70 ans et plus?

Quoi faire pour s’en sortir.

Chronique 2 du temps incertain

Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie

-Gaston Bachelard

Cette citation est tirée de Chroniques de l’homme avant de Philippe Lançon publié il y a quelques mois aux éditions Les échappés. Cet auteur, est chroniqueur au quotidien Libération et à Charlie Hebdo que je fréquente plus souvent qu’à mon tour. Le 7 janvier 2015, il a reçu une balle dans la mâchoire lors de l’attentant terroriste à l’hebdo satirique. Il a d’ailleurs écrit un récit de son séjour à l’hôpital et les longs mois de la reconstruction de sa gueule éclatée tout à fait remarquable, Le Lambeau (Gallimard), prix Fémina 2018.

Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie propose Bachelard.

Belle prémisse pour décrire ce qui se passe à l’heure actuelle. La négation de cette phrase est aussi pertinente : un homme pas seul ou entouré est toujours en mauvaise compagnie. On n’approche personne, on garde sa distanciation sociale de 3-4 pieds sans insister sur les échanges, s’il vous plaît. Finis les colleux.

Par les virus qui courent, on nous exhorte à s’isoler, surtout les 70 ans et plus. Ce sont avant tout les ainés qui ne sont pas bien pourvus en anticorps pour se défendre contre le COVID-19. Surtout ceux et celles qui attrapent une grippe en regardent la télé ou en lisant les reportages pathétiques de TVA ou les manchettes du Journal de Québec qui portent aux nues le premier Legault et le docteur Horacio Harruda. Celui-ci devenu monsieur Superman Doc

Lors des conférences de presse quotidiennes du groupe d’intervention nationale (Lire : le Québec d’abord). L’intelligence collective médicale du Québec fonctionne à plein pour nous indiquer quoi faire, entre autres et par la bande nous signale que notre système de santé sait comment réagir en temps de crise. C’est une responsabilité provinciale avant tout.

Ceux qui dénigrent les décisions du gouvernement fédéral font du Trudeau au poteau mais c’est tout de même ce dernier qui a injecté très tôt des milliards pour aider les provinces et par la suite pour sauver les nouveaux chômeurs pris de cours. On verra par la suite si les gestes de chacun des deux côtés étaient les plus pertinents quand on aura réussi à sortir de ce trou noir. Pour le moment, les gérants d’estrades qui font encore de la petite politique devraient se garder une petite gêne, la plupart de ceux-ci ont toujours admiré le style de Trump un peu mal pris chez lui et les travailleurs de la fonction publique qui vont compléter les décisions de nos politiciens au pouvoir. Je ne parle pas des travailleurs de la santé, y compris les médecins spécialistes et généraux qui sont au front pour sauver le monde jour et nuit. On y reviendra…

Une amie de 70 ans et plus vivant en périphérie réagit à sa façon à l’appel d’Horacio au verbe populaire de ne plus sortir de chez soi, sauf nécessités obligent. «Si on ne ressemble pas à un quelqu’une de 70 ans et plus, est-ce que ça passe mieux? Les autres dans la rue ou dans les commerces qui nous regardent nous les vieux pensent que c’est de notre faute si le virus se propage». Les temps sont difficiles pour les ainés.

Moi-même, je ne peux plus aller me faire couper les cheveux chez ma coiffeuse. Souvent c’était ma sortie préférée…

Dans quelques semaines, j’aurai l’air de quoi? Tom Hanks dans le film Seul au monde, employé de Fed-Ex perdu sur une île après un crash d’avion. La job d’avenir sera celui de livreur Fed-Ex ou d’ailleurs, je crois bien. Si je me coupe moi-même les cheveux, il me fera garder ma tuque de Regard sur le court métrage tout le temps.

J’ai encore des cheveux qui poussent moi. Les chauves ont une longueur d’avance sur nous pour s’isoler un certain temps.

J’ai pu voir, quelques minutes, sur la pente de glisse ma petite fille Lilou. Elle m’a dit sur un ton glacial «grand-père, éloigne-toi de moi, je vais te contaminer tu sais.» On a glissé un certain temps, mais impossible de se donner ses fameux colleux.

Les temps sont durs pour les ainés de 70 ans et plus.

«Sors-pas de chez-toi, sors-pas de chez toi. Ne bouge pas» comme dirait mon frère médecin montréalais qui veut garder le seul frère qui lui reste. Et moi de répondre, «toi pareillement». Il est retraité avec des sérieux problèmes pulmonaires.

Maintenant, tous ceux et celles qui ne travaillent pas dans les secteurs névralgiques vont recevoir des chèques par la malle de leurs gouvernements. Comme nous autres les vieux pensionnés. J’espère qu’ils sont munis de livres et de films à la maison pour passer à travers le temps de la pandémie.

La seule façon de s’en sortir, si on a 70 ans et plus , c’est peut-être d’emprunter une carte de jeune pour ne plus se faire regarder de travers. Faut que je téléphone à ma coiffeuse pour annuler mon rendez-vous.

À suivre : chronique 3 du temps incertain : c’est quand la fin?

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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