Terrorisme de genre

Terrorisme de genre

Quand le terroriste est un homme cishétéro, qui plus est quand il est blanc, que ses motivations soient misogynes, antiféministes, racistes ou xénophobes, il est magiquement classé sous l’étiquette psychologisante de loup solitaire avec des troubles de santé mentale. Les visées politiques et idéologiques de sa rage meurtrière deviennent soudainement « incompréhensibles », « imprévisibles ». Elles ne le sont pas.

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Aimer comme on fait les révolutions

Aimer comme on fait les révolutions

Le care, ou la disposition à prendre soin et la sollicitude, est généralement réservé aux femmes et relégué à des pratiques largement dévalorisées. Une éthique du care, comme façon d’être et de se présenter à l’autre, n’a rien de la logique et de la rationalité, du calcul et de la compétition, de la performance et de la conquête qui sont mis de l’avant comme mode de vie du succès. Le dévouement, c’est s’exposer, s’exposer au péril, à l’autre tel qu’il est, c’est plonger sans harnais, c’est un geste totalement désinvesti du sentiment de soi, de ses intérêts personnels, c’est un geste d’accueil entier. Le dévouement, c’est l’amour dans sa forme la plus révolutionnaire.

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Soigner sa dépression, c’est bourge !

Soigner sa dépression, c’est bourge !

Là où les préjugés et la panoplie de distractions apaisantes se rejoignent, c’est qu’on fait de la dépression à la fois quelque chose d’exploitable, à la fois un mal individuel dont la responsabilité doit être portée uniquement par celui ou celle qui en souffre. Or, la dépression et les troubles anxieux sont des problèmes de société. Ce sont des réponses normales aux traumatismes, aux abus, aux événements anxiogènes, aux deuils, à la négligence, à la culpabilité, aux patrons tyranniques, à la violence, aux relations utilitaristes, aux relations de pouvoir, aux relations jetables, à la pression de performance, à la faim, à la guerre, à l’exploitation, au mode de vie individualiste, à l’isolation sociale, à la compétition, à la hiérarchie, aux conditions de travail de marde, à la destruction de l’environnement, à l’éclatement du sens, aux carrières qu’on déteste, au sentiment d’impuissance, à l’aliénation, à l’insécurité, name it.

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L’universel est un homme blanc cishétéro

L’universel est un homme blanc cishétéro

Ce texte est une réponse à celui-là, lui-même une réponse à cette critique de ce texte. Le lectorat me pardonnera cette phrase pleine de redondances, le temps de passer un accord avec Netflix pour une série d’épisodes au sujet de deux intellectuels séparés par leur différend sur l’intersectionnalité, l’universel et la liberté. Cher ami, Je me permets la forme épistolaire, puisque ta réponse appelle un ton un peu plus intimiste. Et nommons-le, puisque cette franche camaraderie, cette complicité indéniable, qui est en partie garante du respect évoqué au début de ton more »

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Il n’y a pas de lutte universelle

Il n’y a pas de lutte universelle

Il faudrait le questionner, cet homme blanc cishétéro qui ne détient pas tous les privilèges, sans doute, qui sait se faire un allié, parfois; il faudrait le questionner — ou qu’il se questionne — sur : pourquoi il ne peut envisager le discours des marges que comme une façon de l’effacer, lui qui efface depuis si longtemps toute voix qui n’est pas la sienne ?

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Manuel de la parfaite victime

Manuel de la parfaite victime

N’est pas victime qui veut. Les actualités nous le rappellent souvent, les réseaux sociaux aussi. On se prend les commentaires et les chroniques comme autant de coups de pelle en pleine face. Et pas de la petite pelle cheap en plastique, de la grosse pelle sale en métal rouillé. Détrompez-vous si vous pensez trouver dans ce manuel un guide pratique des codes de conduites à adopter pour être une bonne victime. Disons-le nous : la victime parfaite chevauche des vallées à dos de licornes avec le Père Noël et la Fée des Dents. Elle n’existe pas.

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Pour désintoxiquer le débat : déconsensualisons-le.

Pour désintoxiquer le débat : déconsensualisons-le.

C’est un privilège de pouvoir vivre le débat sans violence, dans le plaisir même de parler pour parler. Il faut prendre compte de ce privilège pour que, lors d’un débat public, si une personne nous applique une étiquette — peut-être même une étiquette infamante —, nous puissions reconnaître la violence de notre propos. Je suis blanche, je ne vis pas le racisme, si une personne racisée me dit que mes propos sont racistes, il faut que je sois capable de le reconnaître pour que le débat se poursuive. Trop souvent je vois des personnes blanches refuser d’admettre que leurs propos sont racistes, ça obstrue la conversation publique, ça violente des prises de parole.

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Appeler un chat un chat

Appeler un chat un chat

Résister à la culture de l’intimidation qui sévit sur le web implique d’appeler un troll un troll et un cyberharceleur un cyberharceleur. Mieux encore : appeler un cyberharceleur un harceleur, parce que pour la plupart d’entre nous, il n’y a pas de dichotomie entre web et réalité, mais un lien de continuité. Cette continuité devrait faire en sorte qu’on ne diminue pas ce qui se passe sur le web, comme moins vrai parce que virtuel. Les menaces ne sont pas moins des menaces parce qu’elles arrivent par courriel ou par courrier recommandé.

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De la satire à lʼéristique

De la satire à lʼéristique

Pour manipuler lʼopinion, provoquer du drame, déverser le fiel de sa haine du haut de sa tribune médiatique, ça prend une intelligence plus aigüe quʼon croit, mais une intelligence qui nʼa de cesse de retourner contre elle le couteau de son arrogance et qui finit par sculpter sa propre lobotomie. Tout en haut des sphères du quatrième pouvoir, juché sur son trône de mépris, le roi se gave de son aliénation, cʼest ce quʼil crache au visage de lʼautre en s’étonnant de son indocilité.

Je pars donc de la thèse (provocatrice pour une large part de mes collègues de gauche radicale) que Richard Martineau est un homme brillant, très brillant, du moins le croit-il et le crois-je aussi.

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Légiférer le corps des femmes

Légiférer le corps des femmes

Des signes religieux ostentatoires, on est passé au niquab comme enjeu politique. Ça n’était bien pas populaire, les signes religieux ostentatoires. D’une part, parce que les bons catholiques en portent, parce que c’est pas logique d’imposer une laïcité à deux vitesses qui ne tient pas compte d’un immense crucifix en plein parlement, mais qui tient compte du turban de M. Singh au guichet trois d’Emploi-Québec. D’autre part, il manque l’oppression à la kippa de M. Strauss, au chachia de M. Khan ou au grand boubou de M. Diop. Pour remporter more »

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