L’État providence

Chronique 7 du temps incertain

Les hommes sont rarement dignes de se gouverner eux-mêmes

-Dictionnaire philosophique, Voltaire, 1764

Curieuse pandémie qui remet les choses essentielles à leur place. Toutes ces choses qu’on avait longtemps oubliées, qu’on croyait régler pour le reste de nos jours. Comme, par exemple, notre dépendance à l’État quand on demeure dans un pays où celui-ci existe encore. L’État providence par exemple.

Celui qui à travers ses hommes publiques normalement élus décide, après consultations avec ceux et celles qui savent ce qui se passe pendant une pandémie, de changer la vie courante, la façon d’occuper ses jours et ses nuits et pour tout dire en une seule phrase : vous dit quoi faire pendant les semaines et les mois à venir pour rester en vie et sauver celles des autres.

Pour vous permettre de survivre, ce même État vous remet ce que Michel Chartrand appelait dans un livre essentiel que tout le monde a décrié, le salaire minimum garanti pour tous. Mais ce salaire le syndicaliste l’exigeait pour les gens de rien, les pauvres qui n’arrivent pas à survivre en temps normal.

On en est là en somme. La majorité de la population va vivre pen-dant un certain temps avec les subsides de l’État. Les collapsologues qui ne jurent que par le pire qui s’en vient vont tout de même l’accepter ce salaire minimum garanti. Ce salaire-là que tout le monde attend du gouvernement fédéral ou provincial ne vient pas de l’entreprise privée que je sache.

Quand ça va plus mal qu’à l’habitude, quand la majorité de la population quitte son emploi pour sauver des vies et la sienne, c’est l’État qui intervient. C’est l’éÉat qui se débrouille avec ses compétences, ses fonctionnaires, ses employés du secteur public, ses

Gardiennes, ses préposés aux bénéficiaires, ses infirmiers, ses médecins, ses hommes et ses femmes du secteur public qui tiennent le fort. Ce sont ces gens-là qu’on appelle souvent les gras durs, les employés du gouvernement qui jouissent d’une convention collective qui s’occupent de tout ou à peu près.

Ce sont ces gens-là que trop de chroniqueurs de droite des radios poubelles et du Journal de Montréal/Québec ridiculisent en temps de négociations de leurs conditions de travail. Tous ces employés, surtout et beaucoup de femmes dans le secteur de la santé et de la fonction publique (Celles qui s’arrangent pour que vous ayez vos chèques de survie à temps) sont à l’œuvre pour faire rouler la machine et bien souvent attrapent le virus.

Ce que je veux dire c’est que sans l’idée qu’on se fait tous de l’État en temps de crise on serait encore plus mal pris.

C’est sans doute pour cette raison de l’incontournable nécessité de l’État providence que les choses vont un peu mieux malgré l’incertitude du moment. Le secteur privé continue de fonctionner à sa vitesse minimum et lui aussi attend du secteur public un coup de main pour repartir la machine économique. Lui aussi attend son chèque.

Les vendeurs de chars, les restaurants qui livrent, les quincailleries qui cherchent leurs clients habituels, les banques qui se tiennent les fesses serrées avant de réduire leur taux d’intérêt, tout ce beau monde remercient l’État providence à quatre pattes. Ils viennent même de découvrir le mot SOLIDARITÉ qu’ils utilisent maintenant dans leur pub télé. C’est touchant de les entendre nous dire qu’on est ensemble pour lutter contre l’ennemie…

Eux qui depuis toujours ne travaillent que pour leurs intérêts personnels et ceux de leurs actionnaires.

Les gouvernements comme le peuple découvrent la nécessité des petits emplois dans les services publics et se permettent même d’ajuster leur salaire à l’effort donné en pleine pandémie. Les augmentations salariales fusent de ce côté-là. Ils découvrent en même temps que parquer un nombre indécent de personnes âgées affaiblies dans les CLSLD exige du personnel pour s’en occuper.

Dans le secteur privé, des compagnies qui exploitent leurs employés depuis toujours (Walmart, Dollorama pour ne pas les nommer)  leur offrent des augmentations salariales pour qu’ils demeurent au travail au lieu de survivre avec le chèque de la survie.

Pendant un certain temps, l’État providence a retrouvé sa place, son utilité dans la répartition de la richesse commune. Il faudra s’en souvenir après que le virus aurait fait sa trace mortelle.

n.b.chronique 8 du temps incertain : quand tout redeviendra à la normale

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida

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