Des nouvelles de Yellowknife

Chronique 4 du temps incertain

J’aime bien les chambres d’hôtel; je me sens tout de suite chez moi dans les chambres d’hôtel, plus qu’à la maison vraiment.

-Lettres à Max Brod, Franz Kafka, 02-09-1908

Je n’ai jamais autant téléphoné depuis que je me confine chez moi ou dans mon char en allant voir ce qui est ouvert, ce qui est fermé. Je téléphone aussi quand je me promène tout seul dans les rues désertes ou dans la coulée boisée et enneigée en croisant des gens eux aussi seuls qui n’osent pas te regarder de peur d’attraper le mal venu de partout et de nulle part. Bref, quand mes amies ne me téléphonent pas je leur téléphone pour leur dire des nouvelles du monde ambiant.

Il y a 2-3 jours, avant que les autorités annoncent plus de resserrement, mon ami de Yellowknife me téléphone – là-bas il est journaliste à Radio Taïga- pour me dire que, dans son isolement volontaire chez lui, le film qu’il faut revoir, ce temps-ci, c’est Les ordres de Michel Brault. On pourrait aussi appeler ça le confinement «la loi des mesures de gorge»… Lui-même mon ami nordique qui a l’habitude de tousser souvent bien avant le COVID-19 a pris ses distances pour travailleur de son bureau à domicile transformé en petit studio. Il s’étonnait de voir et d’entendre la responsable de la santé publique locale détenir autant de pouvoirs que le premier ministre du pays. On commençait autour de lui à dénoncer ce qu’il appelle avec une formule de son crû »les délinquants de la goutte au nez». Les gens ont peur de ne pas comprendre ce qui se passe présentement et ils sont prêts à tout faire pour sauver leur peau même s’ils tirent partout et souvent sur les mauvais délinquants.

À Yellowknife, l’hôpital principal peut fournir six (6) chambres d’urgence avec respirateurs. Si la pandémie fait des ravages dans cette région nordique, les cas graves vont sans doute avoir certains problèmes à s’en sortir. Et comme dit mon ami, les autochtones seront encore plus mal pris que peut-être les Africains qui vont bientôt prendre les relais pandémiques chinois, européens et américains.

Je n’ai jamais autant téléphoné à ceux et celles que je connais depuis que le confinement nous oblige à se tenir tranquille. C’est comme j’avais une sorte de salle des nouvelles dans la tête qui devait diffuser tout ce qui se passe autour. Le bulletin quotidien coronavirusien du Devoir me semble particulièrement pertinent pour avoir l’heure juste. Vers la fin de la journée, il vous met au courant des derniers développements d’une belle précision. Le bulletin quotidien du journal satirique Charlie-Hebdo n’est pas à négliger lui aussi. Des articles sérieux et pas, des unes souvent loufoques et des dessins à vous demander comment ils prennent le temps de tout faire ça, au jour le jour. On ne peut plus se le procurer dans les kiosques à journaux d’ici –plus rien ne vient d’Europe- mais sur leur site internet on peut tout de même trouver la page couverture (Souvent dessinée par Riss ou Coco, les meilleurs) de l’hebdomadaire.

Pour des articles plus fouillés et scientifiques à soi, mon fils médecin me refile des analyses des chroniqueurs en médecine du New York Time, du Washington Post et des revues The Atlantic et The New Yorker qui la plupart décrivent les leçon à tirer des méthodes pour intervenir rapidement contre le COVID-19 dans des pays où les autorités se sont enlevé les doigts dans le nez (Excusez l’expression)

Comme la Chine, Singapour et la Corée du Sud. Ils n’oublient pas de souligner comment le président actuel des Etats-Unis a fait évacuer depuis son mandat des dizaines de scientifiques de son entourage à la Maison Blanche qui clamaient depuis des mois dans des articles divers comment le pays le plus riche de la planète négligeait les dangers d’une pandémie potentielle.

Quand on téléphone à ceux qui veulent bien nous écouter et auxquels on tient et bien le temps fuit rapidement sans souvent s’en rendre compte. Il faut avoir une routine pour oublier que la vie autour s’est arrêtée le temps d’une pause santé comme dirait le premier ministre Lego comme l’appelle mon ami Jonas qui travaille pour l’armée canadienne à Montréal, là où ça se corse un peu plus qu’ici malgré que là bas ils n’ont pas le retour des VTR de Floride qui ont obéi à l’appel des autorités québécoises et surtout à l’avertissement de leur compagnie d’assurance. Ces gens-là, quand ils tombent malades ils veulent bien profiter de notre régime d’assurance-maladie. Je les comprends de vouloir le beurre et l’argent en même temps, soit le soleil et la santé. C’est leur choix, mais leur individualisme est passablement mis à l’épreuve en ces temps de Virus planétaire.

Tiens, c’est le sujet de la chronique 5 du temps incertain, la Totale ou On efface tout et on recommence.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, confiné volontaire

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