La distanciation sociale perpétuelle?

Chronique 10 du temps incertain

Distance : la seule chose que les riches soient prêts à accorder aux pauvres, en souhaitant qu’ils la gardent

-Le dictionnaire du diable, Ambrose Bierce, 1881

Alors c’est fini pour un bon bout de temps, les rapprochements incertains, le collage, que dis-je, le racolage gratuit et passager.

Le coronavirus nous aura au moins appris une chose, entre beaucoup d’autres, méfiez-vous de ceux et celles que vous côtoyez.

Comme si on ne le savait pas déjà. Mais là c’est mieux pour la conscience, la médecine nous l’affirme haut et fort. La médecine nous le confirme. Gardez, gardons nos et vos distances.

Il y en a qui l’ont toujours fait. Malgré eux. On n’endure pas nécessairement tout le monde. Au dépanneur, le gars ou la fille qui en face de vous dégage on ne peut plus le cendrier plein, c’est pas l’idéal du rapprochement. D’autres encore qui sentent la transpiration à des milles à la ronde, non plus.

Mais là c’est plus vital comme on dit.

N’importe qui près de vous peut être porteur du virus. C’est la médecine qui le dit, qui le prouve à tous les jours un peu partout à travers le monde. Tout le monde peut le porter, le transporter, le refiler à d’autres. Donc, on se garde une petite distance.

Pour combien de temps? Même le bon docteur Arruda l’ignore, lui qui habituellement se débrouille assez bien avec les affirmations approximatives. On verra, on verra.

La distanciation sociale pose une question philosophique qui m’apparaît hors du commun. C’est celle-ci: en dehors des périodes de pandémie, pour sauver sa vie et celle des autres, ne serait-il pas préférable de toujours garder nos distances? C’est une question fondamentale, tout simplement.

La plupart de nos malheurs découlent très souvent de nos rapprochements plus ou moins voulus, acceptés. J’essaie d’imaginer

Les habitués des frottages plus ou moins sexuels dans les transports en commun habituellement bondés (Métro, bus, train de banlieue) tenter de continuer leur petit manège en temps de coronavirus. La distanciation sociale a ça de bien qu’elle élimine toute tentative de rapprochement non voulu sous peine de dénonciation. Et il semble qu’au chapitre de la dénonciation les Québécois sont rapides sur la gâchette. C’est d’ailleurs un beau sujet que celui-là, la dénonciation de son voisin, de sa voisine, de n’importe qui qui ne suit pas les règles ou les consignes. Comme si la peur d’avoir peur, la crainte de voir se répandre le virus autour de soi permettrait de vendre tous ceux et celles qu’on soupçonne de dérogation. On ne peut sans doute pas vivre trop longtemps dans un tel État où tous et chacun s’arrogent le droit d’appeler la police pour mieux se sécuriser. Beau sujet de réflexion morale en effet.

Encore une fois nous sommes en plein marécage de coronavirus où toutes les hypothèses de transmission sont permises et avancées. Si la règle de la distanciation sociale (les Français appellent ça «les gestes barrières»…) persiste un certain temps, elle pourra aller au-delà de la fin de la pandémie. Et si on finissait par s’habituer à garder ses distances les uns des autres? Si on ne sortait plus de notre bulle de sécurité? Comme dirait l’autre, poser la question c’est y répondre un petit peu. C’est l’expression employé par le PM Legault dans un de ses points de presse récent, «petit peu par petit peu» pour exprimer sa méthode de déconfinement fondée sur l’étapisme. C’est charmant tout ça mais ça ne nous donne pas nécessairement l’heure juste. Malgré le fait que le PM et le bon docteur Arrida ont l’habitude de manipuler constamment leur montre/bracelet respective pendant leur grand-messe quotidienne. Vous avez remarqué?

La distanciation sociale porte à réfléchir. Sera-t-elle perpétuelle?

Certains l’espèrent comme les misanthropes, les solitaires, d’autres la craignent, les anxieux, les dépendants affectifs, les solidaires, les extrovertis en quête de nouveaux publics. La chose n’est pas si simple.

n.b. chronique 11 du temps incertain : le retour à l’école

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, confiné volontaire

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