« Les grands projets » : lâcher prise, please

On n’a pas de Plan Vert. Pas une seule ville au Québec en a un. C’est vrai que pour l’instant, notre vision n’est pas claire.

– Jean Tremblay, ex-maire de Saguenay, Progrès-Dimanche, 28 septembre 2008

« Les grands projets » comme ils disent un peu partout, en sachant fort bien que ce ne sont pas les nôtres, mais ceux que d’autres venus d’ailleurs nous imposent en nous faisant miroiter je ne sais quelle richesse appréhendée (« plus d’argent dans nos poches » diraient les politicien.ne.s du moment et dans les poches de la ville hôtesse) commencent à nous casser les couilles.
Pas une seule journée que le dossier ne refasse surface. La ville qu’on habite n’a jamais été si empêtrée par ces fameux projets qu’on veut nous imposer malgré tout, de force, comme si l’avenir de tous réunis ici en dépendait.

Au mot « projet » ce que dit le dictionnaire : ce que l’on a l’intention de faire dans un avenir plus ou moins éloigné. (Littré de poche 10/18, 1964). C’est ça un projet. Une idée qui nous passe par la tête et qu’on voudrait que ça se réalise un jour. C’est pas plus précis que ça. Au moins là on est fixé.e.s. Comme dirait le maire Tremblay, C’est pas clair, c’est flou à souhait. Dans le fond, c’est n’importe quoi qu’on espère, faute de mieux.

Faut pas s’énerver, c’est pas pour demain.

Celles et ceux qui s’énervent ce sont celleux qui ont des intérêts à défendre et à mettre de l’avant. Économiques bien sûr. Politiques surtout. On sent le vent souffler très fort de ce côté-là. On est prêt.e.s à mettre l’argent des compagnies, des entreprises, des pouvoirs publics et de la municipalité pour faire avancer le dossier dans le bon sens. Le sens du statu quo évidemment. Le sens de l’enrichissement des bien nanti.e.s qui en veulent toujours un peu plus. Peu importent les conséquences comme dirait le prof de l’UQAC qui prêche pour sa paroisse, soit les subventions des compagnies qui veulent encore s’attacher la recherche universitaire.

Les chambres de commerce qui n’ont pas l’habitude de mettre beaucoup de fric dans les projets qu’elles défendent – une chambre de commerce ça fait des dîners-causeries à 100$ pour se financer, c’est tout – disent ceux qui les connaissent bien. Elles cherchent à mener la barque en essayant de convaincre « les partenaires » de financer la campagne d’information qu’on devrait plutôt appeler campagne de propagande à sens unique. Elles ont persuadé la Ville (via Promotion Saguenay) de leur payer une porte-parole haute gamme comme si ce n’était pas leur mission de porter elles-mêmes continuellement la bonne parole des entrepreneurs capitalistes qui veulent du rendement et des profits à n’importe quel prix, dans toutes les conditions possibles y compris celles des énergies fossiles pourtant décriées par une grande majorité de scientifiques à travers la planète (sauf par le prof climatosceptique de l’UQAC qui chronique dans les radios poubelles) et même sur l’ancienne radio communautaire de Jonquière devenue populiste et oh combien commerciale.

On n’a pas vu ça souvent une porte-parole pour une campagne de promotion de la bonne nouvelle capitaliste, rémunérée les yeux de la tête pour nous faire avaler les couleuvres des multinationales de la pollution internationale et des compagnies de gaz de l’ouest canadien. Ce qui est passablement insultant dans cette démarche c’est que GNL et compagnies ont déjà investi des sommes importantes pour nous convaincre de leur zéro carbone en distribuant des contrats de pub dans les médias régionaux et nationaux, en investissant dans les chaires de recherche des profs de l’UQAC, en promettant des dividendes aux municipalités et en laissant croire que des jobs plus que payantes vont arroser la région.

Je ne me surprendrais pas d’apprendre que le sondage favorable aux « grands projets » commandé par une radio privée locale climatosceptique ait été orchestré et sans doute subventionné par les compagnies intéressées. D’ailleurs c’est un peu normal que les radios privées penchent du bord des « grands projets ». Elles vivent littéralement de la pub de chars. Les animateurs de ces radios sont tous les porte-parole d’une marque de voiture ou de pick-up quand ce n’est pas carrément le nom d’un concessionnaire automobile qu’ils portent fièrement à leur boutonnière. Pour ces gens-là l’industrie pétrolière les fait vivre et les enrichit au jour le jour.

Il serait sans doute le temps de se demander si ces « grands projets » que les compagnies venues d’ailleurs nous imposent correspondent vraiment à notre avenir.

J’aime beaucoup le slogan de la mairesse, repris par le député sportif Martel durant la dernière campagne électorale fédérale : « ce ne sont pas les Montréalais qui vont venir nous dire quoi faire ici. Nous pouvons prendre nous-mêmes nos décisions… »

Quelque chose comme ça. Je l’aime parce qu’il sous-entend une panique à bord peu digne de politicien.ne.s allumé.e.s et conscient.e.s de leur époque. Ce genre de politicien.ne.s qui sont prêt.e.s à tout pour flatter dans le sens du poil l’électorat borné et inquiet pour ses petits intérêts personnels. Celles et ceux qui ont peur de tout perdre malgré le fait que rien ne leur appartient mis à part leur niveau d’endettement et leur besoin de consommation effrénée pour ne pas dire exponentielle.

Je l’interprète de la façon suivante cette phrase de panique à bord: ce ne sont pas les Montréalais qui vont venir nous dire comment scraper notre environnement, polluer une fois pour toutes le Saguenay (la rivière évidemment) et tout ce qui se passe autour. On peut fièrement le faire nous-mêmes. Bref, on chauffe tous des pick-up  et des skidoos ici et la pollution quotidienne ne nous a jamais étouffés. Comme dirait Richard Desjardins, ici l’environnement ne manque pas. Ce qu’on veut c’est des grosses jobs pour payer notre gaz et notre voyage dans le sud l’hiver pour faire comme le voisin.

Trêve de cynisme.

Comment pourrait-on faire pour remplacer ces « grands projets » venus d’ailleurs qui vont scraper notre territoire et les cours d’eau qui viennent avec? En se rappelant que ces grandes compagnies si généreuses de nous développer ont un besoin incroyable d’eau pour faire rouler les turbines de leurs usines et autres pipelines.

Quoi faire si on refuse ces « grands projets » venus d’ailleurs ?

Nous y arrivons. Nous y arrivons.

Vous connaissez l’agriculture de proximité, à échelle humaine, l’agriculture qui permettrait de nous nourrir en grande partie sans être obligé.e.s d’aller chercher nos légumes-fruits-viandes-poissons ailleurs qu’ici l’année durant? Une agriculture à petite échelle que pratiquent de plus en plus les nouveaux agriculteurs/trices qui refusent les pesticides et tout ce qui vient avec. Les nouveaux agriculteurs/trices qui refusent de payer une vache 100 000$ pièce et toutes les dettes qui viennent avec. Le Lac a déjà été considéré, au milieu du siècle dernier, comme le grenier du Québec. Pourquoi la région ne redeviendrait-elle pas le garde-manger de cette province-là qu’on appelle le Québec au lieu de servir de vache à énergie fossile de l’Alberta?

Il y a, je pense, un filon d’avenir régional à développer là et une chance pour les nouvelles générations de vivre en pleine harmonie avec leur environnement au lieu de le scraper. D’ailleurs je me demande pourquoi ville Saguenay continue à encourager l’étalement urbain au lieu de protéger ce qui nous reste de terres agricoles cultivables? Et dire que l’un des membres actuels du conseil municipal qui gère les finances est lui-même un agriculteur et très rarement il aborde cette question et encore moins le développement agricole de cette ville qu’il administre avec des collègues en grande partie muet.e.s eux aussi sur le sujet.

Au-delà des équipement sportifs, il serait peut-être le temps de réfléchir sur les vrais « grands projets » de la ville qui permettraient de nous distinguer des autres régions et des autres villes tout en faisant ce virage écologique devenu incontournable à moins de rester la tête dans le sable bitumineux. C’est une piste de développement plus actuelle et prometteuse que ces « grands projets » de petite conscience. Et il y en a tellement d’autres qu’on pourrait suivre sans profession de foi, sans porte-parole acheté comme si on pouvait tout acheter pour convaincre la majorité silencieuse indifférente et docile de ne pas saisir la réalité du moment, de l’époque.

Pierre Demers, cinéaste et poète d’Arvida

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