Loin du Vietnam

Chronique 14 du temps incertain

Choisis le voisin avant la maison

-Proverbe vietnamien

Je me sers d’un article du journaliste du Devoir  (23 avril) Fabien Deglise (Grand amateur de b.d. entre autres) pour rédiger cette chronique. Après l’avoir lu, je suis tombé un peu en bas de ma chaise et d’admiration pour l’attitude des Vietnamiens face à la pandémie du coronavirus. Puissiez-vous en faire autant.

Le Vietnam au 22 avril ne déclare pas plus de 270 cas d’infection sur une population de 95 millions de personnes et aucun décès. Vous avez bien lu aucun décès. Depuis des jours, aucun cas d’infection détecté.

C’est un pays où la cohésion sociale est très forte, le respect des ainés est inconditionnel et la population a une très grande confiance dans ses dirigeants.

Mais une autre différence avec bien d’autres pays dont le notre attire l’attention et explique peut-être la réussite du Vietnam contre la lutte du coronavirus.

Depuis des semaines, la télé donne le nom de chaque personne infectée, du quartier où elle habite, des gens qu’elle a cotoyés…

Leur quarantaine a été prise au sérieux. Le confinement et la fermeture des commerces aussi. Leur surveillance fait frémir d’ici

Quand on pense à notre hantise du domaine privé.

C’est l’un des pays qui a fermé très tôt ses frontières avec la Chine, début février, et mis ses visiteurs et ses citoyens venant de l’étranger en isolement forcé dans des camps gérés par des militaires ou dans leurs résidences familiales, sous surveillance étroite.

On a fermé les entreprises non essentielles et les écoles en imposant des quarantaines à grande échelle dès le 25 janvier.

Il semble que le Vietnam avait tiré des leçons de l’épidémie de SRAS en 2003 qui avait fortement frappé le pays.

La surveillance des citoyens a été intensive et s’est appuyée sur un vaste réseau d’informateurs du gouvernement pour identifier les personnes mises en quarantaine. Relent de l’ancien régime communiste où circulait une armée de policiers dans chaque quartier… Là encore notre histoire de confinement volontaire date de la seconde guerre mondiale pour certains d’entre nous toujours de ce monde.

Ces personnes donc confinées chez elles étaient nourries à chaque jour par le gouvernement qui venait apporter de la nourriture sur leur balcon. Début avril, plus de 70 000 Vietnamiens vivaient ainsi en confinement forcé.

Cette gestion autoritaire de la crise ne ressemblait à rien à celle plus répressive de la Chine. Seule la discipline et la forte cohésion sociale de ce pays expliquent la réussite de ce processus d’isolement et de surveillance étroite des personnes infectées.

L’autorité des ainés est considérable dans ce pays et les familles habitent avec elles et en prennent soin toute la vie durant. Dans ce pays à la culture confucéenne comme la Corée du Sud ou le Japon, la défense des intérêts du groupe l’emporte toujours sur le droit de l’individu. Les libertés individuelles passent au second plan lors de situations exceptionnelles comme en temps de pandémie.

Au sortir de la maison, chacun apporte sa petite bouteille de désinfectant, son masque qu’on a toujours porté pour se protéger de la pollution devenu obligatoire après le confinement. Les règles de la distanciation sont encore en vigueur de même que l’interdiction des rassemblements.

Ce succès vietnamien contre le COVID-19 est souvent comparé à l’offensive du Têt de 1968 durant la guerre du Vietnam en prenant l’armée américaine par surprise. Cette victoire nourrit la mythologie de la force et de la résistance des Vietnamiens qu’aucun pays étranger n’a réussi à soumettre dans toute son histoire.

Il ne s’agit pas évidemment de changer de religion si vous en avez une qui ressemble encore à celle des curés catholiques pour virer disciple de Confucius et adopter sa morale humaniste comme cette citation «celui qui sait obéir sera un jour commander». Vous voyez le genre?

Un peu zen sur les bords et plus porté à l’écoute des autres qu’à l’écoute de son soi profond sur les bords égoïste.

On est loin évidemment de cette philosophie ici marquée davantage par la société de consommation individuelle et le respect poussé souvent à sa limite des droits individuels plus que tout.

La gabegie capitaliste ne rejoint pas tout à fait la réserve confucéenne. C’est peut-être pour cette raison que le confinement a été plus facilement accepté par les Vietnamiens très tôt. Ici, elle transforme les gens, les dérange à l’excès et semble les mener à la dépression momentanée. Nos souvenirs collectifs de confinement sont trop lointains. Quoique certains d’entre nous pensionnaires dans les collèges classiques en ont quelques relents. Faudra y revenir un jour à ces années-là.

Comme on est loin du Vietnam.

n.b.chronique 15 du temps incertain

Que faire de ses vacances?

Pierre Demers, cinéaste et poète rouge d’Arvida, confiné volontaire

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