C’est quand la fin?

Chronique 3 du temps incertain

Que fait-on au paradis? On lit tout Balzac, etc.

Une minute quarante-neuf secondes, Riss, Charlie Hebdo Les échappés et Acte Sud, 2019

Un peu dans la même veine que le livre du chroniqueur Philippe Lançon, son compagnon de Charle Hebdo, Riss –qui deviendra par la suite le rédacteur en chef – lui aussi a été victime du tir des terroristes islamistes le 5 janvier 2015. Lui il a reçu une balle dans l’épaule qui lui a déchiqueté tous les os qui tenaient en place là. Dans son récit Une minute quarante-neuf secondes, la durée de l’attaque, il raconte ce qu’il a vécu pendant ces interminables secondes, des rappels de ses souvenirs avec la mort quand il était ado et un hommage à tous ceux et celles qui sont morts dans l’attaque. C’est un récit éloquent qui rejoint évidemment celui de Lançon mais dans une autre veine, avec plus de rage et de regard noir sur l’époque. Je crois que c’est un récit qui tombe pile en ces temps où personne ne sait quand la balle du COVID-19 va l’atteindre, que vous soyez vieux ou pas.

Et la question mystère que tout le monde se pose, une fois qu’on aura tout lu Balzac et les autres, ça finit quand cet isolement ou cette quarantaine?

Ça finit quand? La question qui tue comme dirait la télé populaire qui nous promet une série de reprises des bulletins de santé publique pour les prochains mois.

Ça va finir quand ce sera terminé. Pour une rare fois, ceux qui disent avoir le contrôle sur tout et rien, les oracles der la finances, les chefs d’État qui ont fini par tous prendre les même décisions dictées par l’intelligence médicale qui clame depuis toujours de soigner l’environnement et les services publics, les grands penseurs guidés par le marché et le capital se sont faits prendre les culottes plus qu’à terre, n’en savent rien. Ou plutôt, ils rament dans l’à peu près total.

Ça va finir quand le monde d’en haut et celui d’en bas penseront aux autres, à leurs voisins et aux risques qu’ils prennent au jour le jour quand ils sont infectés.

Ça finira avec le printemps nous dit l’optimiste qui croit que le soleil et la chaleur éliminent tous les maux y compris les nouveaux virus.

Ça finira quand l’isolement obligatoire de tous aura sans doute modifié notre façon de voir et de décider de nos priorités, quand on aura retrouver le privilège de se regrouper de nouveau.

Les médias sociaux avaient déjà préparé depuis longtemps le monde à communiquer sans la présence des autres. Mais là obligés de le faire ils viennent de découvrir que la solitude et le renfermement a quelque chose de concentrationnaire. Vous ne trouvez-pas? Quelque chose qui ressemble un peu à la condition pénitentiaire. Convoquons ici Kafka qui n’a avoué qu’une seule chose déterminante sur la condition de l’homme, «la seule attitude judicieuse consiste à s’accommoder de l’état des choses». C’est ce qu’il faut qu’on fasse maintenant. Après, on verra. Ne pas trop bouger comme dirait ma voisine qui me salut par la fenêtre avec son chat heureux de la voir toute la journée.

L’angoisse de ceux et celles qui sont toujours occupés et qui tournent dans leur vie comme une toupie va s’accentuer durant ces semaines.

Il y en a qui pensent que le vaccin miracle va nous sortir de là. D’autres que les milliards injectés dans le marché vont amadouer le COVID-19. Ou les prières des électeurs de Donald Trump. Va-t-il finir par fléchir ce mal venu de nulle part ?

La réponse quand il s’évanouira de lui-même.

n.b. chronique 4 du temps incertain : des nouvelles de Yellowknife

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, isolé volontaire

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