Les sportifs au pouvoir et Réjean Tremblay en prime

Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, de mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence. En d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.

– George Orwell

C’est paru dans le Journal de Montréal-Québec de fin de semaine, je crois. Impossible de retrouver la chronique de Réjean Tremblay comme diraient les journalistes saguenéens – lui, originaire de Saint-Honoré, ancien prof de secondaire 2 ou 3 et grand reporter du Réveil dans le temps où il se faisait toujours photographier à propos de tout et de rien avec ses sujets, par la suite repêché par Le PD/Quotidien et enfin par la Grosse Presse, ouf – où il se moque à sa façon de la manif du 27 septembre à Montréal. Selon ses chiffres et sans doute aussi ceux de TVA, il y avait à peine 350 000 personnes alors que pour les défilés des Canadiens (sic) on pouvait compter près de 1 million de mordus de la Sainte Flanelle dans les rues du centre-ville de Montréal… J’imagine que c’est lui qui les comptait.

Comme si les valeurs de protection de la terre, la conscience planétaire de la nouvelle génération glabre et des autres aussi conscientes du réchauffement de la planète étaient, selon lui, quantité négligeable dans le discours public actuel. Ce qui compte à ses yeux et aux yeux de tous ces fanatiques d’une équipe de hockey dont les joueurs payés des fortunes ne me semblent pas à la hauteur de ce qu’ils promettent eux, les coachs, les proprios et la meute journalistique. D’année en année, ils se reconstruisent comme un site internet qui s’efface à chaque fois. Discours tautologique devenu fractale depuis longtemps.

On s’ennuie de Foglia, un journaliste sportif et chroniqueur qui ne raisonnait pas avec ses pieds mais avec sa tête, son expérience et son talent. Il avait de la culture quoi, comme les journalistes qu’on peut lire dans le quotidien L’Équipe, par exemple ou Jean Dion dans Le Devoir. Foglia savait surtout écrire et lire. Il passait souvent ses chroniques à recenser ses livres préférés, autre chose que des bios de vedettes sportives comme Mario Tremblay, le bagarreur… Il savait se détacher et voir autour de son sujet.

Je crois que Réjean Tremblay est d’une autre classe de chroniqueur à la petite semaine, se berçant constamment de ses statistiques, de ses souvenirs de confident de la veuve, l’orphelin et tous les grandes vedettes  (ex. la fois où il a interviewé Mohamed Ali… qu’il nous ressasse ad nauseam) qui gravitent autour de son petit monde. Il butine sur les pontages de Ti-Guy Lafleur ce temps-ci après avoir larmoyé sur son fils atypique pendant des décennies, entre deux téléromans bas de gamme toujours enflés par son univers de la NHL. Bref, ce sont ces amateurs/lecteurs de sports qui parient encore sur les chances des Canadiens de… remplir le Centre Bell et vendre les dés à coudre de bière 15$ et le hot dog sans ou avec saucisse. Je ne parle pas des prix des billets d’entrée de peur de me tromper de couleur.

Denis Arcand, après le référendum de 1980, avait signé un film définitif sur l’apathie des Québécois cimentés dans leur Confort et leur indifférence. Depuis, ça n’a pas beaucoup changé. Aujourd’hui ils continuent de se complaire dans une autre saison de leur équipe de hockey Les Canadiens (en attendant du côté de Québec le retour des Nordiques remplacé par le Troisième lien, j’imagine…), leur forfait télé avec encore TLMP et Occupation double, leur cellulaire, leur voyage dans le sud l’hiver et les augmentations de l’essence pour abreuver leur pick-up. Avec un confort de cette nature, on ne veut pas penser à la couche d’ozone, à l’ado Greta et encore moins aux jeunes d’ici qui réfléchissent, manifestent pour demain au lieu de se tordre dans leurs soucis du présent.

En fait, c’est un peu normal que les électeurs en somme voudraient comme député, ministre, représentant public, des sportifs, des coachs de hockey, des athlètes, des journalistes, des nageuses qui les entretiennent dans leurs illusions qu’un jour ils seront gagnants, prospères, satisfaits de leur chèque de paye, de leur pouvoir de consommation. Ils rêvent que leur ado joue dans la NHL (au lieu de crier des slogans mordants dans la rue)  et puisse leur payer un VR pour fondre dans le Sud, fuyant les bancs de neige. Comme destin commun c’est réussi dans la pensée des sportifs : revoir le défilé des Canadiens avec la coupe sur la Sainte-Catherine. Pendant que les années s’enfuient, on reste sur place, figés dans nos statistiques, nos pools de hockey et les promesses autant politiques que sportives. À un moment donné, les bancs de neige vont disparaître, la Sainte-Catherine sera devenue un grand fleuve tranquille. Un autre discours alarmiste ici… Vivement, la prochaine manif.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, cycliste et amateur de glisse à ses heures

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire