Se masquer ou pas, voilà la question

Chronique 13 du temps incertain

Le masque tombe, l’homme reste et le héros s’évanouit

– Serge Gainsbourg

En ces temps de pandémie, faut-il porter un masque pour protéger les autres et se protéger soi-même? Dans le langage politique neutre qu’on essai d’inventer pendant la pandémie, certains appellent l’objet en question un «couvre-visage»… oui, oui.

Grande question qui me rappelle – tiens – le temps des carrés rouges et du printemps érable au Québec où il était interdit sous peine d’emprisonnement de porter des masques dans les manifestations. Vous vous en souvenez? La Ville de Montréal avait légiféré dans ce sens pour permettre aux policiers de mieux faire le tri et identifier les manifestants anarchistes purs et durs.

Ça me fait un peu sourire en coin d’entendre les autorités politiques de la même Ville et de la même province conseiller le contraire aujourd’hui pour des raisons il faut le dire plus sanitaires que policières et juridiques.

Mais tout de même, les temps changent et les avis aussi en période de crise humanitaire et de grande confusion.

À vos masques citoyens semblent dire les autorités en place partout à travers le monde. Des grands couturiers français et italiens sans doute vont bientôt lancer la nouvelle mode des masques sanitaires pour sauver leur entreprise et refaire le monde confiné à leur façon.

Mêmes les grandes marques comme GAP y va de son modèle. Et les gens embarquent. Ils le portent le masque vendu, donné, offert par certaines municipalités pour toutes sortes de raisons.

Un masque comme disait mon nettoyeur de sécheuses qui passe ses journées dans la poussière avec son masque trois étoiles, ça sécurise

Et ça peut protéger, quand la pollution prend le dessus sur vos poumons.

Mais la vogue du masque actuelle va plus loin. Elle tient en grande partie de l’ignorance du satané coronavirus. On ignore tous les détails de sa transmission d’une personne à l’autre. On survit dans les suppositions et les hypothèses médicales qui sont tout de même éloignées de celles du président Trump qui voudrait en finir une fois pour toutes en suggérant que tous les Américains infectés se gargarisent au désinfectant maison, Lysol ou autres.

 Le masque rassure en attendant autre chose. Comme si les infectés du COVID-19 passaient leur journée à voyager dans les transports en commun pour le transmettre à ceux et celles qui ne l’ont pas encore.

Des artisans et des confinés d’ici et d’ailleurs viennent de ressortir leur machine à coudre pour confectionner des masques/maison à 20$ pièce pour sauver le monde, la planète et faire un peu de fric opportun. On en fabrique même avec des imprimantes. Sky is the limit dans la création de ces accessoires devenus utiles autant pour la survie des humains que des nouvelles pme de service. L’homme a l’imagination toujours vive en temps de pandémie.

Pendant les premières semaines, les pays les plus riches du globe s’arrachaient les masques indispensables aux travailleurs de la santé et aux malades. Personne n’avait prévu la pénurie. Les Américains auraient retenu des commandes chinoises de masques pour leur propre sécurité, mettant le gros prix, privant la France, le Canada, l’Italie, la Grande Bretagne de ces équipements précieux devenus aussi rares que des trèfles à quatre feuilles.

Et l’effet de la mondialisation sur la fabrication des accessoires médicaux comme les masques presque tous contrôlés par la Chine ou l’Inde pour réduire les coûts de main d’œuvre et augmenter les profits des multinationales n’a fait qu’augmenter leur rareté, d’où l’ultra compétition internationale pour en obtenir à n’importe lequel prix. Dans ce domaine, le capitalisme sauvage peut nous donner des leçons.

Maintenant, le masque en question dans la population est devenu une sorte de colifichet. On le porte très souvent parce qu’il donne du style à celle et ou celle qui le porte arborant bien souvent certains dessins, une décoration personnalisée qui le distingue des autres sur la rue, dans les transports en commun ou tout simplement en voiture. Et évidemment sur les médias sociaux qui servent de vitrines à ceux et celles qui recherchent désespérément à refaire leur image quotidienne. Ces médias ne servent-ils pas d’abord à ça?

Le masque est, va devenir tendance comme toute autre chose, je dirais même un certain confinement accepté avec les semaines qui s’écoulent, les unes derrière les autres.

Comme la distanciation sociale va devenir aussi tendance si sa durée de vie s’étire indument. Vous verrez, vous verrez.

Vais-je en porter un moi un masque? J’ai fait des essais dans mon sous-sol, à l’abri des regards indiscrets. J’en avais déjà acheté à un prix ridicule il y a quelques années pour travailleur dans la poussière 

Et la pollution d’un garage de l’un de mes amis.

J’ai tenté en vain d’en fabriquer un avec les moyens du bord comme l’explique un capitaine de l’armée américaine à la télé. Maintenant, presque qu’à tous les jours je reçois des offres de masques artisanaux via le net, le téléphone, la poste, la couturière du coin, Je ne sais plus lequel choisir. Mon dépanneur en vend qui sont made in Chicoutimi.

Pour tout vous dire, j’attends que la mairesse de Saguenay reçoive sa commande placée en Chine il y a presque deux mois, au tout début de la crise. Peut-être les distribuera-t-elle aux confinés de 70 ans et plus? J’attends ses masques et sa décision avec impatience.

Le confiné ne vit que d’espoir bien souvent.

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, confiné volontaire sans masque

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