On fait soi-même son bonheur. Vraiment?

Je vois souvent une image passer sur les réseaux sociaux et je suis convaincue que vous savez déjà de quelle image il s’agit. Je parle de ce genre de dessin au tableau d’une personne tenant un pot qui se fait demander par son interlocuteur où il l’a trouvé parce qu’il le cherche depuis toujours. Sur le bocal, le mot  »bonheur » est inscrit. Celui qui tient le bocal répond candidement  »je l’ai fait moi-même ».

Je tiens d’entrée de jeu à dire que je suis bien heureuse pour celleux qui parviennent à faire leur bonheur sans aide et facteurs externes. Je sais qu’il est possible de faire des changements ou entreprendre des choses dans le but de se rapprocher du bonheur. Cependant, j’ai un profond malaise avec le partage massif de l’image et de cette philosophie. Explications :

Il y a des choses dans la vie qu’on ne contrôle pas. Les exemples les plus explicites qui me viennent en tête en ce moment sont les oppressions dont on peut faire l’objet de même que l’environnement dans lequel on se trouve. Il y a des choses dont nous ne sommes pas responsables et qui peuvent être une réelle source de malheur. Mon exemple sera une personne qui est traumatisée par la manière dont les autres l’ont traitée au cours de sa vie. Une personne brûlée à vie par l’abandon, le racisme, l’intimidation, le rejet, les agressions sexuelles, le manque de considération, la solitude et l’injustice. Je ne vous apprends rien si je vous dis que ces facteurs ne sont pas des conditions propices au bonheur et la victime n’en est aucunement responsable. D’ailleurs, ce genre d’attitude peut carrément permettre de se déresponsabiliser face au comportement que l’on adopte.  »Je t’ai dit que tu ne valais rien? Ça ne devrait pas t’atteindre. On fait son bonheur soi-même! »

J’ai commencé à lire plusieurs entrevues avec des psychologues qui expliquaient que le bonheur et le positivisme devenaient une charge mentale. Cela mènerait, selon eux, à ce que le bonheur devienne une tâche plutôt qu’un état réellement ressenti en plus de balayer les émotions négatives au lieu d’y faire face. Il est important d’accueillir ses émotions négatives et de les vivre. Non, vous ne pourrez pas tirer de positif de tout et vous pouvez vivre des injustices. L’accueillir, en parler, briser la stigmatisation aura bien plus d’effets positifs à long terme que d’enfouir le tout et que ça ressorte plus tard en dépression.

D’ailleurs, mon petit doigt me dit que si le positivisme et l’Happycratie marchaient réellement, plus personne ne serait en dépression. Bref, j’écris cette chronique car la santé mentale est un enjeu qui me tient particulièrement à cœur et que je tiens à apaiser par ma plume les personnes qui ont mal à l’âme en ce moment et qui ont besoin de chaleur humaine. Collectivement, il faut normaliser la santé mentale. Écouter les personnes qui vivent des situations qui les rendent légitimement malheureuses au lieu de leur balancer qu’on fait son bonheur soi-même. Je comprends que le positivisme peut aider et qu’il faut savoir s’aider aussi, mais nous sommes responsables, en tant que société, à ce que toustes jouissent de ce bonheur tant désiré en enrayant les oppressions, en permettant une vie décente à toustes, en cessant de maltraiter les autres et en cessant de stigmatiser la santé mentale et les émotions négatives.

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire