La juste part – David Robichaud et Patrick Turmel

« Il faut que tous fassent leur juste part. » Combien de fois l’a-t-on entendu depuis le début du conflit étudiant? C’est impossible de le savoir tellement Charest l’a répété souvent. David Robichaud et Patrick Turmel, respectivement professeurs de philosophie à l’Université d’Ottawa et à l’Université Laval, ont décidé de se positionner sur la part de chacun dans la société. Dans l’essai La juste part,  on conjugue économie et philosophie pour expliquer en quoi consiste en fait la juste de part de chacun selon ces deux co-auteurs.

Dès l’introduction, on veut nous démontrer « l’importance de la coopération sociale pour toute production de richesse. […] La production de richesses étant une affaire collective et non individuelle, il revient à la société de choisir la redistribution qui est la plus susceptible de lui permettre d’atteindre ses objectifs, affirment les co-auteurs.» Ça peut sembler un peu lourd comme texte, mais le tout est très bien vulgarisé. En plus, Robichaud et Turmel utilisent parfois un ton humoristique. À un moment donné, ils illustrent la compétition vs. la coopération économique avec une analogie, disons fort intéressante! Le choix de l’analogie est le suivant : Il y a quatre gars dans un bar et cinq filles. Les gars préfèrent les blondes aux brunes alors qu’il y a une blonde et quatre brunes. Pour maximiser le bonheur de tous, il faudrait que chacun choisisse une brune plutôt que de tous choisir la blonde, sinon, trois des gars seraient déçus. La coopération profite donc aux trois alors que le choix individuel n’aurait profité qu’à un seul. Ils expliquent que cela s’applique aussi au domaine économique dans le sens où si on laisse chacun décider individuellement dans l’économie de marché, sans réguler dans le but de coopérer, une minorité seule sera avantagée (le 1% du mouvement Occupy), au détriment de la majorité (le 99%). Cette comparaison, et les autres dans le livre, ont le mérite de nous rapprocher du sujet, le rendre moins théorique.

Plus simplement, le sous-titre témoigne lui-aussi d’un ton léger et humoristique : Repenser les inégalités, la richesse et la fabrication des grille-pains. Évidemment, le mot grille-pain n’est pas là pour rien, mais reste qu’on le dit en souriant. En fait, dès le premier chapitre les deux auteurs évoquent l’exemple simple de la fabrication du grille-pain pour expliquer que, seuls, nous sommes capables de peu. Les auteurs nous disent que ceux qui prétendent qu’ils sont des self-made men, le font en partie à tort puisqu’ils profitent d’un bagage culturel, de normes sociales et du contexte dans lequel ils ont évolué. Bref, au fil des pages, on détruit les conceptions que certains tenants de la droite tentent d’établir (ou ont établies) un peu partout en Occident pour terminer avec des pistes de solutions. Les auteurs parlent entre autres de mieux utiliser l’impôt progressif, notamment en le rendant simplement plus progressif et en augmentant les taux d’imposition ou, à tout le moins, en le maintenant au même niveau. Des solutions simples, bien expliquées et pragmatiques.

Comme vous l’aurez deviné, on sent un penchant à gauche dans l’essai. Les deux auteurs lancent quelques flèches bien placées à la «droite économique» et au «néolibéralisme». Tout de même on reste loin d’une gauche radicale et dogmatique, le livre concède même que le marché peut apporter des bienfaits à la société. Les auteurs vont jusqu’à dire que « s’il est bien encadré, il est un puissant outil de création de richesses collectives.» Cela a dû rassurer Éric Duhaime, car il a salué la contribution de ce livre à la politique québécoise lors de son passage à l’émission Médium Large à Radio-Canada. Faites comme Duhaime et lisez cette centaine de pages, ça se fait bien!

La juste part est paru dans la collection Documents, dirigé par l’équipe du magazine Nouveau Projet, chez Atelier 10. Vous pouvez vous le procurer en version papier et en version numérique.

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