Manuel de la parfaite victime

Manuel de la parfaite victime

N’est pas victime qui veut. Les actualités nous le rappellent souvent, les réseaux sociaux aussi. On se prend les commentaires et les chroniques comme autant de coups de pelle en pleine face. Et pas de la petite pelle cheap en plastique, de la grosse pelle sale en métal rouillé. Détrompez-vous si vous pensez trouver dans ce manuel un guide pratique des codes de conduites à adopter pour être une bonne victime. Disons-le nous : la victime parfaite chevauche des vallées à dos de licornes avec le Père Noël et la Fée des Dents. Elle n’existe pas.

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Pour désintoxiquer le débat : déconsensualisons-le.

Pour désintoxiquer le débat : déconsensualisons-le.

C’est un privilège de pouvoir vivre le débat sans violence, dans le plaisir même de parler pour parler. Il faut prendre compte de ce privilège pour que, lors d’un débat public, si une personne nous applique une étiquette — peut-être même une étiquette infamante —, nous puissions reconnaître la violence de notre propos. Je suis blanche, je ne vis pas le racisme, si une personne racisée me dit que mes propos sont racistes, il faut que je sois capable de le reconnaître pour que le débat se poursuive. Trop souvent je vois des personnes blanches refuser d’admettre que leurs propos sont racistes, ça obstrue la conversation publique, ça violente des prises de parole.

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Appeler un chat un chat

Appeler un chat un chat

Résister à la culture de l’intimidation qui sévit sur le web implique d’appeler un troll un troll et un cyberharceleur un cyberharceleur. Mieux encore : appeler un cyberharceleur un harceleur, parce que pour la plupart d’entre nous, il n’y a pas de dichotomie entre web et réalité, mais un lien de continuité. Cette continuité devrait faire en sorte qu’on ne diminue pas ce qui se passe sur le web, comme moins vrai parce que virtuel. Les menaces ne sont pas moins des menaces parce qu’elles arrivent par courriel ou par courrier recommandé.

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De la satire à lʼéristique

De la satire à lʼéristique

Pour manipuler lʼopinion, provoquer du drame, déverser le fiel de sa haine du haut de sa tribune médiatique, ça prend une intelligence plus aigüe quʼon croit, mais une intelligence qui nʼa de cesse de retourner contre elle le couteau de son arrogance et qui finit par sculpter sa propre lobotomie. Tout en haut des sphères du quatrième pouvoir, juché sur son trône de mépris, le roi se gave de son aliénation, cʼest ce quʼil crache au visage de lʼautre en s’étonnant de son indocilité.

Je pars donc de la thèse (provocatrice pour une large part de mes collègues de gauche radicale) que Richard Martineau est un homme brillant, très brillant, du moins le croit-il et le crois-je aussi.

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Légiférer le corps des femmes

Légiférer le corps des femmes

Des signes religieux ostentatoires, on est passé au niquab comme enjeu politique. Ça n’était bien pas populaire, les signes religieux ostentatoires. D’une part, parce que les bons catholiques en portent, parce que c’est pas logique d’imposer une laïcité à deux vitesses qui ne tient pas compte d’un immense crucifix en plein parlement, mais qui tient compte du turban de M. Singh au guichet trois d’Emploi-Québec. D’autre part, il manque l’oppression à la kippa de M. Strauss, au chachia de M. Khan ou au grand boubou de M. Diop. Pour remporter more »

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Laver ses péchés de féministe frustrée dans un bain de larmes d’hommes cis

Laver ses péchés de féministe frustrée dans un bain de larmes d’hommes cis

L’homme cis blanc hétérosexuel s’autoproclamant proféministe est un spécimen plein de surprises. Souvent plus plates les unes que les autres. Le 31 mars dernier se tenait une manifestation de soir féministe portant sur des enjeux spécifiquement féminins. Thèmes abordés : le projet de loi 20 avec ses restrictions dans l’accessibilité à l’IVG et à la santé reproductive, les mesures d’austérité qui touchent plus durement les femmes, la violence à caractère misogyne dont les militantes paient les frais dans tout espace public (tangible ou virtuel) et l’omniprésence de la culture du viol (à l’intérieur more »

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Culture du viol, sport et médias : le cas Leclerc

Culture du viol, sport et médias :  le cas Leclerc

Sandrine Ricci et Marie-Christine Lemieux-Couture Outre les normes de virilité et de masculinité agressives auxquelles sont soumis les athlètes, force est de constater que le milieu du sport et le traitement de la nouvelle sportive sont gangrenés par la culture du viol. Une culture où l’on déresponsabilise l’agresseur, questionne la crédibilité de la victime, blâme une féminité qui appellerait à l’agression, exige le silence autour de la violence sexuelle notamment pour ne pas gâcher la réputation de l’équipe ou la noblesse du sport. Tout se passe comme si la victime more »

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Ce qui se tait dans l’ellipse

Ce qui se tait dans l’ellipse

La rhétorique est amorale comme le serait un couteau. Exactement comme un couteau. Un outil n’est ni bien ni mal, il relève de qui l’emploie. On peut utiliser un couteau pour manger comme on peut l’utiliser pour poignarder. On peut user de la rhétorique pour manipuler, persuader, taire notre adversaire ; on peut en user pour séduire, plaire, rendre notre discours intelligible à l’autre devant nous. Elle peut aller de pair avec un pouvoir-dire, pouvoir soumettre l’autre à ses idées, autant qu’elle peut déployer un terrain de jeu où les idées more »

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Il faut qu’on parle de silence

Il faut qu’on parle de silence

C’était à prévoir, le contre-coup. Dès qu’on parle de culture du viol, de rapports de force entre les sexes, d’une socialisation de ce rapport de genres, de violence symbolique systématique, on entre dans une zone d’inconfort. J’en ai parlé dans mon dernier billet. Mais j’insiste, parce que devant le déni qui cultive le silence, reste la parole. En matière d’agressions sexuelles, une critique socialement acceptable ne saurait reposer sur autre chose (du moins en apparence) que sur des points juridiques : la notion (souvent floue) de consentement, la présomption d’innocence, le more »

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Le viol parfait

Le viol parfait

Le Bien est transparent : on voit à travers. Le Mal, lui, transparaît : c’est lui qu’on voit à travers. — Jean Baudrillard C’est en filigrane de l’actualité, pourtant chaque fois que j’évoque la notion de « culture du viol » dans une conversation (en particulier dans une conversation numérique), je constate cette tendance générale à la crise d’urticaire et aux convulsions idéologiques. Une société progressiste, civilisée, transformée par plusieurs générations de luttes féministes, une société dont la brillance d’esprit se manifeste explicitement de ses réussites technologiques au déploiement mondial de son système économique, more »

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