Quand tout redeviendra à la normale

Chronique 8 du temps incertain

On ne peut être normal et vivant à la fois

-Emil Cioran

Les gens se demandent quand ils retrouveront leur rythme «normal» de faire ce qu’ils avaient l’habitude de faire, soit travailler pour la plupart, consommer plus que maintenant, se dépêcher pour tout faire en un laps de temps limité et s’éviter un comportement foutraque comme celui du temps du coronavirus.

Les gens se demandent quand la machine économique comme disent les commentateurs obsédés par la rentabilité de nos gestes va repartir en grande pour reproduire la richesse dont les banques, les actionnaires des compagnies, les gouvernements ont tant besoin pour rouler à la vitesse grand V.

Quand tout redeviendra-t-il normal en somme?

Je crois que ça prendra un certain temps non seulement parce que les dangers du covid-19 ne sont pas encore écartés, mais aussi parce que l’humanité entière vient de se rendre compte qu’elle est plus fragile qu’elle le croyait. La majorité des pays de la planète ont reconnu une peur du lendemain qui est loin d’être oubliée. Les hommes sont fragiles en temps de pandémie et s’ils ne se serrent pas les uns contre les autres, s’ils font comme les Etats-Unis du président Trump embourbé dans ses rodomontades à ne penser qu’à ses intérêts politiques sans aucun souci du sort des citoyens démunis, notre avenir ne sera pas trop réjouissant.

Ça va mal aller comme dirait l’autre qui se méfie des slogans réducteurs.

La pandémie a sans doute démontré à la face du monde que le capitalisme effréné qui consiste à enrichir les plus riches aux dépens des plus démunis n’est plus une fin en soi. Même le sort des soins de santé, des services publics, du repos des ainés passés aux mains des entreprises privées ont été laissés de côté pour le plus grand profit des capitalistes bas de gamme et des multinationales.

L’environnement surtout pèse lourd dans la balance. Les pays de toute la planète se rendent compte que ce qui nous entoure, les animaux, les plantes, l’air que nous respirons ont des conséquences déterminantes sur notre santé de tous les jours. On ne peut sans fin exploiter les sols, les mers, les forêts sans conséquences sur l’équilibre de notre planète.

Si on pense revenir à la normale en oubliant ce qui s’est passé pendant cette pandémie, on se met le doigt dans l’œil. C’est avant tout un avertissement que la terre nous signale en ce moment.

Pour équilibrer les forces devant ce virus, la majorité des gouvernements responsables ont investi des milliards de dollars de rattrapage. Les multinationales, les banques, les entreprises caritatives ont suivi discrètement les directives sachant fort bien qu’elles étaient impuissantes à sauver le monde pour la simple raison qu’elles ont un seul but dans la vie : s’enrichir.

La production de la richesse a pris un bon coup de vieux lors de cette pandémie. Désormais le travail semble avoir pris une nouvelle signification. Il ne servira plus à enrichir ceux qui le sont déjà mais plus tôt devra servir à mieux répartir les fonds collectifs. Quand le mot «solidarité» se retrouve dans les pubs des marchands, il me semble qu’il y a quelque chose qui vient de changer dans l’esprit des vendeurs de soupe. Les petites jobs sont devenues des jobs indispensables. J’espère qu’on ne reviendra plus jamais à la normale.

D’avant. Quand on ignorait complètement le sort des gens de rien.

Les gens de bien les reconnaissent maintenant. La pandémie peut avoir servi à ce réveil tardif. Espérons le tous et toutes.

n.b. chronique 9 du temps incertain : la télé qui s’adapte

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, confiné volontaire

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