Y a-t-il un mouvement citoyen dans la salle?

Militant : qui combat dans les luttes idéologiques

-Le Robert de poche, 2009


GNL dérange. Ou plutôt, les retombées de ses promesses incalculables et illusoires font réagir tout le monde et n’importe qui. Les médias sociaux qui ne cessent de nous faire croire que tout désormais passe par son canal de confusion à sens unique se sont mis à militer de ce côté-ci du Parc pour tenter de répondre à la mobilisation des anti-GNL démontrée la semaine dernière au Café Cambio, sur la Racine. Les pro-GNL déconcertés et quelque peu jaloux de ce rassemblement mis en scène par Québec solidaire se sont mis en branle sur Facebook évidemment avec la bénédiction de la radio poubelle qui rêve d’engranger plus de contrats publicitaires de la riche compagnie américaine prête à subventionner n’importe qui et quoi pour qu’on endosse son projet de polluer à jamais la rivière Saguenay et ses alentours.

Le quidam à l’origine du « mouvement » virtuel utilise les mêmes arguments que GNL (6000 emplois, 100 M de recettes/année) pour appâter les internautes qui s’ennuient le dimanche après-midi en pitonnant n’importe quoi sur leur téléphone plus intelligent qu’eux. La compagnie va créer des centaines, des milliers d’emplois bien rémunérés (comme dirait notre premier ministre depuis toujours gagné à la cause) en plus d’inonder nos villes de recettes fiscales de toutes les couleurs. Bref, on ne peut être contre les beaux $$$ qui tombent du ciel et des poches des milliardaires qui convoitent nos richesses naturelles.

Il faudrait être inconscient ou « ne pas avoir une tête sur les épaules » comme dirait un animateur de radio poubelle allergique aux militants de gauche plus que les autres, pour ne pas suivre la parade des godillots de GNL.

Autre argument massue du fameux « groupe » : GNL va retenir nos jeunes dans la région parce que « la protection de l’environnement est au cœur de son projet ». Décidément, ces gens-là aiment à la fois brasser et mêler les cartes à ne plus savoir comprendre grand-chose.

« En plus des méthaniers (160) – jusqu’à 300 mètres de longueur et 50 mètres de largeur – GNL Québec précise dans son étude d’impact que le projet pourrait nécessiter le recours à des remorqueurs, qui navigueraient eux aussi dans le parc marin. « Les navires-citernes qui navigueront sur la rivière Saguenay pour se rendre aux installation de GNL Québec pourraient, selon certaines conditions météorologiques, être accompagnés par des remorqueurs, à l’aller comme au retour. Leur nombre exact, si requis, sera toutefois défini lorsque les simulations sur la navigation seront complétées. » (Le Devoir, 17 février 2020)

Comme protection de l’environnement on a déjà vu mieux…

Vous vous imaginez la circulation sur le Saguenay quand ces méthaniers-là auront pris le contrôle de ce plan d’eau jadis considéré parc marin… avec leurs remorqueurs pour les empêcher de réduire à néant les quais le long du cours d’eau et les bélugas faisant du slalom pour tenter de les éviter. Beau cirque en perspective.

Croyez-vous vraiment que les jeunes de la région veulent voir ce cirque même si on leur assure des gros salaires et des taxes municipales réduites à la portion congrue pour leur permettre de se payer une première maison en périphérie de l’étalement urbain?

Ce mouvement pro-GNL qu’on associe étrangement au « réveil de la majorité silencieuse » me fait sourire, à la limite m’inquiète quelque peu. La naïveté régionale (n’en déplaise à Arthur Villeneuve et au Roi de l’Anse) ne connaît pas de limites.

Et puis en rédigeant ce texte sans trop d’enthousiasme, je reçois dans ma boîte à lettres qui a été épargnée de la vague des boîtes extérieures du temps de Harper, une missive toute en bleu de GNL Québec avec des titres racoleurs pour me faire pencher du bon bord, genre…

« Énergie Saguenay c’est développer notre région (n.b. c’est pas du tout de votre région en passant) tout en agissant pour la planète…une navigation sécuritaire et harmonieuse…des retombées économiques majeures avec des investissements de 9 G$…en engagement soutenu envers la communauté… des mesures d’atténuation… » Mais seule une petite note au bas de la première page non paginée me fait sourire : « ce document est imprimé sur du papier Enviro 100. Chaque tonne de Rolland Enviro Print sauve l’équivalent de 17 arbres, 62 078 litres d’eau, 2500 kg d’émissions atmosphériques et 761 kg de déchets solides. »

C’est-tu clair? Plus écolo que ça, tu meurs. Ou plutôt, tu oublies tout le reste du contenu de la missive ressemblant comme deux gouttes d’eau à une brochure politique de Karine Trudel.

On oublie toutefois ne nous fournir le nom de l’imprimerie qui a imprimé cette missive qui sera distribuée à tous les citoyens militantes et militants du Saguenay pour les convaincre de la bonne foi et des moyens mis à la disposition de la dite compagnie pour mener à terme NOTRE projet du siècle qui enrichira tout le monde et surtout les municipalités qui n’osent plus augmenter les taxes de peur de voir une montée de bouclier des contribuables surendettés par le train de leur vie de consommateur étourdi.

Si la majorité silencieuse se met à militer pour une cause ou l’autre, si les internautes se lancent dans la parade GNL Québec, tout peut arriver. On n’est pas sorti du gaz naturel.

Mais c’est quoi au juste le gaz naturel? Ça pousse-tu dans les arbres? Dans le compost de petits fruits? Des gourganes? Des poutines? On attend les explications scientifiques de GNL pour éclairer un peu plus nos lanternes. Au travail les militant.e.s, encore un effort. Quittez vos ordis et occupez les rues. J’ai hâte de voir les pro-GNL clamer leurs slogans : vive le gaz naturel, les bélugas au poteau, comptons nos méthaniers, la pollution nous fait pas peur, finies les taxes municipales, le Saguenay c’est à nous autres, notre région et nos décisions stupides, maîtres de notre pollution, nos grosses jobs, nos grosses dettes, mêlez-vous pas de nos affaires, Montréal ne comprend rien aux régions, Notre nature nous appartient, nous autres on crée la richesse qu’on veut, les anti-GNL n’habitent pas la région, etc.

Encore une fois, le chauvinisme local se porte bien. Même GNL est devenu saguenéen sans qu’on s’en rende compte.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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