L’Euro 2012 à l’Apollo avec Louis le Breton Et Abdel l’Algérien

Tout ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois

Albert Camus

 

J’aime le soccer à la télé et sur le terrain aussi. J’admire ces athlètes qui peuvent passer 90 minutes sur une surface grande comme un stationnement de cégep à courir après un ballon et à se donner (ou à recevoir) des coups de pied sur les cannes avec des souliers à crampons sans presque jamais se fâcher. Surtout, sans se rentrer dans la bande ou s’édenter mutuellement avec un bâton. C’est zen et stoïque le soccer. Ça prend pas 500$ et plus d’équipement pour faire jouer ses flos. Ça se joue autant avec les pieds qu’avec la tête (revoir entre autres les quatres buts de tête magistrale de Balotelli, Ibrahimovic, de Renaldo et de Rooney durant cet Euro pour s’en convaincre).C’est plutôt beau à regarder et à jouer à l’extérieur toujours, sous tous les temps.

À ce jeu, on relève son vis-à-vis quand on le plante à terre et il ne vous en tient pas rigueur. Pour goûter à tout ça en tirage inédit, à tous les deux ans, à Montréal on s’agglutine dans les cafés italiens, portugais, espagnols, brésiliens sur Saint-Laurent et Saint-Denis. Ici, on se retrouve en clandestins chez Apollo, un restaurant grec d’Alma.

Ça repose du radotage maladif des amateurs de sports (et des relationnistes de RDS) qui ne respirent que par le nouveau/vieux coach des Canadiens. Ça repose de la Cage aux sports où l’on ne jure que par la LNH, la boxe payante de la maison et les ailes de poulet. À quand une conférence de presse sur le gars qui va nettoyer le vestiaire du CH l’an prochain, lui aussi contribuant à raviver «la fierté et le désir de vaincre» de la Sainte-Flanelle ? Le soccer me réconcilie avec les athlètes qui suent pour la bonne cause et n’ont pas peur de se défoncer malgré les avertissements de leurs agents et le destin des tibias fragiles.

Vivre l’Euro 2012 (ou le Mundial) tranquillement à l’Apollo (avec le cercle fermé de mordus qui s’y retrouvent comme une secte secrète) ça repose de nos chroniqueurs sportifs et de nos morning men/women de radio  qui carburent  au repêchage de la LNH et aux nouveaux gestionnaires des Saguenéens, en plein mois de juin. S’ils apprenaient à apprécier et à aimer le soccer, leur vie changerait. Ils saisiraient des choses et un jeu à la frontière de la chorégraphie. Ils se mettraient sans doute à suivre les ligues anglaises et françaises, les fins de semaine. Les autres championnats sur semaine. L’Impact de Montréal, quoi.

C’est bon ici de se rappeler que l’Espace-soccer (site internet) chez Apollo a été aménagé en 2003 par Benoît Lavoie, un prof d’édu d’Alma mordu du foot, qui n’arrivait pas à se trouver un écran de télé chez Mario Tremblay (la Brasserie qui expose les ex-voto et les bobettes du «célèbre» joueur-coach-commentateur du CH) pour regarder le Mundial et l’Euro. On coupait le son de l’appareil et on se méfiait de ces amateurs comme des …carrés rouges.

Lavoie a rassemblé, au fil des ans, des chandails personnalisés (de Zidane à Messi), des banderoles, des drapeaux et fanions, des programmes des meilleurs clubs au monde (Real Madrid, Chelsea, Juventus, FC Barcelone, Bayern Munich, Inter Milan, Paris Saint-Germain, etc) et des rappels des moments forts des rencontres internationales des dix dernières années. Quand on rentre dans cet Espace-soccer, on oublie tout le reste et surtout, pour de bon, les déboires des Canadiens et les limites du hockey professionnel. Le propriétaire de l’Apollo, le Grec Temi, se permet même parfois une tournée d’ouzo parce que ça lui dit ou que l’équipe grecque vient de marquer un but. On se sent alors en famille d’adoption pour cet Euro. On se met à suivre un temps le match  avec la description radio verbeuse de Monte-Carlo et là on a vraiment l’impression  d’être intégré à ce club sélect d’amateurs de foot d’Alma qui ne rêvent que de corners, de têtes plongeantes et de coups francs.

J’ai suivi en partie l’Euro qui vient de se terminer là avec mes deux amis d’Alma qui m’ont tout appris sur le soccer, Louis Le Breton (l’encyclopédie du soccer pour plusieurs habitués de ce lieu) et Abdel l’Algérien qui lui aussi suit à la trace les joueurs sélectionnés. Surtout Karim Benzema des Bleus, d’origine algérienne, qui aurait pu faire la différence contre l’Espagne le 23 juin… mais il a tchoké. Quand je veux savoir pour quelle équipe anglaise ou espagnole s’affiche tel joueur, ils sont là pour me répondre. On vibre souvent au même instant quand un joueur ou une équipe réussit une performance hors du commun. Ce sont tous des larrons en foire, ces joueurs des équipes en liste pour cette finale européenne qui avait lieu cette année en Pologne et en Ukraine (contrée d’origine, tordue et quelque peu fasciste de Limonov, mon écrivain préféré cet été. Allez lire le livre du même titre d’Emmanuel Carrère pour tout saisir). La plupart de ces joueurs qui représentent la Suède, la France, l’Italie, l’Allemagne, la Pologne, la Russie, le Portugal, l’Espagne, l’Angleterre, la Grèce, la Pologne, l’Ukraine jouent tous ensemble dans des équipes anglaises, italiennes ou espagnoles. Ils se connaissent par cœur, se souviennent des faiblesses des gardiens de but et se retrouvent à l’Euro ou au Mundial à tous les deux ans, comme pour un conventum.

Qu’est-ce que j’aimais dans cet Euro qui vient de se terminer à l’avantage des Espagnols qui peuvent laisser Torrès – l’un des meilleurs joueurs – sur le banc juste en cas? Des détails encore une fois mais qui font la différence avec le hockey professionnel, notre malheureux sport national à bout de souffle et d’idées. À bout de joueurs suédois et russes. À bout de commotions cérébrales et de violence excessive pour plaire aux amateurs américains en manque d’hémoglobine.

D’abord, la circulation du ballon. Les détracteurs du foot trouvent que le terrain est trop grand, que les joueurs sont perdus dans leur coin respectif. Qu’ils ne comptent pas assez de buts. Que c’est lent tout ça. Et bien, quand les joueurs et les équipes se surpassent, le terrain semble se réduire comme une peau de chagrin. Les passes, la position des joueurs, le contrôle du ballon font alors la grande différence. C’est ce qu’on voit quand une partie est serrée et que le jeu monte à un niveau supérieur. Les joueurs amortissent alors le ballon tellement rapidement, ils se positionnent vite à tel point qu’on a de la misère à les suivre. Par exemple, Torrès contre l’Italie dans le dernier vingt minutes du match hier. Ronaldo aussi contre les Pays-Bas.Vous essayerez ça avec votre propre ballon, l’amortie, la course et le retour sur le ballon comme s’il vous collait aux pieds.

Autre détail intéressant, la diffusion des matches n’est pas rompue par les pauses de pub. Les bandes autour du terrain se chargent de la faire cette putain de pub, discrètement, sans arrêt de jeu. Tout ce passe bien et tout le monde est content. On n’a pas à subir de soi-disant experts qui commentent chaque jeu en radotant – comme au hockey – toujours les mêmes remarques insipides, en dix secondes.

De plus, malgré la dimension du terrain, les points de vues visuels sont multiples, variés et souvent inusités.

Les ralentis opportuns. Des steadycams (caméras sans trépied qui absorbent les accidents de terrain) circulent partout le long des lignes et vont chercher des plans souvent très rapprochés des joueurs. Des loumas (caméra sur fil aérien) et des perches munies de caméra installée partout balaient le terrain et assurent d’autres images complémentaires. La diffusion télé des matches de hockey ne se rend pas là dans la diversité des points de vue.

Et le public dans tout ça ? À part les amateurs racistes qui s’en prennent à n’importe qui à la sortie des stades, qui règlent leurs comptes avec d’autres fanatiques comme eux, surtout les Russes contre les Ukrainiens et qu’on nous a très bien cachés, il y a ceux et celles dans les gradins qui ne manquent pas d’imagination pour se faire voir. Les costumes, les maquillages, les masques des pays respectifs n’ont rien à voir avec les serviettes ou les gilets blancs ou bleus «qu’osent» porter et afficher les amateurs de hockey dans nos arénas nord-américains. Là encore au chapitre  de la mise en scène des matches on aurait des leçons à tirer de ce qu’on a pu voir lors cet Euro 2012. Les caméras allaient chercher régulièrement les réactions des spectateurs, leurs joies, leurs déceptions, après les buts et lors des jeux exceptionnels. Sans oublier la bouille des entraîneurs, des invités d’honneur.

Ce que je retiens de cet Euro 2012 ? Mon équipe préférée a-t-elle bien performé? Je devrais dire, mes équipes préférées… De façon générale, je prends toujours pour les Bleus, l’équipe française au départ, pour des raisons «linguistiques». Un de mes joueurs gagné à la cause, Frank Rebery,  en faisait tout de même partie. Je trouve que c’est un joueur décidé, qui joue en Allemagne pour le Bayern Munich avec une certaine conviction. C’est un fabricant de jeu hors pair qui ne recule devant rien pour garder le ballon et le distribuer.  Mais les Français ont lâché comme les Allemands que je déteste à cause de leur arrogance. Je me suis rabattu sur les Portugais pour saluer les deux performances de Ronaldo. Puis en finale je me suis retrouvé à la fin avec les Italiens (pour des raisons «culinaires» sans doute) qui, il me semble, ont contrôle de ballon honnête et le meilleur gardien de but, Buffon. Malheureusement, les Espagnols leur ont donné une leçon qu’ils n’oublieront pas de sitôt. 4 à 0 dans une finale, on appelle ça une raclée. Et ce Torrès qui arrive à la 80e minutes pour enfoncer deux clous dans le cercueil. Je vais tout de même fêter mon Euro 2012 avec Le Breton et l’Algérien. Ce dernier ne boit que du thé sucré. On devrait s’en sortir. Rendez-vous au Mundial en 2014 au Brésil avec le fantôme dodu de Maradona… Ça promet. J’espère y croiser Cesare Battisti en exil là-bas, parce qu’interdit de séjour en France et en Italie. Le monde est petit.

En terminant, voici quelques mots de lexique du foot en guise de conclusion. Je les explique à ma manière. Certains me font sourire. Même les mots du foot ont du style. Ils vont bien au-delà du simple coup de pied.

 

Lexique inusité du foot

 

*Aile de pigeon : le joueur frappe le ballon dans les airs avec l’extérieur du pied, la jambe pliée.

*Arconada : une gaffe de gardien du but en général qui porte le nom d’un portier espagnol qui échappa un coup franc en finale de championnat contre le Français Platini à Paris le 27 juin 1984.

*Ascenseur : deux joueurs tentent d’atteindre le ballon avec la tête, l’un grimpe sur l’autre.

Attentat : coup violent délibéré pour blesser un adversaire.

*Bicyclette : ou ciseau retourné, tir volé en extension latéral ou le dos au but. Le style de but le plus spectaculaire au foot. Le Suédois Zlatan Ibrahimovic en a exécuté une superbe à cet Euro. L’Italien Balotelli aussi.

*Bouffer la feuille : rater un but facile.

*But libérateur : vers la fin du match, un but de plus pour décourager l’adversaire par l’équipe meneuse.

*Café crème : un dribble (avancer avec le ballon en esquivant tout) qui élimine facilement l’adversaire.

*Casper : désigne un joueur qui s’efface sur le terrain, qu’on ne voit pas.

*Caviar : une passe facile à prendre pour marquer un but.

*Chèvre : un joueur surcoté et maladroit.

*Classico : rencontre de deux équipes réputées, comme le Real Madrid contre FC Barcelone.

*Coup du crapaud : passer ses adversaires en coinçant le ballon entre ses jambes.

*Coup du sombrero : passer le ballon  par-dessus son adversaire.

*Cristiano : faire un crochet derrière la jambe d’appui sans toucher au ballon pour mystifier l’adversaire. Inventé par le Portugais Ronaldo.

*Dévisser : rater un but ou une passe facile devant le but.

*Enrhumer : traverser un adversaire de différentes manières allant de la feinte aux mouvements de pieds divers, lobe, et autres outils de passe.

*Higuita : du nom d’un gardien colombien, geste qui consiste à plonger de tout son long comme un scorpion pour bloquer le ballon.

*Missile : un ballon ultra rapide vers le but.

*Passe à dix : ou jeu de chien. Le ballon roule assez longtemps entre les joueurs d’une même équipe sans que l’autre équipe puisse y toucher. Humiliant. Comme l’Espagne contre les Italiens en finale hier.

*Petit pont : faire passer le ballon entre les jambes de son adversaire.

*Renard des surfaces : un joueur expérimenté qui sait toujours bien se placer pour marquer.

*Roulette : mettre son pied sur le ballon pour changer soudainement de direction en pleine action.

*Semelle : jouer de façon dure, brutale, à la limite en usant de ses crampons.

*Soupirail : coins en bas à gauche et à droite au ras des poteaux.

*La «spéciale» : jeu ou geste qu’un joueur contrôle parfaitement.

*Tacle : récupérer le ballon dans les pieds de l’adversaire en glissant, pieds devants. Il peut être «saignant» si on le cramponne et passible d’un carton jaune ou rouge si la charge est ultra violente.

*Toile : ou boulette. Faute grave du gardien de but.

*Une – deux : un joueur reçoit le ballon d’un coéquipier, il lui retourne immédiatement. Pour mieux voir le jeu, confondre l’adversaire.

*Vendanger : comme bouffer la feuille, c’est rater sa frappe.

*Vaselina : synonyme de feinte ou de lob pour mêler l’adversaire.

Commentaires

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3 thoughts on “L’Euro 2012 à l’Apollo avec Louis le Breton Et Abdel l’Algérien

  1. LL Cool Virg

    Arconada: Nom d’un portier espagnol? Ou provient de « arco » = but?

    (Non mais, de quoi j’me mèle… 😉

  2. Tu peux ajouter «la corniche» dans ton vocabulaire. C’est le coin supérieur du filet, gauche et droit. Quand tu laces le ballon dans la corniche, le gardien ne peut pas l’arrêter, c’est trop loin.

  3. Dis donc, ton expert breton, je crois qu’il a perdu ses paris hein !?!?

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