaine élection.

Mais ce n’est pas tout.

Ce Richard Martel, politicien sur le tard, se permet maintenant – un trop grand cœur sans doute – de faire et sa campagne dans Chicoutimi et celle du candidat dont j’oublie le nom après l’avoir rencontré sur le trottoir à Jonquière, un sportif lui aussi donc quelqu’un de connu, qui voudrait être élu à côté de Richard. Les sportifs et les sportives sont à l’honneur dans ce parti, dit-on. Richard va peut-être aussi aller aider en prêtant sa voix de messager de la bonne parole aux autres candidat.e.s dans la région. Pourquoi Richard n’irait-il pas aider son chef Andrew lui-même s’il est mal pris pendant la campagne, embourbé dans son oléoduc et l’embouteillage du troisième lien à Québec? Quand on peut aider tout le monde et sûr de soi et bien on y va sans hésiter.

Il serait peut-être intéressant de voir Richard aller serrer les mains des employé.e.s – dont plusieurs issu.e.s des minorités – du Centre des données fiscales, environ 1200 et plus, qui vont perdre leur emploi dans les cent premiers jours de règne du parti Conservateur. C’est une promesse d’Andrew lui-même, un seul rapport d’impôt, la même que notre bon premier ministre Legault, je crois, l’une de ses demandes aux divers partis fédéraux.

Andrew leur promet que ses employé.e.s vont tous être recyclé.e.s dans la chasse aux évadés fiscaux, un travail de recherche qui demande des années d’études de comptabilité et autres expertises. Ils vont sans doute examiner les rapports d’impôts uniquement québécois malgré la baisse de salaires et des autres avantages sociaux. Du cheap labor conservateur/caquiste en somme. On a déjà vu mieux comme promesse électorale alléchante…

Juste ce dossier des 1200 et plus employé.e.s à Jonquière remercié.e.s de leurs services devrait sans doute occuper Richard qui va devoir se lever plus tôt qu’à cinq heures et le quart du matin pour entretenir sa popularité.

Il devrait y avoir un comité d’accueil pour lui à cet édifice fédéral.

Et autre dossier bien appuyé par le matinal Richard, ultra performant comme aurait pu s’en servir en exemple Hélène Pedneault, lanceuse d’alertes avant l’empreinte-carbone dans son livre-choc publié au Boréal en 1992, Pour en finir avec l’excellence, les grands projets pollueurs régionaux, GNL et compagnie. On y reviendra. Pour le moment, n’hésitez pas à demander de l’aide à Richard pour vos élections. Tiens, il pourrait peut-être se présenter candidat libéral aussi dans les comptés qui brillent par leur absence? Pourquoi pas à Chicoutimi même? Et why not aussi pour le parti Rhinocéros? Sky is the limit comme dirait un Conservateur bilingue. Enfin, un politicien populiste qui ne niasse pas avec la poque/puck. Au-delà des partis et de tout, il fonce devant, les bandes et les lignes n’existent plus. Me, myself and I…On score partout à la fois, peu importe le filet. En somme, un candidat sans filet.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge, vert, bleu, brun, écarlate d’Arvida.

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