Quoi faire, quoi faire en isolement?

CHONIQUE DU TEMPS INCERTAIN 1

Dans ces moments de panique, je n’ai peur que de ceux qui ont peur

-Victor Hugo

Ne pas bouger

C’est l’avertissement de mon voisin qui conseille des vieilles personnes qui fixent dans les yeux leurs actions à la Bourse : ne pas bouger actuellement. C’est curieux, mon médecin me dit souvent que la seule façon de rester en vie c’est de bouger le plus possible. Ne pas rester trop longtemps oisif, trop longtemps en position V comme ne rien faire, zen, une caméra Gopro dans l’arrière ou l’avant train.

Calmez-vous. On se retire pour un moment. C’est curieux : ça fait des années qu’on leur dit de le faire. De décrocher. De répondre à leur intérieur au lieu de se fier aux diktats de la Bourse ou de leur directeur de Caisse pop ou de leur agent de voyages. Le moment est venu de réfléchir sur ce qu’on va faire de soi, mais surtout des autres.

Éteindre la télé ou la radio

C’est tentant de s’isoler de tout dans un shack sur les monts Valin ou dans le Haut du Lac. Quand on sait que l’émission télé la plus populaire en ville c’est la conférence de presse quotidienne du premier ministre Legault, qui tente de se souvenir de ce qu’il faut dire en formules claires claires pour avertir le monde en général. C’est pas une farce, répète-t-il. Sans ripolinades toujours, sur un ton officiel. Il fait son possible lui ancien ministre de la Santé… pour garder le plus de monde possible en vie.

Et cette conférence, on la rejoue en boucle tout le reste de la journée et de la nuit à tous les postes, surtout sur les chaînes d’info continue. Ensuite on la décortique en lames.

Si les autorités politiques ont décidé de tout fermer pour 2-3-4… semaines c’est qu’on a vu ailleurs (surtout en Chine, en Italie, en Iran, en France, en Espagne, etc.) ce qui se passe quand les gens ne prennent pas ça au sérieux. Une chance pour nous qu’on n’était pas les premiers sur la liste du COVID-19. Et quand vous avez 70 ans et plus et bien il va falloir sortir clandestinement seul, surtout pas parmi le monde qui peut vous infecter. Vous êtes à risque plus que quiconque. C’est un virus âgiste, on dirait. Éloignez-vous des enfants et des voisins qui voyagent trop. Surtout si vous être à risque avec une série de pilules à prendre.

Pourtant c’est le moment idéal pour fréquenter les médias et absorber une dose catastrophique de fins du monde. Vous avez du temps devant vous. Ce qui arrive de moins en moins aujourd’hui. C’est un virus moralisateur, sans doute apparenté quelque peu à cette pensée de Pascal, « tout le malheur des hommes provient d’une chose, ne pas demeurer en repos seul dans une chambre. »

Il n’a jamais précisé ou était située cette chambre en question.

Ne pas trop faire de prévisions ou provisions

Le réflexe des gens quand ils apprennent qu’ils sont confinés à domicile pendant un certain temps, ils pensent uniquement à une chose : manger et la suite à donner. Moi qui pensais que les bibliothèques seraient prises d’assaut pour réserver des livres, des vidéos et je ne sais quoi. Mais non, les gens ont peur de mourir de faim. Et les super marchés en profitent pour multiplier les spéciaux de n’importe quoi. Décidément, notre instinct animal prend le dessus rapidement quand l’urgence de la fin du monde s’affiche. Imaginez-vous et nous dans 15, 30, 45, 100 jours à remplir son frigo et ses armoires? On devient tous des survivalistes. Dans mon super marché je n’ai pu trouver de Tofu ferme. Qu’est-ce qui se passe? Le marché noir devient de plus en plus végan.

Laisser le temps faire son œuvre

Respirez par le nez. Vous avez sans doute des petites réparations à faire chez vous. Profitez-en pour les faire ou faire autre chose. Rattrapez le temps perdu. Peinturez. Dormez, faites une recette que vous n’avez jamais osée, lavez le linge qui dort dans le panier depuis des lustres, faites ce que n’avez jamais le temps de faire. C’est à ça que ça sert une pandémie, à vous surprendre et à surprendre celui qui a tout prévu de toute sa vie.

Lire

Enfin vous allez pouvoir lire les livres qui dorment dans votre bibliothèque (ou les relire surtout) depuis des années. Sinon, allez à la maison de Quartier et payez-vous la traite pour 10$ et plus. Lire tout Balzac, Proust à la recherche du temps perdu – on dirait un titre digne de n’importe lequel virus, Tremblay, Ducharme et Ducharme encore , Poulin, Miron, Victor Levy Beaulieu, les chroniques d’Hélène Pedneault, et tous les autres. Les récits de voyage des grands écrivains voyageur et en premier tout Nicolas Bouvier.

Revoir l’œuvre complète d’un cinéaste

Tout Chaplin, tout Keaton, tout Perrault (Pierre), tout Falardeau, tout Jutra (why not?), tout Anne-Claire Poirier, tout Hitchcock, tout Welles, tout n’importe qui d’ici ou d’ailleurs. Même tout Ozu et Bergman le sombre. Je sais maintenant pourquoi je me montais une cinémathèque depuis toujours.

Écrire

Écrire à tous vos amis pour le vrai, pas vos amis Facebook, vos amis et amies si vous en avez. Avec un stylo, avec une plume sur du vrai papier. Avec des dessins pour les accompagner comme font les enfants qui prennent toujours cette activité au sérieux, eux qui sont pas à risque devant ce virus avertisseur. Écrire à l’univers et à la planète pour leur dire que désormais on va faire attention. Terminer votre roman ou votre recueil de poésie que vous n’avez jamais encore commencé.

Parler avec ses proches

S’entretenir de ce qui se passe et de tout et de rien. Parler à son voisin (par texto évidemment) pour la première fois ou la dernière. Lever la tête et saisir ce qui se passe autour. Développer sa curiosité. Apprendre à parler chat ou chien. C’est selon.

En profiter pour changer de job ou la mettre à l’écart

Mettre la job de côté. D’abord le souci des êtres humains. Et quand n’importe qui et surtout les médias, ou les analystes, ou les vendeurs d’actions à la Bourse nous disent que c’est une pandémie qui va nous coûter une fortune, on n’a qu’à leur dire : c’est bon de temps en temps voir où on est rendu avec nos priorités de créer la richesse de ceux et celles qui le sont déjà. Vous la payerez avec le fric que vous faites sur le dos des salariés. Ils en trouvent du fric quand c’est urgent au lieu de le dissimuler dans les paradis fiscaux ou dans les surplus pour les prochaines élections. Comme le dit le président français Macron, « peu importe combien ça coûte… » Le marché lui aussi peut prendre un temps d’arrêt, comme le gros Dow Jones qui ne bande plus comme dirait Desjardins (pas la Caisse mais Richard). On ferme la shoppe quand nous-mêmes et nos proches ne respirent plus. Sauvez le monde, tout simplement. Quand c’est le temps. On devrait le faire plus souvent d’ailleurs.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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